Ecclésiaste Deudjui

Le problème de Vision 4

J’ai appris avec effroi et stupéfaction que Martial Owona, journaliste à Vision 4, a été agressé à son domicile dans la nuit de mercredi à jeudi derniers. Ce qui interroge sur la relation que cette chaîne de télévision entretient avec les téléspectateurs camerounais…

immeuble de Vision 4 à Nsam
L’immeuble qui abrite le siège de Vision 4 est situé dans le quartier Nsam, à Yaoundé. Source: agora-mag.net /Image reprise sous autorisation

C’est quoi Vision 4 ?

Pour commencer, Vision 4 est une chaîne de télévision qui existe depuis l’année 2008, et qui émet à partir du quartier Nsam, à Yaoundé. Cette chaîne est le troisième bébé d’un groupe de médias qui s’appelle Le groupe L’Anecdote, et qui appartient au magnat de la presse camerounaise qui s’appelle monsieur Jean-Pierre Amougou Belinga.
Le groupe L’Anecdote comprenait déjà une presse écrite depuis l’année 1995, à savoir le journal L’Anecdote. Il s’est ensuite enrichi d’une radio qui couvre toute la région du Centre, et qui s’appelle Satellite FM (créée en 2004). Vision 4 est donc l’aboutissement de cette vision omni-médiatique qui n’a fait que s’agrandir suivant les ambitions de son téméraire de promoteur.


Rappel des faits

Les faits sont très graves ! Car hormis l’agression de Martial Owona à l’intérieur de son propre domicile, jeudi dernier, il y avait déjà eu les agressions de Ernest Obama (deux fois) et de son collaborateur Jean-Jacques Zé. Il y avait eu les attaques véhémentes pour critiquer les accoutrements « indécents » de Nadine Patricia Mengué. Sans parler de la cabale qui avait été menée par les réseaux sociaux à l’encontre de Parfait Ayissi, un autre journaliste de Vision 4. Lequel journaliste avait été accusé de détournement de mineur envers une « adolescente » dénommée Bonita, jusqu’à un collectif de dix avocats s’était constitué partie civile dans le but de condamner ce présentateur pourtant journalistiquement très talentueux…
Et donc, Martial Owona. Des hommes à mains armés se sont introduits dans son domicile en pleine nuit ; ils lui ont pointé une arme à feu devant les yeux de ses enfants, et ils ont déclaré qu’on les avait envoyés là-bas pour le liquider ! Ensuite ils ont pris de l’argent et ils sont repartis en lui accordant miraculeusement la vie sauve…

affiche de Nadine Patricia Mengué à Vision
Nadine Patricia Mengué avait rejoint le groupe l’Anecdote en grandes pompes. Source: yaoundeinfo.com /CC

Qu’est-ce qu’on reproche à Vision 4 ?

À vrai dire, plusieurs choses ! Déjà que c’est un groupe en émergence et qui affiche son succès, alors que les Camerounais n’aiment pas les gens qui sont riches et qui viennent l’afficher de manière aussi ostentatoire.
Ensuite, certains « reportages » sont contestables. On peut se rappeler le document qu’ils avaient fait pour vilipender Vincent Sosthène Fouda, ou encore les papiers sur Gilbert Baongla qui étaient totalement déséquilibrés ꟷvoire insultantsꟷ, mais qui pourtant ont été diffusés dans leur propre journal de 20 heures !
Ensuite encore, on reprocherait aux journalistes-vedettes de Vision 4, leur pédantisme. La façon dont ils s’adressent aux caméras renvoie parfois un côté condescendant, arrogant et généralement suffisant. Ils profitent de leurs émissions pour régler leurs comptes. Ils ont généralement toujours des partis pris. Ils sont parfois injurieux envers des artistes comme Maahlox, des politiciens comme Maurice Kamto ou encore avec des personnalités comme Nathalie Koah. Et une grande partie de la population les considère déjà comme un média tribaliste, pro-gouvernemental, voire comme une CRTV-bis qui est exclusivement dédiée à la déification du président Paul Biya.


Le cas Jean-Pierre Amougou Belinga

Et donc comme je disais, le groupe L’Anecdote a été fondé en 1995 par son promoteur, un certain Jean-Pierre Amougou Belinga. Ce journaliste de formation a connu une ascension soudaine et surprenante, et jusqu’aujourd’hui sa fortune en interroge toujours plus d’un.
Il est parvenu à faire implanter sa télévision dans les pays voisins que sont le Congo-Brazzaville, la Centrafrique ou encore le Tchad. Il a diversifié ses investissements en créant une école supérieure dans la ville de Yaoundé, et qui s’appelle ISSAM (Institut Supérieur des Sciences, Arts et Métiers). Il a aussi lancé le projet d’une microfinance à capitaux camerounais qui s’appellera Vision Finance (elle a même déjà commencé à fonctionner).
Il s’est révélé comme étant un homme d’affaires silencieux et perspicace, et certains de ses adversaires préfèrent s’en prendre à sa chaîne de télévision plutôt que de s’en prendre directement à lui-même…

Jean-Pierre Amougou Belinga
Jean-Pierre Amougou Belinga, le patron de Vision 4. Source: afriquepremiere.net /Photo reproduite sous autorisation

Le véritable problème de Vision 4
Donc j’avais appris, avec effroi et avec tristesse, l’agression de Martial Owona dans la nuit de mercredi à jeudi derniers. Ce qui m’a interrogé sur les relations que cette chaîne de télévision entretient avec ses nombreux téléspectateurs camerounais…

Le problème de Vision 4 ! Il s’agit parfois de la jalousie, de la haine, de l’incompréhension ou encore d’une admiration dissimulée, puisque cette télévision nous fascine parfois tout autant qu’elle nous donne envie de la stigmatiser.
Le malentendu de Vision 4 ! C’est le seul média dont les journalistes (Francis Bonga et Bruno Bidjang par exemple) sont régulièrement cités dans les histoires de faits divers.
Le véritable problème de vision 4 n’est pas avec ses fidèles téléspectateurs, mais plutôt avec le peuple camerounais !

Parce que les gens ont besoin d’un média qui soit réellement impartial. Les gens ont besoin d’une télévision réconciliatrice et non d’une radio Mille Collines. Les gens ont envie d’entendre des journalistes qui resteront humbles et modestes quoi qu’il arrive, y compris s’ils sont jeunes et potentiellement très prometteurs comme mon ami Pierre La Paix Ndamè.
Sinon ces mêmes gens vont se mettre à vous détester et on finira par croire qu’il existe un sulfureux problème de Vision 4 ici au Cameroun…


Ecclésiaste DEUDJUI, je n’ai plus de problème avec Vision 4
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[VIDÉO] Les pasteurs et les églises de réveil au Cameroun

Dans un pays gangrené par la pauvreté, le chômage et le laxisme politique, les églises de réveil se sont multipliées « grâce à » l’émergence de certains pasteurs tout aussi véreux que talentueux. Et c’est de ça qu’il est question dans ce reportage que j’ai réalisé pour le compte du réseau Les Haut-Parleurs.
N’oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube et de laisser vos commentaires comme l’a déjà fait mon ami Pierre La Paix Ndamè.

Mon reportage sur les pasteurs des églises réveillées au Cameroun. Crédit: Les HAUT-PARLEURS / TV5Monde

PRISES DE VUE :
Valery Forsah Muh

SON :
Valery Forsah Muh

MONTAGE :
Sidik « Sidihno » Lombardi
Les HAUT-PARLEURS

INTERVENANTS :
Divine Nsango
Grégoire Mbodo

LIEUX DE TOURNAGE :
Douala, CAMEROUN

  • carrefour Safari à Bépanda
  • Nouvelle route Bonabo
  • Carrefour Paraiso à Yassa
  • Rue du collège BAHO à Bépanda


Ecclésiaste DEUDJUI, je ne suis pas un pasteur
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J’ai participé à une formation sur le fact-checking

Je reviens de Yaoundé où j’ai participé à un atelier de perfectionnement sur la vérification des fake news. Et c’est cette vérification-là qu’on appelle le fact-checking.

atelier de fact-checking à l'institut Goethe de Yaoundé
Alexandra Tchuileu (debout, à droite) contrôlait les travaux. @Goethe-Institut Photo: Y. Aboueme /CC-BY

C’est quoi le fact-checking ?

Comme je viens de vous dire, le fact-checking est une technique de vérification de l’information diffusée. Parce que comme nous sommes à l’ère du numérique, et surtout à l’ère de la désinformation, de la propagande, du complotisme, des systèmes de croyance, de « l’infoxication » et donc des fake news, on ne sait même plus vraiment à qui on devrait donner de la tête…
Et donc au-delà de la vérification journalistique traditionnelle, il faudrait ajouter la vérification journalistique contre-informationnelle. Il faudra désormais scruter et « checker » toutes les statistiques qui sont publiées ici et là, ainsi que les déclarations des personnalités et les affirmations ꟷparfois gratuitesꟷ de certaines organisations pourtant estimées crédibles. Et c’est cette vérification-là qu’on appellera le fact-checking.


Qui était notre formateur ?

Il s’appelle Hyppolite Valdez Massembele Onanina, mais moi je l’appelais tout simplement Valdez. Il est de nationalité camerounaise mais il réside depuis longtemps au Sénégal, et d’ailleurs ça faisait presque six ans qu’il n’avait plus jamais re-posé ses pieds là-bas à Yaoundé…
Valdez Onanina a été brillant ! Pas seulement parce qu’il est diplômé de journalisme et qu’il prépare un master spécialisé en techniques de vérifications de l’information, mais surtout parce qu’il sait ꟷet aimeꟷ partager tout son savoir. Et puis son CV est là pour plaider pour lui, puisqu’il travaille pour Africa Check qui est actuellement le meilleur site africain de vérification des informations diffusées (ils sont basés à Dakar et à Johannesburg). Il est détenteur d’une certification internationale de fack-checkeur. Il est formateur dans plusieurs pays sur notre continent, et c’est pour cela qu’il voyage énormément. Il est journaliste et contributeur pour plusieurs médias en ligne, et d’ailleurs il a enquêté et révélé plusieurs scandales qu’il avait méticuleusement pris la peine de démontrer comme étant des fake news.

Valdez Onanina à l'institut Goethe de Yaoundé
Valdez Onanina en pleine séance d’explications. @Goethe-Institut Photo: Y. Aboueme /CC-BY

Quels étaient les participants ?

Les participants étaient divers. Une quarantaine au total ! Dont une bonne brochette de journalistes. Dont une petite brochette de blogueurs. Dont un embryon de fack-checkeurs. Dont une petite panoplie de consultants externes, mais également aussi des communicateurs pour certains organismes étatiques voire gouvernementaux…
Les participants étaient sympas en tous cas. Et moi je suis tombé sur Carole Yemelong que moi je regardais et admirais seulement à la télévision, et elle m’a accordé deux gros câlins et deux gros selfies. Je suis tombé sur Jules-Ferry Kotchè qui était en réalité l’organisateur principal de cet événement, et qui m’a avoué qu’il aimait régulièrement me lire. Je suis tombé sur Annie Payep que je considère personnellement comme un monument sur le Twitter du 237. Je suis ensuite tombé sur Aimée-Catherine Moukouri avec qui je partageais les exercices pratiques, et avec qui je suis finalement devenu un ami très impertinent. Mais sans oublier mes compères habituels que je rencontrais déjà régulièrement, les Valorien Noumbissie, les Fotso Fonkam, les Sitchoma Armelita, les Tchakounté Kemayou, les Fadel Mohamed, les Mathias Mouendé Ngamo et les Elsa Elsy, Albertine Bitjaga, Marcelin Ngansop, Larissa de Likeng, etc.


Qu’est-ce que j’ai donc retenu ?

J’ai retenu que nous devons faire très attention aux informations qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias conventionnels, et que nous ne devons pas les partager aveuglément. J’ai retenu qu’il y a des manipulateurs qui diffusent de fausses informations de façon intentionnelle sur la place publique, dans le seul but de renforcer le tribalisme ou encore de provoquer un éventuel sécessionnisme. J’ai retenu que nous ne devons plus nous fier seulement à notre vision et à nos oreilles, parce que les désinformateurs sont capables de détourner une déclaration, de modifier des chiffres, de décontextualiser une illustration photographique de son utilisation originelle, et aussi de traficoter un enregistrement audio-phonique et même vidéographique.
J’ai retenu que nous sommes chacun responsable de la limitation des fake news, et en particulier les vecteurs de l’information que sont les journalistes et les blogueurs. J’ai enfin appris à retracer une image numérique, une vidéo ou encore un son. Et j’ai reçu quelques techniques d’investigation qui me seront imminemment utiles, afin de signaler des contenus mensongers qui n’ont pour seul objectif que de déstabiliser notre cher pays le Cameroun…

Ecclésiaste Deudjui et Annie Payep
Je suis ravi d’avoir fait la rencontre de Annie Payep. Crédit: Mathias Mouendé Ngamo /CC

Vérification des faits

Donc grâce à Alexandra Tchuileu qui nous a invités à l’institut Goethe, à Yaoundé, je sors d’un atelier de perfectionnement sur la vérification des fake news.
Et c’est cette vérification-là qu’on appelle le fact-checking.

Fact-checking ! Si une information vous paraît invraisemblable, si elle est dangereuse ou alors si sa viralité est devenue très importante, vous avez le devoir et même l’obligation d’aller immédiatement la vérifier.
Fact-checking ! Il n’y a pas de site internet qui soit infaillible. Il n’y a pas de média qui soit insubmersible. Il n’y a pas de personnalité qui ne se trompe jamais. Il n’y a pas de statistique qui ne mérite pas d’être vérifiée et revérifiée encore.
La vérification des faits est absolument devenue une nécessité, puisque les fake news circulent six fois plus rapidement que les articles de fact-checking informations qui sont pourtant crédibles !

Alors au sortir de cette rencontre, je vais vous exhorter à esquiver la désinformation mais surtout la mésinformation. Je vais vous enjoindre à ne plus céder aux discours post-véridiques (ce sont les discours qui veulent vous convaincre par les émotions) qui sont souvent prononcés par certains hommes politiques. Je vais vous supplier de ne plus me croire moi-même sur parole dans mes articles et dans mes récits, même lorsque je vous parlerai de mon meilleur ami Pierre La Paix Ndamè.
Parce que dorénavant j’ai aussi décidé de me comporter comme un fact-checkeur.


Ecclésiaste DEUDJUI, je fais du fact-checking
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James

Je viens d’apprendre la terrible nouvelle : mon grand-frère Deudjui Camdoum James Curtis vient de décéder.

Camdoum James au village
James, en novembre 2012 lors d’un rassemblement au village. Crédit: @EcclésiasteD /CC

Mon grand-frère
James était mon frère aîné. Il est né le 23 janvier 1973, et donc décédé le dimanche 10 novembre 2019. Nous avions des mamans différentes mais nous avions le même papa, et c’est ainsi que nous avons vécu ensemble à Nkongsamba, à Souza, à Lélé, à Edéa, à Ndikiniméki puis aussi à Yaoundé et Bafoussam.
James était un grand-frère qui nous avait interdit de l’appeler « Tonton », parce qu’il souhaitait que nous l’appelions par son prénom. Il était parfois récalcitrant envers nos parents, mais envers ses cadets il a toujours été un grand-frère ce qu’il y avait de plus irréprochable.

Mon modèle
James rêvait de devenir un multimilliardaire. Et donc il accumulait les projets, il entassait les rêves et il ne cessait jamais de continuer à renforcer sa culture générale.
Il a été mon modèle dès l’enfance : c’est lui qui m’a donné l’envie de devenir un informaticien, car dès mon adolescence il me mettait déjà en contact avec ses nombreux ordinateurs. C’est lui qui m’a fait découvrir la programmation à travers le C++, le BASIC, le PHP et d’autres langages informatiques. C’est lui qui m’avait fait pratiquer le basket-ball et le tennis de table, parce que c’était un super basketteur et d’ailleurs il a évolué dans plusieurs formations de première division à Edéa.
En cuisine, c’est lui qui m’avait appris un jour que « Tout l’art de la gastronomie réside dans le dosage ».

James et son petit-frère Ecclésiaste Deudjui
J’aimais souvent passer du bon temps avec mon grand-frère James, comme ici à Douala. /CC

Un bon vivant
C’était un bon vivant. Un bon « viveur ». Un bon buveur à ses meilleures heures, et également un bon compagnon d’ambiances. C’était un grand-frère de bonne compagnie, mais aussi un bon collègue, un bon ami, un bon voisin, un bon compatriote…
Je sais, on ne dit jamais du mal des personnes qui viennent de disparaître. Et puis, c’était mon grand-frère ! Mais il a pris la vie avec une telle simplicité et moi j’appréciais beaucoup cette philosophie. Il était devenu plus qu’un ami pour moi (il m’avait surnommé « Django »), et nous passions souvent de bons moments à avaler des bières ensemble et à regarder de bons documentaires à la télévision.

Un père de famille
Il laisse trois enfants dont deux garçons et une fille. Il avait déjà perdu un rejeton en 2005, lequel était décédé juste deux semaines après sa naissance.
Il avait aussi perdu son épouse récemment, Jeanne, en 2016. Il avait été un bon père de famille, de ce que j’en sais. Hormis avec son premier fils avec qui il lui arrivait de se disputer quelques fois. Mais il essayait toujours de tenir son foyer dans de bonnes conditions, et de veiller à ce que sa petite famille ne manque de rien.
Mais hélas…

James, Ecclésiaste, Michael et Eric Deudjui
James, tenant ses petits-frères à Edéa (de gauche à droite, moi, Pagop Michael et Eric Bertrand). /CC0

James Curtis
Mon grand-frère Deudjui Camdoum James Curtis vient de nous quitter…

James Curtis ! C’est lui qui m’avait accueilli à Yaoundé en novembre 2001, lorsque je venais d’accéder à l’université.
James Curtis ! C’est lui qui a fait installer le stade de basket-ball qui existe encore aujourd’hui dans la ville de Ndikiniméki.
« Papa Curtis » était un informaticien brillantissime, un intellectuel qui a fréquenté au lycée de Dibombari comme mon ami Pierre La Paix Ndamè, mais aussi un très-très prolixe entrepreneur.

Et quand je réalise qu’il a disparu, cela me fait vraiment de la peine. Parce que je ne lui ai même pas dit au revoir. Parce que je ne l’avais plus revu depuis quelques mois déjà. Parce que je connaissais suffisamment ses objectifs pour mesurer la grandeur de ses rêves, et pour savoir que dorénavant il ne les réalisera plus jamais. Et si vous me demandez s’il était réellement un bonne ou alors une mauvaise personne, je vous répondrai tout simplement que Deudjui Camdoum James Curtis était mon grand-frère !

Ecclésiaste DEUDJUI, à bientôt, James !
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La tragédie de Bafoussam

Dans la nuit de lundi à mardi derniers, la ville de Bafoussam a subi une catastrophe naturelle effroyable. Et cet événement est devenu une tragédie pour le Cameroun…
Un homme transportant un enfant décédé à Ngouaché
La photo la plus célèbre de ce drame, un homme transportant le cadavre d’un enfant décédé lors de la tragédie de Bafoussam. Source: koaci.com /CC0

Que s’est-il passé au juste ?

Dans la nuit de lundi à mardi derniers, dans le quartier Ngouaché qui est situé dans l’arrondissement de Bafoussam 3ème, il y a eu un terrible éboulement !

La scène a commencé le lundi soir aux environs de 22h30, heure à laquelle un glissement de terrain a dévasté plusieurs habitations qui étaient pourtant bien occupées. La chute n’a duré que quelques secondes ! Mais ensuite il y a eu des cris de détresse perdus au milieu de l’obscurité, ainsi que des pleurs incessants et puis subitement un silence assourdissant, ce qui laissait présager du terrible bilan à venir : une quinzaine de maisons effondrées, 43 personnes ensevelies (donc mortes), sept ou huit personnes disparues (donc mortes mais dont les corps n’ont pas pu être retrouvés) et une onzaine de personnes accidentées puis immédiatement hospitalisées…

Quelle a été notre réaction ?

La mienne, de la stupéfaction et du chagrin, bien sûr. Tout comme celle de mon ami Pierre La Paix Ndamè.

Mais pour notre Gouvernement qui est le véritable garant de notre sécurité et de notre santé, il y a eu la lettre du chef de l’État à l’intention du Gouverneur de la région de l’Ouest, et dans laquelle Paul Biya lui adressait ses sincères condoléances.

Ensuite il y a eu un ramdam de quelques membres de ce même gouvernement qui se sont rendus sur place, à Ngouaché, dont notamment le ministre de l’administration territoriale (un certain Atanga Nji qui parle comme un militaire) et celle de l’urbanisme et de l’habitat (Mme Célestine Ketcha Courtès, une femme de poigne également). Il y a eu un premier déblocage de 25 millions de francs CFA pour assister médicalement les victimes, puis un autre déblocage de 100 millions FCFA pour accompagner les familles endeuillées, et enfin une autre enveloppe de 100 millions FCFA encore pour le recasement des survivants qui ont miraculeusement pu échapper à cette catastrophe.

La recherche des corps à Ngouaché
Les populations et les secours à la recherche d’éventuels survivants. Source: actucameroun.com /Image reprise sous autorisation

Quelle est la cause de cet accident ?

Justement. Les théories vont bon train, et certains commencent d’abord par accuser les pluies diluviennes de ces derniers jours dans la ville de  Bafoussam. D’accord. Puis il y a ceux qui accusent les populations de Ngouaché de s’être installées dans des zones aussi marécageuses, et sur des terrains aussi glissants. Surtout que cet éboulement a été amplifié par le fait que ces habitations étaient perchées sur le sommet d’une colline assez culminante, ce qui a donc aggravé cette hécatombe. D’accord.

Mais notre gouvernement, je reviens à lui, est-ce qu’il l’avait prévue ? Hein ? Est-ce qu’il l’avait anticipée ? Est-ce qu’il avait vérifié le permis de bâtir de ces misérables occupants avant de leur permettre de s’y établir ? Hein ? Est-ce que la politique de l’habitat au Cameroun est une politique réfléchie et structurée ? Est-ce que les logements sociaux seront enfin une réalité dans notre Cameroun ? Est-ce que notre président de la République va enfin trouver chercher une solution à ces exodes ruraux massifs, et qui deviennent massifs justement parce qu’il n’y a aucune politique d’urbanisation de nos villages et de nos campagnes ? Hein ? Est-ce que les gens qui nous dirigent vont cesser de pratiquer la « tolérance administrative » quand ça les arrange, et arrêter de nous apporter leurs enveloppes d’argent lorsqu’il y a des catastrophes que normalement ils auraient dû éviter ?

Quelles leçons devons-nous en tirer ?

Les leçons sont multiples : anticiper, prévoir, reconstruire, recaser, conseiller, administrer. Les leçons sont pourtant nombreuses. Les leçons nous exigent que nous ne construisions plus sur des fondations aussi fragiles, et que nous nous munissions d’un permis de bâtir en bonne forme avant de commencer n’importe quel échafaudage.

Les leçons de cette tragédie, ce sont les méfaits de la pauvreté et de la promiscuité. Les leçons c’est qu’il faudrait que les habitations à loyers modérés (HLM), normalement construites pour les pauvres, ne soient plus octroyées à des personnes qui sont nanties ou qui sont riches. Les leçons c’est que nous ne devons plus attendre les inondations avant de réagir. Les éboulements avant de s’émouvoir. Les glissements de terrain (ou de CAN 2019) avant de faire semblant de s’en offusquer, même si curieusement nous n’avons même pas décrété au moins une journée de deuil national !

Stanley Enow à Ngouaché
L’artiste-musicien Stanley Enow (les mains sur la tête) s’est rendu sur les lieux de la catastrophe. Source_ critiqsite.com Crédit: Motherland /Photo reprise sous autorisation

La tragédie du Cameroun

Donc dans la nuit du lundi 28 au mardi 29 octobre 2019, la ville de Bafoussam a donc connu une catastrophe (sur)naturelle indescriptible ! Et cet accident est devenu un véritable psychodrame pour le Cameroun… La tragédie de Bafoussam.

Parmi les quarante-trois victimes officiellement recensées, il n’y a eu que trente-sept cadavres formellement identifiés.

La tragédie de Ngouaché ! Parmi ces personnes décédées, il y avait des adolescents et des adolescentes qui n’avaient rien demandé. Il y avait cinq femmes enceintes et l’une d’elles était même programmée pour accoucher le mercredi 30 octobre.

La tragédie de Bafoussam est une tragédie à la camerounaise, à vrai dire, puisque nous avions déjà connu le Lac Nyos en 1986, Nsam-Efoulan en 1998, Mbanga-Mpongo en 2007  et dernièrement le déraillement de train à Eséka en 2016…

Mais comme d’habitude nous continuerons de regarder ces catastrophes-là sans rien dire, et la vie au Cameroun continuera tranquillement son bout de chemin. Nous ne tirerons aucune leçon de cette tragédie et n’en prendrons aucune précaution non plus, puisque c’est ce laxisme et ce dilettantisme que nous subissons depuis le 6 novembre de l’année 1982. Et quand nous entendrons bientôt parler d’une énième catastrophe ici au Cameroun, à Yaoundé ou bien à Douala, nous ferons encore semblant de nous en émouvoir comme nous savons si bien le faire.

Puisque les tragédies dans notre pays sont déjà presque devenues de simples faits divers.

Ecclésiaste DEUDJUI, je suis Bafoussam

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Sangmélima

Une semaine après le Grand Dialogue, la ville de Sangmélima a été le théâtre de plusieurs affrontements entre les autochtones et les allogènes. Et comme dirait quelqu’un, les conséquences de ces exactions ont été dévastatrices !

boutique vandalisée à Sangmélima
Une boutique vandalisée. Photo: icicemac.com /CC-BY

Que s’est-il passé au juste ?

D’après des sources concordantes, il y a un jeune homme de 27 ans qui s’appelait Benjamin Junior Assam Belinga, et qui a été retrouvé mort dans la matinée du 9 octobre à Sangmélima. C’était un moto-taximan originaire de cette ville, et visiblement il aurait été assassiné par son beau-frère Wilfried Mefoua qui, semble-t-il, lui aurait précédemment promis la mort…

Soit. Sauf que Mefoua Wilfried n’aurait pas agi out seul, et parmi ses complices il y aurait eu des personnages originaires de la tribu bamoun. Et lorsque ce groupe a été interpellé par la Gendarmerie en compagnie des objets personnels de la victime, les populations ont demandé qu’on leur livre ces gens afin qu’elles puissent ainsi leur appliquer la sévérité de la justice populaire (c’est-à-dire les occire). Et devant le refus du commandant de brigade, les jeunes de Sangmélima ont donc décidé de s’en prendre à toutes les boutiques et toutes les maisons des allogènes de cette contrée, et particulièrement ceux qui sont originaires des villes de Foumban et Foumbot…

Quel est le bilan des violences ?

D’après les vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux (merci Pierre La Paix Ndamè) et d’après certains témoignages, les dégâts ont été immenses ! On a vu une foule de jeunes badauds qui étaient armés de gourdins et de matraques improvisés, et qui déambulaient dans le centre-ville de Sangmélima. Et c’est ainsi qu’ils ont identifié puis dévalisé de nombreuses boutiques, appartenant essentiellement à des allogènes. Ils ont pillé des magasins d’électronique. Ils ont cassé des présentoirs. Ils ont vandalisé puis démoli des échoppes et des étals, et ils se sont copieusement servis dans les comptoirs. Mais les évaluations matérielles de ces débordements ne sont pas vraiment quantifiables, puisque dans notre pays-ci on ne calcule rien. On peut seulement vous dire supposer que 60 % des commerces endommagés appartenaient à des Bamilékés, 25 % à des Bamouns, 10 % à des Nordistes et 5 % à des autochtones (ce sont les dommages collatéraux).

On peut aussi ajouter qu’il y a des « étrangers » qui ont été délogés de leur maison puis copieusement molestés et bastonnés, pour rien-rien comme ça ! On peut ajouter que certaines voitures ont été subtilisées puis sabotées également. On peut terminer en disant qu’il y a eu une bonne dizaine de blessés parmi les personnes ciblées et tabassées, dont la moitié se trouve encore dans un état critique. Et que la maman de Benjamin Assam a rapidement été annoncée décédée, mais certaines sources m’ont rassuré que ce n’était qu’un simple évanouissement…

jeunes violents dans les rues de Sangmélima le 9 octobre 2019
Les jeunes de Sangmélima sillonnant la ville le jour des événements. Source: actucameroun.com /Reproduit sous autorisation

Quelles solutions ont été apportées ?

Dès le lendemain 10 octobre, le préfet du Dja-et-Lobo (c’est le département de Sangmélima) a pris la parole pour dire que : « Les violences que nous avons connues hier n’ont rien à voir avec une quelconque rivalité inter-ethnique. Notre ville conserve son hospitalité légendaire et valorisera toujours le vivre-ensemble, une notion qui est tant prônée par notre chef de l’État. »

C’était à peu près ça.

Puis il a convoqué une réunion pour le vendredi 11 octobre, et dans laquelle étaient attendues toutes les élites de ce département auquel est effectivement originaire le chef de l’État, ne l’oublions pas, puisque le village natal de Paul Biya s’appelle Mvo’oméka et est situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Sangmélima.

Donc je disais que le préfet a convoqué le gouverneur de la région et le maire, il a convoqué les grands commerçants et les hommes d’affaires du coin, il a convoqué le ministre de l’enseignement supérieur qui s’appelle Jacques Fame Ndongo et qui est originaire du Sud, et enfin il a demandé un renforcement de ses capacités policières et militaires.

Ce qu’il a obtenu, puisque Sangmélima est actuellement quadrillée par les forces de l’ordre afin d’éviter une situation de guérilla…

Quel est le rapport avec le Cameroun ?

Eh bien c’est simple, c’est le tribalisme ! Parce que cette gangrène qui se faufile sur les réseaux sociaux et qui n’a besoin que d’une étincelle pour détoner, elle nous a un peu présenté à quoi elle ressemblera lorsqu’elle arrivera. Puisque la dernière élection présidentielle nous a fait s’opposer les Bamilékés et les Boulous, et qu’on a eu l’impression qu’ils étaient même arrivés au bord de l’affrontement.

Quel rapport avec le Cameroun ? Parce que si l’assassinat d’un bendskineur est capable de dériver en règlements de comptes et en saccages, ça signifie certainement que le mal est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Et que les accusations tribales qui peuvent dégénérer en guerre civile sont souvent alimentées pas la frustration, par le chômage, par la jalousie, par les coupures d’électricité, par les promesses non tenues par les élites locales, par la manipulation politique, par le laisser-aller de la Justice, par le manque d’éducation, par l’alcoolisme, par la sexualité exacerbée, par le désœuvrement et surtout par la pauvreté.

Autant d’ingrédients dont on ne peut pas s’imaginer que le Cameroun en est démuni…

des allogènes quittant en masse la ville de Sangmélima
Certains allogènes ont commencé à quitter la ville de Sangmélima. Source: cameroun24.net /Photo reprise sous autorisation

Le soulèvement de Sangmélima

Donc une semaine seulement après le Grand Dialogue, la ville de Sangmélima a été le théâtre de plusieurs affrontements entre les autochtones et les allogènes. Et comme dirait Nyangono du Sud, les conséquences de ces exactions ont été très-très dévastatrices !

Sangmélima ! Ce qui s’est passé dans le Dja-et-Lobo, doit nous servir de piqûre de rappel afin de nous souvenir que le vivre-ensemble ne se décrète pas, mais au contraire qu’il s’agit d’une méticuleuse construction.

Sangmélima ! Le Cameroun possède plus de deux cents tribus et langues vernaculaires. Les Camerounais sont chez eux presque partout. Le tribalisme n’existe pas entre nous mais il y a des manipulateurs qui souhaitent l’utiliser à des fins machiavéliques.

Les violences de Sangmélima m’ont sincèrement fait de la peine, parce que c’est là-bas que j’ai vécu en avril 2014 lorsque je m’étais retrouvé sans domicile fixe ici à Douala.

Mais au-delà de cette municipalité, c’est tout le Cameroun qui me fait peur ! C’est la haine de l’étranger qui commence à se faire alimenter à cause de la gourmandise politique, et à cause aussi de notre indigence. Et quand je vois comment les jeunes de mon pays sont descendus dans les rues avec des machettes et des gourdins, pour saccager les boutiques de leurs propres compatriotes, je me dis que nous sommes finalement malheureusement arrivés au bord du précipice.

Et qu’il suffirait d’une étincelle pour nous y laisser tomber.

Ecclésiaste DEUDJUI, je suis Sangmélima !

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L’histoire d’un grand dialogue

Du 30 septembre au 4 octobre de la semaine dernière, le Cameroun a vécu le plus grand dialogue inclusif de l’ère présidentielle de Paul Biya (déjà 37 ans quand même !).

Et c’est cette histoire-là que je vais vous raconter…

 

logo du Grand dialogue national
Le logo du grand dialogue. Source: sinotables.com /CC

 

L’origine du problème

Déjà, il faut rappeler que le grand dialogue national que nous avons vécu la semaine dernière, il était la conséquence de beaucoup-beaucoup de problèmes : les attentats terroristes de la secte Boko Haram au Nord, la crise post-électorale avec le MRC, le parti d’opposition, et l’arrestation de son leader contestataire Maurice Kamto, le mal-être et le mal-vivre des Camerounais qui avaient causé les émeutes de la faim au mois de février 2008, et puis finalement la crise anglophone qui est devenue une guerre civile…

La crise « dite » anglophone.

Et c’est dans cette atmosphère de tribalisme grandissant et de haine intempestive sur les réseaux sociaux, que le grand dialogue national s’imposait à nous tous. Puisque les Camerounais réclament la décentralisation et la remodélisation de nos systèmes éducatif et judiciaire, sans parler du sécessionnisme au Nord-Ouest-Sud-Ouest qui a déjà causé des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés mais aussi des pertes économiques qui sont actuellement évaluées à plusieurs milliers de milliards de francs CFA…

 

La convocation du dialogue

Et donc le mardi 10 septembre 2019, dans une adresse à la Nation qui n’avait rien de coutumière (Paul Biya ne s’exprime que le 10 février et le 31 décembre en général), le chef de l’État a pris la parole pour déclarer que « afin de ramener la paix dans les deux régions anglophones en crise, je convoque l’ouverture d’un grand dialogue national qui sera présidé par le Premier ministre, et qui aura lieu d’ici la fin de ce mois. »

Dont acte.

Et c’est ainsi que dès le lendemain matin, ledit Premier ministre Dion Nguté (il n’est pas le frère de Céline Dion hein) a commencé les consultations en vue de l’établissement de la forme de ce dialogue ainsi que de ses participants. Il a reçu tour à tour des leaders religieux, la société civile, les partis politiques, les corps constitués, les hommes et les femmes d’affaires, les chefs traditionnels, les blogueurs et les journalistes, les commerçants et les artistes, les élus municipaux et… mon ami Pierre La Paix Ndamè !

Pendant quinze jours d’affilée. Ce qui lui a permis de concevoir un listing de 700 personnalités invitées à participer à ces fameux échanges, dont la presse, lesquelles listes lui ont été facilitées par les gouverneurs de région et par les préfets qui naturellement appartiennent tous au RDPC, le parti du président…

 

Paul Biya le 10 septembre 2019
Paul Biya, lors de son discours du 10 septembre 2019 convoquant le grand dialogue. Source: prc.cm /Image reprise sous autorisation

 

Le déroulement du dialogue

Je ne critique pas pour critiquer hein, mais j’ai observé plusieurs incohérences. Déjà, le grand dialogue avait pour vocation à résorber le problème de la crise anglophone, mais pourquoi alors les travaux se sont essentiellement déroulés en langue française ? Hein ? Pourquoi les leaders ambazoniens qui sont pourtant le nœud de ce problème, n’ont-ils pas été représentés ? Pourquoi est-ce que le lieu du dialogue c’était le Palais des congrès à Yaoundé, et non pas choisir une ville anglophone comme Buea, ou Limbé, ou Bamenda, ou Tiko et que sais-je encore ? Pourquoi le président de la République n’a pas voulu assister personnellement à ces différentes assises ? Pourquoi est-ce que c’est le gouvernement qui a choisi lui-même les sujets à l’ordre du jour, la liste des participants comme je vous ai dit, la date et le timing des sessions, ainsi que le porte-parole de ces débats qui n’était personne d’autre que Georges Ewanè qui est malheureusement un journaliste de la CRTV, un média étatique (et donc forcément un militant du parti au pouvoir) ?

Et puis, on a remarqué les défections du MRC, de Kah Wallah, d’Alice Sadio, d’Akere Muna et de bien d’autres acteurs, qui ont considéré que ce grand dialogue n’était ni plus ni moins qu’une grosse mascarade ! On a aussi vu que certains sujets étaient prohibés pendant les délibérations, notamment la question sur l’alternance à la tête de l’État qui a été évoquée par le sultan Ibrahim Mbombo Njoya. On a constaté que la plupart des présidents de commissions (il y en avait huit au total) étaient tous des militants du RDPC ! Et que les barons du régime qui disaient auparavant que « Il n’existe pas et il n’a jamais existé de problème anglophone ! » étaient miraculeusement en tête de liste, et que ce sont même eux qui remplissaient les ateliers alors que normalement cette concertation aurait dû bénéficier d’un minimum de neutralité…

 

Les résolutions du dialogue

On a décidé de la réforme du système éducatif. On a modifié les procédures judiciaires. On a adopté le principe de la double nationalité. On a opté pour que les délégués du gouvernement auprès des communautés urbaines ne soient plus de super-maires, et qu’ils soient désormais soumis aux suffrages des électeurs. On a promis de réinjecter de l’argent dans les zones sinistrées, en vue de leur reconstruction économique. On a obtenu l’arrêt des poursuites contre 333 personnes qui étaient impliquées dans la crise anglophone, ainsi que la libération de 102 militants du MRC dont les grandes figures sont Michèle Ndoki, Paul-Éric Kinguè, Célestin Djamen, Valsero, Penda Ekoka, Alain Fogué, Albert Dzongang et bien entendu Maurice Kamto (ils ont été relaxés le samedi 5 octobre). On a milité pour une accélération de la décentralisation, avec notamment un « régime spécial » pour les deux régions anglophones, mais aussi le renforcement des compétences administratives pour le reste des maires qui travaillent dans les autres communes…

Il y a eu beaucoup de résolutions prises, et certainement de bonnes. Mais je vous rappelle que lors de la précédente tripartite, il y en avait eues de bien meilleures ! On avait notamment adopté cette même décentralisation qui est encore à l’ordre du jour aujourd’hui, et on avait même validé la limitation des mandats présidentiels au nombre de deux seulement !

C’était depuis l’année 1991, mais vous constaterez que monsieur Biya est toujours là.

 

Maurice Kamto lors de sa libération
Maurice Kamto (en lunettes, au centre de l’image) lors de sa libération le samedi 5 octobre 2019. Source: camer.be /CC-BY

 

L’histoire d’un très grand dialogue

Donc du 30 septembre au 4 octobre de la semaine dernière hein, le Cameroun a vécu le plus grand dialogue inclusif de l’ère présidentielle de notre président (ça fait trente-sept ans qu’il est là !).

Et c’est cette histoire-là que je tenais absolument à vous raconter…

 

L’histoire d’un grand dialogue. C’est l’histoire d’une réconciliation qu’on aurait pu tenir depuis le mois novembre 2016, lorsque la crise anglophone n’avait pas enflé, mais que nos dirigeants ont minimisée par arrogance et condescendance.

L’histoire d’un vrai dialogue. Je me demande si Paul Biya n’a pas initié ce dialogue pour éviter l’intervention militaire de la communauté internationale, parce que c’est quand même bizarre que cette convocation a coïncidé avec la tenue de l’assemblée générale de l’ONU.

L’histoire d’un dialogue « inclusif » qui a pourtant exclu les vrais sujets qui devaient accompagner les délibérations, car personne n’a parlé du Code électoral, de la séparation des pouvoirs, de la limitation des mandats présidentiels, de la déclaration des biens,  de l’indépendance de la Justice, etc.

 

Alors on aura beau tourner autour du pot comme ça pendant des années et des années, ce problème finira inéluctablement par venir se poser de nouveau. On aura beau faire semblant que les problèmes du Cameroun sont des problèmes d’ordre structurel, voire conjoncturel, on finira invariablement par revenir à l’évidence. On aura beau convoquer les grands dialogues dispendieux ou encore répéter des tripartites où les gens iront surtout pour se faire des selfies, mais rien n’y changera !

Parce que les Anglophones sont comme les Francophones et ils ont tout simplement besoin de découvrir un nouveau président.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, c’est notre Histoire

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