Ecclésiaste Deudjui

Indignez-vous !

Pendant que notre pays connaît une recrudescence de la pandémie du coronavirus, le gouvernement camerounais vient d’octroyer une importante dotation pour les nouveaux véhicules de nos députés.
Indignez-vous !

Paul Biya
Le président Paul Biya concentre la quasi-totalité des pouvoirs au Cameroun. Source: lebledparle.com /CC

Indignez-vous contre le régime présidentialiste

Je n’ai rien contre son Excellence Paul Biya hein, mais je suis indigné contre le type d’auto-gouvernance qu’il a mise en place. Parce que dans un pays de plus de vingt-cinq millions d’habitants, je ne comprends pas comment il reste et demeure l’alpha et l’oméga depuis le 6 novembre 1982…
Il est à la fois le chef suprême des Armées. Il est le premier magistrat de la République. Il est le premier sportif camerounais, le premier cuisinier, le premier musicien, le premier plombier. Il est le plénipotentiaire et l’unique détenteur des trois pouvoirs essentiels que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
Indignez-vous ! Ce n’est pas normal que ce soit un seul homme, fût-il le descendant direct de Jésus-Christ, qui décide à la fois de la vie de tous les Camerounais, mais aussi de la vie de toutes les Camerounaises. Qui jouit d’une sécurité présidentielle hors du commun ! Qui dispose du calendrier et du temps selon ses humeurs. Qui peut nommer n’importe quel bouffon n’importe où quand ça lui chante. Qui fait passer les lois qui l’arrangent (la non-limitation des mandants présidentiels), et révoquer celles qui le dérangent (la révision du Code électoral). Parce que, malgré tout, notre président de la République reste un être humain comme mon ami Pierre La Paix Ndamè. Et je trouve incongru que nous continuions de lui attribuer des pouvoirs qui révèlent quasiment de la divinité


Indignez-vous contre la gabegie financière

Le Cameroun est le seul pays au monde dans lequel des fonctionnaires peuvent facilement devenir milliardaires. Une autre incongruité ! Et d’ailleurs c’est le pays qui contient le plus grand nombre de multimilliardaires au centimètre carré…
Indignez-vous ! Ce n’est pas normal que l’unité de mesure des prévaricateurs de la fortune publique, soit le milliard de francs CFA. Ce n’est pas supportable que la déclaration des biens ne soit toujours pas érigée en règle stricte. Ce n’est pas acceptable que des gens qui détournent ostensiblement les cotisations des pauvres contribuables, continuent de rouler carrosse en toute arrogance et en toute impunité.
Parce que dites-moi : où est passé l’argent de l’opération Coup de cœur organisée en 1994, et qui était destiné à soutenir les Lions indomptables ? Où est passé l’argent de la cotisation pour venir en aide aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ? Où sont passés les sacs de riz de Orca ? Comment est-ce que le budget pour l’organisation de la CAN 2019 nous a coûté des centaines et des centaines de milliards, et pourtant cette compétition n’a toujours pas eu lieu  (et jusqu’ici personne n’a encore été condamné) ? Hein ? Nous allons supporter toutes ces impunités financières et la gabegie de ces thésaurisateurs jusqu’à quand ?

la député camerounaise Nourane Fotsing
La député Nourane Fotsing a décidé de consacrer l’intégralité de sa dotation à la lutte contre le coronavirus au Cameroun. Image: newsclic.info /CC

Indignez-vous contre la pauvreté

Parce que dans le même temps, pendant que nous ressentons violemment les affres de cette épidémie à coronavirus, il y a encore ici des Camerounais qui croupissent sévèrement dans la pauvreté.
Il y a une jeune fille de vingt et un an qui a perdu ses quadruplés à l’hôpital central de Yaoundé la semaine dernière, parce qu’« il n’y avait plus de couveuses » (sic). Il y a un avocat brillantissime qui s’appelait Maître Souop, et qui est décédé à cause d’une simple petite fracture du bras. Il y a une femme qui s’appelait Monique Koumatékel et que vous connaissiez certainement le samedi 12 mars 2016, parce qu’elle avait été éventrée devant un hôpital ici à Douala puisqu’on n’avait pas pu l’y faire accoucher…
Je suis triste ! Les Camerounais souffrent tous les jours sous le soleil et sous la pluie, mais ce sont leurs administrateurs civils qui s’enrichissent. Des gens gagnent de l’argent en effectuant une simple signature qui leur accorde d’incalculables rétro-commissions illégitimes, tandis que les populations d’en bas continuent de mourir ! Les employés des services publics sont perpétuellement condescendants et austères, et pourtant ils nous prennent notre argent pour effectuer des tâches qui normalement sont rémunérées par leur salaire.
Et puis je ne vous parle même pas des impôts qui sont contraignants et généralement très exorbitants. Sans compter qu’on vous aligne comme du bétail du matin jusqu’au soir, et pourtant vous vous êtes déplacés de vous-mêmes pour venir effectuer simplement votre déclaration de revenus…


Indignez-vous contre la gestion du coronavirus

Je suis un peu dérangé sur ce sujet parce que nous avons un excellent ministre de la santé (il n’est pas comme son collègue qui parle des « gels hydroélectriques » ou bien celle qui avait parlé des chauves-souris). Et sincèrement, c’est ce genre de technocrate que j’aimerais un jour que nous appelions « Son Excellence ».
Je suis un peu dérangé. Parce que les manquements et les imperfections de notre système de réponse, ne lui sont absolument pas imputables. Mais force est de constater que les tests de dépistages ne se font pas de manière systématique dans les hôpitaux, et que les plateaux techniques sont loin, mais alors très-très loin, d’être à la hauteur en cas de véritable flambée du covid-19 au Cameroun.
Indignez-vous ! Nos hôpitaux n’ont pas assez de respirateurs, ni même simplement de lits suffisants. Les enterrements des cadavres sont effectués de manière cavalière, et parfois les tests ne leur avaient même pas été effectués. Certaines cliniques continuent d’effectuer les scanners à des tarifs prohibitifs, et la stigmatisation des patients covid+ est un facteur non négligeable de la propagation du coronavirus dans notre Cameroun.

Le ministre de la santé Malachie Manaouda
Le ministre de la santé Malachie Manouada fait de son mieux mais il est embrigadé dans un système. Source: camer.be /CC

Indignons-nous !

Donc pendant que notre pays fait face à une recrudescence importantissime de la pandémie à coronavirus, les pouvoirs publics viennent d’octroyer quatre milliards cent quatre-vingt dix-sept millions de francs CFA pour les véhicules rutilants de nos députés.
Ce qui est tout à fait scandaleux…

Indignez-vous ! Il est inadmissible que dans des conditions sanitaires précaires, nos dirigeants décident de relancer l’école en effectuant un pari inadmissible sur la vie de nombreux citoyens camerounais.
Indignez-vous ! Le gouvernement camerounais doit aussi apprendre à nous rendre des comptes. Le président Paul Biya doit surtout apprendre à se justifier devant le peuple camerounais, compte tenu de son mandat.
Indignez-vous devant la catastrophe d’Eséka, les incendies dans les prisons, l’approvisionnement déraisonnable de 500 000 ordinateurs sur la tête de tous les Camerounais, ou encore l’instrumentalisation politique de la Justice…

Parce que sincèrement nous n’avons plus besoin de ce régime hyper-présidentialiste. Nous n’avons plus besoin de ces dirigeants qui galvaudent la richesse publique en toute immunité, et qui osent gaspiller notre argent pour des voitures de luxe pendant nous croupissons massivement dans l’extrême impécuniosité.
Alors indignons-nous !


Ecclésiaste DEUDJUI, je suis indigné !
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Dorénavant je n’entrerai plus en conflit avec mon père

La mort de mon frère aîné le 10 novembre dernier m’avait ouvert les yeux, et j’ai compris qu’il ne servait à rien de se disputailler avec les personnes qui nous sont chères. Surtout que mercredi c’est mon anniversaire et que dorénavant je n’entrerai plus en conflit avec mon père…

Deudjui Célestin en tenue traditionnelle
Mon père fait partie de la chefferie traditionnelle à Badounka par Bafang. Photo: Ecclésiaste Deudjui, 2012 (c)

Mon père ne voulait pas que je joue au football

Mon père est probablement le véritable responsable de ma non-carrière footballistique. Pas le coupable hein, mais le responsable !
Parce que dès mon enfance, je suivais déjà les traces de Maradona mais mon paternel ne se fatiguait jamais de me décourager. Et pourtant j’étais vraisemblablement un bon joueur, puisque tous mes coéquipiers m’avaient carrément surnommé « Careca » ! Et plus tard j’ai intégré des équipes prestigieuses comme le Racing de Bafoussam en 1999, ou encore le Canon de Yaoundé en l’an 2003…
J’étais modestement un bon footballeur. J’ai détruit énormément de chaussures de mon géniteur lorsque j’étais plus jeune nous avions encore la même pointure. Mais malheureusement il s’y est toujours opposé, car il privilégiait mon éducation scolaire. Et je pense qu’il espérait que je deviendrais un technicien d’électricité comme lui, ou à défaut que je me reconvertisse au moins dans la Fonction publique.


Mon père s’était séparé d’avec ma mère

Pour tout enfant ordinaire, la séparation de ses parents représente forcément un traumatisme. Voir son papa se dissocier de sa maman… Quel gâchis !
J’avais vingt ans à l’époque, car c’était en 2002. Ma maman avait jugé que ses quatre enfants étaient déjà en âge de supporter courageusement la situation (ma petite sœur venait d’avoir treize ans), puis elle avait décidé de partir !
Aujourd’hui je peux la comprendre. Même si je la comprenais déjà parfaitement à l’époque. Car ma maman était un esprit ouvert, et elle préférait mille fois s’épanouir dans la solitude plutôt que de supporter les nombreux inconvénients de son tumultueux mariage
Je n’entrerai plus en conflit avec mon père pour cette histoire ! D’ailleurs, je pense que j’ai les mêmes défauts que lui. Je ne suis pas assez attentif envers les femmes, je ne suis pas vraiment un amant charitable, et surtout je suis très-très-très rancunier. Mais moi je n’aurai jamais levé la main sur une femme comme mon père l’avait fait quelques fois avec le visage de ma mère. Jamais ! Et je ne l’aurai jamais ridiculisée devant les enfants. Et je n’aurai jamais négligé ma belle-famille comme il l’avait fait tellement de fois avec ma grand-mère…

La famille Deudjui à Edéa
Mon père, ma mère, mes frères et moi-même (accroupi à droite) à Edéa en 1992

Mon père a été mon patron

Après mes études supérieures, j’avais longuement travaillé pour le compte de mon père, notamment à Souza. Et nos relations étaient par moments si électriques…
Mon père me considérait toujours comme un employé lambda, et je ne bénéficiais d’aucun avantage ! C’est ainsi que nous avons collaboré dans son bar (barman), dans son snack-bar (disc-jockey), dans sa boîte de nuit (portier), mais aussi dans son restaurant puisque je ne sais pas faire la cuisine mais il m’avait quand même recruté pour la comptabilité…
J’ai même travaillé dans les chantiers de construction de mon propre père, en tant que chef-manœuvre. Et il me faisait porter des bacs de sable, il me faisait porter des tas de parpaings qui me provoquaient souvent la hernie, et parfois il me faisait creuser des trous qui étaient aussi profonds que la hauteur du mont Manengouba, je vous assure !
Je ne lui en voulais pas, puisqu’il me rémunérait correctement. Et je crois que j’ai bien apprécié ces belles années où je ne savais pas encore vraiment ce que je voulais faire de ma vie.


Mon père est tombé gravement malade

Mon géniteur est tombé malade en décembre 2010 ! Un accident vasculaire cérébral. Accompagné d’une hypertension et d’un diabète aigu sévère. Mais miraculeusement il a survécu.
Mieux, sa nouvelle femme a donné naissance à son dernier enfant qui était déjà en gestation, et c’est moi qui ai proposé qu’on lui attribue le doux prénom de « Espérance »…
Mon papa est encore malade jusqu’à aujourd’hui. Il ne supporte plus les querelles ni les disputes. Il évite surtout les bagarres. Il est toujours aussi rancunier puisque je vous ai dit que nous avions les mêmes défauts caractéristiques, mais personne ne veut se risquer à lui aggraver sa tension artérielle.
Alors je vais lui rendre visite de temps en temps, et je lui souhaite toujours une bonne guérison. Je n’oublierai jamais tout ce que ce monsieur-là a fait pour moi, même si nous n’étions pas toujours d’accord. Je suis réellement passionné et impressionné par l’histoire de son parcours. Je suis admiratif de tout ce qu’il a pu réaliser en partant de zéro et en ne comptant que sur lui-même. Je suis aussi reconnaissant des valeurs qu’il a transmises à tous ses enfants, puisque c’est lui qui nous a inculqué la dignité, la simplicité, l’honnêteté, la probité, la sincérité et surtout l’esprit de difficulté.
D’ailleurs il me répétait régulièrement que « Les problèmes, c’est pour les hommes ! »

Deudjui Célestin en 1975
Portrait de mon père au milieu des années 1970.

Je n’entrerai plus jamais en conflit avec mon père !

Donc le décès de mon frère aîné le 10 novembre 2019 m’avait ouvert les yeux, et j’ai compris qu’il ne servirait à rien de se disputailler avec les personnes qui nous sont très importantes. Surtout que le 27 mai c’est mon anniversaire et que dorénavant je n’entrerai plus en conflit avec Pierre La Paix Ndamè

Je n’entrerai plus en conflit avec mon père ! Parce que non seulement je ne l’atteins pas à la cheville, mais c’est aussi grâce à lui que j’ai pu connaître la terre de mes ancêtres dans son village natal à Badounka par Bafang.
Je n’entrerai plus en conflit avec Pablo ! Parce que je me souviens lorsque nous chassions les pique-bœufs devant notre véranda à Nkongsamba. Je me rappelle quand nous écoutions Julio Iglesias dans sa voiture de service à Ndikiniméki. Je n’ai pas oublié quand il m’accompagnait au Lycée bilingue d’Edéa, ni nos parties de tennis de table dans la salle de sport qu’il avait aménagée à Bafoussam.
Dorénavant je n’entrerai plus jamais en conflit avec mon père, même s’il espérait que je devienne un polytechnicien alors que malheureusement je suis devenu un blogueur.

Parce que durant ma tendre enfance, il m’arrivait souvent de ne jamais le comprendre. Alors je le maudissais en secret, je me querellais avec lui pendant ma puberté et je lui demandais de me laisser pratiquer tranquillement mon football. Je ne comprenais pas la relation tempétueuse qu’il entretenait avec ma merveilleuse mère, et je me demandais pourquoi il m’avait presque forcé à reprendre les études après le BAC que je venais d’échouer en l’an 2000, puis après le BTS que j’avais lamentablement raté en 2005.
Et c’est à 38 ans que je comprends finalement que Deudjui Célestin aura été un père irremplaçable…


Ecclésiaste DEUDJUI, je t’aime papa !
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Le coronavirus ne l’emportera pas au Paradis

À l’heure où je vous parle, le covid-19 a déjà causé la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le monde. Mais je suis persuadé que ce coronavirus ne l’emportera pas au Paradis…

la situation du coronavirus dans le monde, sur covidvisualizer.com
Le site covidvisualizer.com permet de voir la situation du coronavirus en temps réel dans n’importe quel pays du monde. /CC

Un virus vraiment dangereux

Je ne suis plus vraiment en colère contre le coronavirus, mais je suis abasourdi par sa dangerosité. Parce que je le trouve à la fois si contagieux, si malin, si pernicieux, si impitoyable, si dévastateur.
Je ne comprends pas pourquoi la contagion se fait à travers des individus paucisymptomatiques (ou même asymptomatiques) comme mon ami Pierre La Paix Ndamè. Je ne comprends pas pourquoi cette maladie se cache derrière une apparence de « grippette » ou bien de rhume ordinaire, puisqu’elle ne présente aucune caractéristique pathognomonique. Je ne sais pas ce qui rend ce virus si résistant au point où il peut persister sur certaines surfaces pendant des jours et des jours. Et surtout, je ne comprends pas ce tropisme pulmonaire qui amène le SRAS-Cov2 à se diriger irrémédiablement vers la cage thoracique de ses victimes ; et puis à perturber le bon fonctionnement de notre système respiratoire, de notre cœur, de nos reins et de notre système immunitaire en général, pour finalement nous entraîner inexorablement vers la mort et vers le cimetière

Une économie agenouillée

Le coronavirus a presque démantelé toute l’économie mondiale ! Parce que derrière ses airs de bataille sanitaire, il s’y cache en réalité un véritable danger de tensions sociales, de crise économique et de famine.
Je m’explique : fermetures des frontières, cessations des activités économiques, licenciements à la chaîne, baisse de la production alimentaire et industrielle, etc. Ce qui entraîne l’inflation, le chômage, la récession, l’augmentation du banditisme, la dévaluation monétaire, les crises sociopolitiques et les contestations, la faim, etc.
Il s’agit là d’un véritable problème. Parce que si cette crise s’éternise, on risquera de se retrouver devant des situations de pillages. On risquera d’avoir des forces de l’ordre débordées par des manifestations anti-confinements généralisées, et peut-être même aussi dans un chaos internationalisé. Si ce coronavirus continue d’envoyer les Américains dans la dèche par dizaines de millions de chômeurs, j’ai un peu peur que certains Yankees se munissent de mitraillettes et commencent à semer la rébellion dans leurs propres mégalopoles.
Et puis, il ne faut pas se cacher. La crise actuelle va surtout pénaliser les États qui sont dépendants de leurs importations, mais elle va aussi déstabiliser les économies qui équilibraient leur balance commerciale grâce à leurs exportations…

Immeuble siège de la BEAC à Yaoundé
La BEAC a envisagé la dévaluation du franc CFA à cause du coronavirus. Image: financialafrik.com /CC

Des décès par milliers

Nous sommes aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers de morts ! Et parmi lesquels il y a des personnalités publiques telles que Sergio Rossi, Toni Allen, Lorenzo Sanz, Patrick Devedjian, Osange Silou-Kiefer, Mark Blum, Franklyn Ndifor (il avait été candidat à l’élection présidentielle de 2018), François Mattéi (il a rédigé le Code Biya), Luis Sepúlveda le Chilien qui écrivait des romans d’amour, ou encore Aurlus Mabélé le roi du soukouss dans les années 1980 et 1990…
Pape Diouf ! Il n’avait que 68 ans, et évidemment que l’ancien président de l’OM avait encore beaucoup-beaucoup de choses à nous offrir. Tout comme Manu Dibango qui reste incontestablement, selon ses ennemis, l’un des plus grands saxophonistes de tous les temps ! Mais je n’oublie pas non plus tous ces milliers d’anonymes qui sont décédés –ou qui vont décéder–  par centaines de milliers. Que ce soit en Italie, en Espagne, en Amérique du Sud, aux États-Unis, au Cameroun, en Chine, en Tunisie, en Corée du Sud, en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne et que sais-je encore ! Et le pire c’est que les cérémonies funéraires sont interdites dans les 185 pays concernés par cette pandémie, ce qui signifie que toutes les obsèques devront être organisées de façon sommaire et expéditive.
Et c’est là une deuxième mort pour toutes ces personnes qui disparaissent ainsi dans l’indifférence la plus complète, dans une période aussi compliquée, et à qui les proches parents n’ont même pas la possibilité de leur adresser un dernier regard ni un dernier au revoir…

Une terreur insoutenable

En réalité, moi j’ai parfois peur ! Parce que j’envisage déjà l’idée de trépasser dans les prochains jours, et j’anticipe aussi l’idée de perdre certains amis ou certains membres de ma famille d’ici quelques temps…
Et c’est bien cela le plus terrible ! Parce que le coronavirus n’est pas vraiment différent d’un terroriste. Parce qu’on a l’impression qu’il est presque partout. Parce qu’il a fini par nous rendre schizophrènes, maniaques de la distanciation sociale et de l’hygiène systématique des mains, paranoïaques envers tout le monde, et même aussi un peu des criminels qui s’ignorent puisque c’est nous-mêmes qui transmettons le virus autour de nous…
J’ai peur ! Je me dis que je vais bientôt mourir. Je me demande comment est-ce que ce petit micro-organisme de rien du tout et qui n’est même pas visible sur un microscope optique (on ne l’aperçoit que sur le microscope électronique), a pu réussir à nous semer ainsi la terreur. Je suis devenu stressé, angoissé, inquiet, effrayé. Je me suis enfermé dans un confinement anxiogène et je regarde les informations à chaque seconde, puisque tous les médias du monde entier en parlent 24h/24 et ils sont tous unanimes sur le verdict : le continent africain devrait se préparer au pire !

Manu Dibango
Manu Dibango nous a quittés le 24 mars 2020 à cause du coronavirus. Source: Facebook /CC

Le coronavirus ne remportera pas le paradis…

Donc à l’instant où je vous parle, trois cent seize mille neuf cent vingt-cinq personnes ont déjà perdu la vie à cause du covid-19 à travers le monde. Mais je reste persuadé que ce coronavirus-ci ne l’emportera pas au Paradis…

Le covid-19 ne nous vaincra pas ! Parce que quels que soient ses dégâts immenses, les êtres humains repartiront de l’avant et nous recommencerons toutes nos activités, notre sport, notre économie, notre culture, etc.
Le covid-19 ne nous exterminera pas ! Puisque nous ne mourrons pas tous de cette maladie. Nous trouverons même son médicament et d’ici quelques mois nous aurons fabriqué son vaccin qui nous permettra de nous immuniser.
Le coronavirus a bousculé l’Humanité entière comme cela n’avait plus été fait depuis la Seconde guerre mondiale en 1939, mais je puis vous réconforter que ce microbe-là ne l’emportera pas au jardin d’Eden.

Parce que même s’il est vraiment très dangereux, même s’il a mis toute l’économie internationale à genoux et même s’il a causé des centaines de milliers de décès sur notre planète, il ne réussira pas à nous expédier tous en enfer ! Puisque tôt ou tard notre vie finira bien par redevenir comme auparavant…


Ecclésiaste DEUDJUI, les Camerounais l’emporteront au Paradis.
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Testament

Les épidémiologistes pensent que si on ne trouve pas de vaccin d’ici peu, 80 % de la population mondiale sera tôt ou tard contaminée par le coronavirus. Et donc c’est l’occasion pour nous de préparer déjà notre testament…

La jeune fille et la mort, peinture de Henri Eisenberg
La jeune fille et la mort, peinture de l’artiste Henri Eisenberg (1987). Elle nous rappelle que notre vie peut disparaître à tout moment. Source: galerie-com.com /CC

J’ai peur de mourir !

Je suis un mortel, et je le sais. Mais la perspective d’un trépas imminent ne me réjouit pas plus que d’habitude. Surtout que je suis un hypocondriaque, et que je suis surtout effrayé par l’éventualité d’une disparition plus ou moins douloureuse voire même insupportable…
Le coronavirus me fait un peu sérieusement peur, en quelque sorte. Puisqu’il me fait imaginer une issue plus prématurée que celle que j’avais intermittemment envisagée. Puisqu’il me fait penser à notre mort. Puisqu’il cherche à déconstruire tous mes biais d’optimisme que j’avais pourtant mis longtemps à échafauder. Et puisque chacun d’entre nous est bien conscient qu’il devra forcément mourir un jour ou l’autre, mais paradoxalement nous souhaitons que cela se produise le plus tardivement et surtout le plus imprévisiblement possible.


J’ai peur de perdre des proches

C’est aussi l’autre inquiétude qui me rend suffisamment anxieux ces derniers jours. Parce que même si par extraordinaire je réussissais à survivre à cette pandémie, je suis bien effrayé de devoir être séparé –pour toujours !– de certaines personnes que j’aime très fort et qui me sont résolument irremplaçables.
Je pense ainsi aux membres de ma famille. Je pense aussi à mes anciens meilleurs amis. Je pense également à ces nombreuses Camerounaises qui me fascinent et que je révère. Et je pense enfin aux personnalités publiques, aux hommes célèbres, aux femmes politiques, aux grands sportifs, aux gens de culture, etc. Et je me dis que l’Humanité ne serait plus jamais la même si l’un seul d’entre vous, je dis bien l’un seul,  venait à nous abandonner à cause de ce vilain petit coronavirus…

portrait Kobe Bryant
Dessin mural de Kobe Bryant et sa fille qui nous ont brusquement quittés en début d’année 2020. Source: discoverlosangeles.com /Image reprise sous autorisation

Êtes-vous prêts à partir ?

Moi, non ! Et vous ? Est-ce que vous êtes déjà prêts à nous dire au revoir ? Est-ce que ça vous tenterait d’être diagnostiqué positif au covid-19 un vendredi soir, et puis de trépasser le lundi de la semaine qui va suivre ?
Moi, non !
Parce que le drame avec cette épidémie funeste, c’est qu’elle ne vous donnera même pas le temps de dire adieu aux réelles personnes qui vous sont très chères. Elle ne vous permettra pas de bien organiser vos affaires et de vous en aller ensuite en toute tranquillité. Elle ne permettra même pas à votre entourage de pouvoir bien organiser votre enterrement, pour cause d’extrême contagiosité post-mortem paraît-il…
Alors dans ces conditions scandaleuses, je présume que vous n’êtes pas encore prêts à partir. Y compris les personnes les plus stoïques et les plus flegmatiques comme mon ancien meilleur ami Pierre La Paix Ndamè. Parce que dans chaque existence, dans toute vie et dans toute la longue Histoire de l’Humanité, il faut au moins préserver l’opportunité de rendre hommage à l’esprit de la personne qui vient de disparaître. Et rien que pour nos obsèques, je pense que ce ne serait pas vraiment une super bonne idée de perdre sa vie pendant ces moments-ci.


Qu’allons-nous laisser au Cameroun ?

Quelle serait votre trace si jamais le coronavirus venait à vous emporter tout de suite ? Hein ? Quel serait votre héritage ? Quelle aura été votre contribution et votre coefficient d’utilité au sein de notre société ? Quels seront donc vos legs, vos faits historiques, vos ouvrages, vos dons, vos œuvres artistiques et professionnelles, vos exploits, vos références, vos camerounaiseries ?
Parce que c’est tout ceci qui comptera en réalité, au final. C’est de savoir quel sera l’impact que vous aurez laissé dans la mémoire collective à la suite de votre disparition. Est-ce que vous aurez fait de bonnes choses, ou alors des choses mauvaises ? Est-ce que les Camerounais se souviendront-ils encore de tous vos récits dans le futur ? Est-ce que vos travaux et vos réalisations persisteront-ils dans le temps ? Est-ce que vous entrerez dans la légende et dans le panthéon de nos prochains manuels d’histoire ? Est-ce que vous êtes prêts à vous laisser assujettir par cet insaisissable minuscule coronavirus, alors que vous n’avez même pas encore commencé à préparer ne serait-ce que le quart de votre testament ?

Flora Zé
La presse camerounaise rendu hommage à Flora Zé le week-end dernier, lors de son inhumation. Source: Facebook /CC

Testaments

Donc selon certains épidémiologistes, 80 % de la population camerounaise sera contaminée par le coronavirus si on ne trouve pas un médicament rapidement. Et donc c’est déjà l’occasion pour vous de commencer à consigner votre testament…

Testament ! Avez-vous déjà fait le bilan de votre existence ? Avez-vous déjà mesuré ce que vous avez réalisé ? Avez-vous déjà évalué l’utilité de votre conduite auprès de la communauté des Camerounais et des Camerounaises qui vous entourent ?
Testament ! Si vous êtes le propriétaire d’un patrimoine non négligeable, ne serait-il pas intelligent de commencer à y réfléchir suffisamment dès à présent ?
Testament ! Les précautions que je recommande ne concernent pas seulement notre postérité, mais il s’agit d’établir une véritable introspection en s’interrogeant profondément sur nous-mêmes.

Parce que grâce ou bien à cause de cet insaisissable méchant coronavirus, j’ai déjà commencé à me replier sur moi-même depuis le début de ce confinement. J’ai constaté que j’avais réellement peur de mourir d’une manière aussi fulgurante. J’ai appréhendé la disparition des personnalités qui me sont chères. Je me suis demandé ce que j’allais véritablement léguer aux futures générations qui allaient me suivre, et en particulier qu’est-ce que j’avais déjà concrètement réalisé pour mon merveilleux pays le Cameroun ?
Et c’est là que j’ai compris qu’il fallait déjà que je rédige mon testament.


Ecclésiaste DEUDJUI, je prépare mes dernières volontés.
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J’ai tous les symptômes du Covid-19 !

Je ne sais pas pour vous, mais depuis le 6 mars 2020 je ressens comme une forte montée de fièvre. J’ai parfois quelques difficultés à respirer et j’éternue aussi régulièrement dans mon coude.
Bref, j’ai tous les symptômes du Covid-19 !

kit de test du covid-19
Les dépistage systématiques seront le meilleur moyen de combattre l’épidémie du Covid-19. Image: alwihdainfo.com /CC-BY

Je suis malade depuis le 6 mars

Je crois que ma maladie a débuté exactement le vendredi 6 mars dernier, lorsque Malachie Manaouda a déclaré que « Nous venons de diagnostiquer le premier cas de coronavirus au Cameroun ». J’ai tout de suite eu de la fièvre. Puisque depuis que l’affaire-là avait commencé là-bas en Chine au mois de décembre, je disais toujours à mes connaissances que « Hum ! Les gens négligent la maladie-là alors que nous devons plutôt tout faire pour qu’elle ne vienne pas nous retrouver ici. »
Trop tard ! Car en même temps que ma température, le nombre de contaminés n’a fait que s’incrémenter ici au Cameroun depuis ce fameux 6 mars, jusqu’à nous sommes même déjà passés à la deuxième phase de l’épidémie (c’est-à-dire la transmission intercommunautaire). Sans parler des hauts fonctionnaires de l’OMS qui ne cessent de nous effrayer avec leurs prédictions de Cassandre. Et entre-temps moi je continue à tousser dans mon coude, à éternuer, à ressentir des céphalées et de la migraine à longueur de journée, etc.


Je ressens des symptômes bizarres

Je viens d’en parler. Je ressens même parfois des pertes d’appétit (agueusie) et aussi quelques pertes de l’odorat (anosmie). J’ai quelquefois des gastro-entérites alors que je ne me suis plus jamais goinfré à un enterrement depuis le décès de mon grand-frère
Je souffre ! Je suis toujours en train d’utiliser mon thermomètre, et à chaque fois j’ai l’impression que mon organisme bout à deux mille degrés. Je suis toujours en train de surveiller mon rythme cardiaque. J’ai posé quelques questions à mon médecin pour lui demander si je présentais déjà les symptômes du diabète, afin d’évaluer si je faisais potentiellement partie des personnes à risque. J’ai aussi souvent des difficultés à respirer. Parfois je me place devant mon balcon et j’essaie d’aspirer le maximum d’oxygène possible avec mes narines, puis de rejeter du gaz carbonique. Je me méfie de la moindre grippe ou rhume qui essaierait de me rattraper. Je commence à m’inquiéter lorsque j’avale la nourriture de travers, puisque ça va m’amener à tousser et avec ma fièvre je vais directement établir une corrélation avec le coronavirus…

infographie des symptômes du covid-19
Tableau des principaux symptômes du Covid-19 Source: bfmtv.com /CC

Je suis devenu boulimique de l’information

Je suis déjà le journal de la CRTV alors que je ne regardais même plus cette chaîne depuis le mois de novembre 1997 (Paul Biya venait d’être ré-ré-ré-réélu président). Je cumule ces informations avec celles que j’ai aussi recueillies sur RFI, France 24, Afrique Média, Équinoxe TV, Radio Balafon, le journal Mutations, etc. Je suis devenu boulimique de toutes les informations qui concernent le Covid-19. Je consulte déjà les revues scientifiques et particulièrement celles des biologistes. Je me comporte même parfois comme un épidémiologiste, puisque quand je vais sur internet c’est exclusivement pour effectuer des recherches sur la virologie et sur la biomédecine.
J’ai peur ! Les moindres symptômes que je développe, je les assimile irrémédiablement au coronavirus. Je passe mon temps à penser au SRAS-Cov2 et manifestement cela m’a déjà rendu presque paranoïaque. J’ai même perdu ma petite amie parce que j’avais refusé de la voir. Je pense que je dois plutôt trouver le juste équilibre entre le respect strict des mesures barrières, et la possibilité de continuer à profiter de la vie normalement comme je le faisais auparavant.


J’ai le syndrome de l’étudiant en médecine

C’est de cela qu’il s’agit en réalité. Car depuis le 6 mars et la découverte l’officialisation du premier cas de coronavirus dans notre pays, on a déjà observé plus de vingt millions de malades (y compris Pierre La Paix Ndamè) ! Puisque c’est chacun qui veut appeler le numéro vert (1510), c’est chacun qui va s’inquiéter de son écoulement nasal bénin et c’est chacun qui va s’auto-déclarer positif au Covid-19… Tsuip !
Le syndrome de l’étudiant en médecine, c’est un syndrome qui touche surtout les étudiants en première année de médecine. C’est un phénomène qui montre clairement que l’approche psychique a une incidence déterminante sur notre état somatique. Parce que les futurs médecins quand on leur parle de la fièvre ils ont la fièvre, et quand on leur parle du paludisme ils attrapent instantanément la malaria. Et c’est la même chose avec les citoyens lambda que nous sommes, puisque quand on nous tambourine avec le coronavirus nous finissons par être persuadés que nous l’avons déjà tous contracté. Or je vous rappelle que n’importe quelle maladie, fût-elle supposée ou imaginaire, finit toujours par provoquer de réelles séquelles psychologiques et des sources d’anxiété qui sont généralement non négligeables…

un homme qui boit avec le masque
De nombreux Camerounais affichent de la négligence dans les gestes barrières. Source: 237online.com /CC

Je présente tous les symptômes du Covid-19 !

Donc je ne sais pas pour vous hein, mais depuis deux mois je ressens comme une très forte poussée de fièvre. J’ai aussi parfois quelques difficultés à respirer et j’éternue régulièrement dans mon coude.
Bref, j’ai tous les symptômes d’un hypocondriaque…

Je suis atteint du Covid-19 ! Du moins j’en suis persuadé, puisque je m’essouffle en montant les escaliers et que je ressens aussi parfois quelques courbatures.
Je suis malade du Covid-19 ! Parce que la dernière fois que j’étais en public ça va aujourd’hui faire quatorze jours, ce qui correspond parfaitement à la période d’incubation.
J’ai été probablement contaminé par ce vilain petit coronavirus, sinon comment expliquer alors que je développe quasiment tous les symptômes ?

Puisque ça avait d’abord commencé par une « fièvrette » que j’ai prise à la légère, puis j’ai commencé à me sentir physiquement fatigué. Ensuite j’ai développé des symptômes inquiétants tels que la toux et les maux de tête, jusqu’à finalement ressentir des difficultés respiratoires sévères. Et tout ceci m’arrive parce que je suis assez inquiet depuis l’arrivée de ce Covid-19 ici au Cameroun…


Ecclésiaste DEUDJUI, beaucoup de courage aux malades !
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L’amour au temps du confinement

Il y a ma une petite amie qui voulait me rendre visite l’autre jour, mais je lui ai répondu que « Mais je demande hein, tu ne sais pas qu’il y a le coronavirus dehors ? » Et voilà comment elle m’a quitté puisqu’elle ne supportait plus ce genre d’amour-ci en temps de confinement…

l'amour à travers le téléphone
Le confinement a renforcé les relations à distance. Source: FranceTV Info /Dessin repris sous autorisation

La drague au temps du confinement

La drague est devenue totalement différente ! D’abord parce que nous ne sortons plus beaucoup, ensuite parce que les bars et les poissons braisés sont fermés à partir de 18h30, et enfin parce que même les auberges et les motels ont été réquisitionnés par notre gouvernement…
La drague est devenue une mission impossible. Jusqu’à tu donnes même ta carte de visite à une inconnue que tu viens de rencontrer dans le taxi, et elle te balance ça directement par la portière ! Elle te toise en te dévisageant dans le rétroviseur puis elle te rétorque que « Mais je demande hein, monsieur Je-ne-sais-qui ! Vous ne savez pas qu’il y a le coronavirus dehors ? » Et en même temps elle respecte les gestes barrières, puisqu’elle te tance en arborant un masque chirurgical sur le visage. Elle détient aussi un flocon de gel désinfectant dans son sac à main. Elle refuse mécaniquement de te revoir parce qu’elle pratique la distanciation sociale pour se protéger et pour protéger sa famille. Mais ça ne veut pas dire qu’elle est opposée aux transferts d’argent, aux cadeaux-surprises, aux paquets de chawarma à emporter que tu pourrais lui offrir lorsque vous allez descendre de votre taxi, etc.


Le flirt au temps du confinement

Ça c’est avec les filles que tu avais draguées bien avant la survenue de ce fameux coronavirus, c’est-à-dire bien avant le mois de décembre.
Elles ne sont pas très compliquées : vous ne vous voyez pas, mais il faut que tu lui envoies des forfaits téléphoniques. Vous ne vous rencardez pas, mais il faudrait que tu lui fasses des transferts Orange money ou MoMo. Vous n’envisagez même pas de vous toucher d’ici la fin de ce confinement vers le mois de septembre, mais elles sont toujours en train de te dire t’écrire que « J’ai faim hein », « J’ai deuil hein », « J’ai soif hein », « J’ai envie d’une nouvelle paire de chaussures hein »
Et moi j’ai parfois l’impression que ce genre de relation n’est pas vraiment très différent du télétravail…

citation sur l'amour
On ne peut plus se toucher à cause du confinement. Source_ flair.be /CC

Le mariage au temps du confinement

Je ne suis pas encore marié comme mon ami Pierre La Paix Ndamè. Mais les quelques échos qui me reviennent de certains foyers et de certains ménages pourtant séculaires, me font penser qu’on assistera à une grosse vague de divorces d’ici le commencement du mois de septembre…
Je m’explique : il y a des hommes qui battent sur leur épouse depuis le début de ce confinement. Il y a des femmes qui ne peuvent plus tromper leur mari facilement depuis le début du confinement. Il y a des partenaires amoureux qui ne peuvent plus supporter la même-même nourriture tous les jours, que ce soit nutritionnel ou « nutrisexuel ». Il y a des hommes ici au Cameroun qui fuyaient leur domicile conjugal afin d’éviter de rencontrer leur propre femme, et qui n’y revenaient que dès la tombée de l’obscurité. Mais c’est vrai qu’il ne faut pas condamner tous ces couples, parce que c’est réellement difficile de vivre 24h/24 sous le même toit avec la même personne. Et c’est encore plus difficile lorsque nous sommes en temps de confinement comme actuellement.


L’infidélité au temps du confinement

Je ne vous apprends rien, si je vous informe que tous les hommes camerounais sont des conjoints infidèles –y compris les femmes camerounaises. Parce que les hommes d’ici ils ont au moins deux « bureaux », trois bureaux, quatre bureaux, cinq bureaux… Tandis que leurs concubines ont toujours deux sponsors, vingt dragueurs et une bonne douzaine de « bons gars » qui sont généralement dissimulés dans leur propre entourage…
Non, le coronavirus a au moins du bon. Le confinement gouvernemental qui nous est imposé ici depuis le 17 mars, a certainement freiné l’évolution épidémique des maladies sexuellement transmissibles. La fermeture des bars à 18h30 surtout, a empêché aux maris de sortir tard le soir pour aller rencontrer leurs maîtresses et leurs étudiantes ; et aux épouses de sortir très tard dans la nuit pour partir forniquer avec leurs amants. Ce qui signifie que l’infidélité au Cameroun se résume désormais aux réseaux sociaux et aux SMS, puisque les contacts physiques ont chuté vertigineusement. Et puis la bonne nouvelle c’est que le salaire des hommes est dorénavant destiné (du moins je l’espère) à la ration alimentaire et aux problèmes des enfants…

représentation d'un homme et d'une femme
Le confinement crée un sentiment d’absence dans certains couples. Image: France 3 /CC

Le grand Amour au temps du confinement

Donc il y a une de mes petites amies qui voulait absolument me rencontrer l’autre jour, mais je lui ai répondu que « Mais je demande hein, est-ce que tu sais même qu’il y a le coronavirus ici dehors ? » Et voilà comment elle m’a largué parce qu’elle ne supportait plus ce genre de désamour-ci en temps de confinement…

L’amour au temps du confinement ! Les gens qui vous aiment réellement doivent absolument tout faire pour vous protéger, et paradoxalement cela signifie qu’ils devraient vous éviter.
Le sexe au temps du confinement ! Je vous avais dit l’autre jour que nous sommes en guerre ; ce qui signifie que pour les célibataires comme moi, l’activité sexuelle ne reprendra pas avant le mois de septembre.
La santé au temps du confinement, puisque c’est en réalité de cela qu’il s’agit : lavez-vous les mains, portez toujours un masque comme la fille que j’avais baratinée dans le taxi, toussez dans votre coude et pratiquez la distanciation sociale.

Puisque ce n’est pas très différent de l’amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Ce n’est pas réellement différent de l’amour à distance. Ce n’est pas plus compliqué que les amours invisibles et virtuelles que nous pratiquons régulièrement à travers les réseaux sociaux, et pourtant là il s’agit très sérieusement d’une question de vie ou de mort !
Alors aimons-nous vivant.


Ecclésiaste DEUDJUI, je vous aime confinées
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Nous sommes en guerre !

J’expliquais à ma mère l’autre jour que la crise liée au coronavirus n’est pas un événement anodin. Que c’est une catastrophe exceptionnelle qui a lieu presque tous les cent ans, et que le monde entier devra s’adapter à cette situation jusqu’à la fin de cette année.
Bref, que nous sommes en guerre !

les masques avec visière de Ange Goufack
La Camerounaise Ange Goufack a créé un masque en tissu avec visière pour lutter contre le coronavirus. Source: Twitter /CC

Nous sommes en danger permanent

Je disais à ma mère ceci : « Les chiffres qui nous sont communiqués par le gouvernement camerounais sont excessivement biaisés, puisqu’ils ne reflètent pas la réalité des nombreux décès que nous constatons au quotidien. »

Je lui disais que nous sommes en danger permanent. Car le coronavirus s’est déjà totalement installé au sein des populations camerounaises, au point où tous nos hôpitaux commencent déjà à être surchargés. Et personnellement je connais des gens qui souffrent terriblement de cette maladie dans mon entourage. J’ai des témoignages de certaines connaissances qui en ont heureusement été guéries. J’ai appris qu’il y a une trentaine de personnel hospitalier qui a déjà été contaminé par le Covid-19 au Cameroun, avec un bilan de trois médecins qui sont décédés pour le moment.

Et quand je vois comment les gens meurent en cascade ici à Douala et qu’on les enterre dans la même journée en catimini, je dois vous avouer que ce n’est pas vraiment une situation qui devrait vous rassurer…


Nous devons survivre

En même temps, il faut survivre. Il faut payer son loyer, il faut se nourrir, il faut payer ses factures. Il faut remplacer sa bouteille de gaz. Parce que si au moins on avait reçu des mesures d’accompagnement ou encore des allègements fiscaux pour les entreprises, on aurait pu un peu avaler la pilule. Mais le drame c’est que tu dois te confiner pour essayer d’éviter d’attraper la maladie, mais en même temps tu dois sortir pour aller payer tes impôts et ensuite te débrouiller si tu veux avoir de quoi manger à la maison…

Nous devons essayer de nous en sortir ! Nous devons trouver des revenus en étant quasiment immobilisés. En étant sans clientèle. Nous devons créer des marchés là où il n’y en a pas, surtout pour les prestataires qui offrent des services aux entreprises ou aux particuliers. Nous devons « créer de l’argent » alors que nos restaurants sont fermés dès 18h. Les bars aussi ont l’interdiction d’ouvrir à cette heure. Les centres de formation sont fermés depuis le 17 mars. Les vendeuses de poisson braisé aux abords des boîtes de nuit (fermées) sont en difficulté comme les vendeurs de soya, les danseuses de nuit, les revendeurs de cigarettes, les bendskineurs, les taximen, les prostituées, les promoteurs culturels comme mon ami Pierre La Paix Ndamè, etc.

des agents de désinfection au Tchad
Au Tchad, le Gouvernement a lancé une vaste campagne de désinfection. Source: tchadinfos.com /CC-BY

Il faut respecter les gestes barrière

Malgré tout il faut respecter les gestes barrières ! Je suis de ceux qui sont devenus carrément paranoïaques depuis l’apparition cette maladie, puisque je ne visite même plus mon père qui vit à Souza, ma grand-mère qui vit à Yaoundé ou encore ma petite amie qui est localisée quelque part ici au Cameroun.

Il faut se laver les mains régulièrement. Il faut éviter de se toucher le visage. Il faut systématiquement tousser dans son coude. Il faut pratiquer la distanciation sociale avec toutes les personnes que vous ferez l’effort de rencontrer le moins possible, et se tenir toujours à au moins deux mètres. Il faut exiger à votre interlocuteur de porter un masque s’il est vraiment décidé à vous adresser la parole…

Ça a l’air de rien comme ça, mais ça va vous sauver la vie. Parce que les gens meurent déjà au Cameroun comme des mouches à cause de ce coronavirus, mais le gouvernement ne veut pas donner les vrais chiffres parce qu’il ne veut pas semer la psychose. Les gens ne veulent pas dramatiser et pourtant la prévention reste votre seule chance ! Parce que croyez-moi, je n’aimerais pas être à votre place si jamais vous aviez des difficultés à respirer ; et que vous fassiez le tour de la ville avant de mourir parce qu’il n’y aurait plus un seul lit d’hospitalisation qui soit encore disponible…


Ce n’est pas pire que la guerre

Il faut se mettre en situation de guerre ! Oui, ce sera long. Mais est-ce que les guerres sont faites pour être courtes ? Hein ? Est-ce que la Première guerre mondiale avait duré 46 minutes ? Est-ce que la guerre du Nord-ouest-Sud-ouest que nous décriions tant, et qui a causé des centaines de milliers de déplacés, est une guerre qui n’a pas déjà persisté pendant plus de trois ans et demi ?
Parce que la bataille que nous menons actuellement est un combat qui sera probablement gagné sur la durée, mais à condition que nous y soyons disposés. Car les seuls sacrifices qu’on vous demande de faire c’est de serrer un peu la ceinture, et de rester chez vous. On vous demande de pratiquer les gestes barrières afin de raccourcir la durée de vie de cette épidémie. On vous prive un peu de votre liberté individuelle, mais ce n’est rien comparativement à votre propre survie. On vous empêche un peu de vous divertir dans les snack-bars et les hôtels avec les filles de joie, mais est-ce que ces divertissements-là sont vraiment si nécessaires ? Alors croyez-moi, ce que nous vivons actuellement est probablement invivable et même inimaginable, mais ceux qui ont connu le maquis au Cameroun seraient bien tentés de rigoler s’ils vous écoutaient en train de pleurnicher.

affiche courrier international
En France, le Courrier International parle d’un bouleversement de vies. Dessin: courrierinternational.com /CC

Nous sommes tous en guerre !

Donc j’expliquais à ma maman que cette crise sanitaire n’est pas du tout un événement anodin. Qu’il s’agit d’une catastrophe exceptionnelle qui aura lieu presque tous les cent ans, et que le monde entier devrait s’adapter tant qu’on n’aura pas fait la découverte d’un bon médicament.
Bref, que le Cameroun est en guerre !

Nous sommes en guerre ! L’ennemi que nous affrontons est certes invisible, mais je vous assure qu’il est si dévastateur, si meurtrier et si aveugle, qu’il n’a rien à envier aux ennemis bellicistes et terroristes qui appartiennent à notre race des humains.
Nous sommes en guerre ! Nous sommes confinés dans nos maisons comme s’il pleuvait des obus dehors. Nous avons une économie qui est totalement déboussolée et en lambeaux. Nous subissons de nombreuses pertes en vies humaines, et les survivants seront probablement victimes de la famine.
Nous sommes en guerre contre ce virus même si nous n’avons jamais porté les armes, et c’est ce qu’il faut rapidement comprendre si nous voulons mieux affronter les difficultés qui nous attendent.

Parce que je vais avouer une chose, nous ne retrouverons jamais une vie normale avant le courant de l’année 2021. Nous perdrons certainement plusieurs personnes qui nous sont chères. Nous rencontrerons des difficultés pour remonter la pente financièrement, et de nombreuses entreprises feront temporairement voire définitivement faillite.
C’est triste à dire, mais c’est malheureusement ce qui arrive lorsqu’on est en situation de guerre.


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