Cameroun : mais que se passe-t-il avec les réseaux sociaux ?

En l’espace de quelques semaines, on a vu comment le rappeur Maahlox, puis l’évêque de Bafia, puis la chanteuse Charlotte Dipanda se sont succédé à la Une sur les réseaux sociaux. Mais dès qu’il faut parler des vrais sujets il n’y a plus personne !

 

téléphone connecté à Facebook

Certains Camerounais ne s’informent que par les réseaux sociaux

 

La désinformation

La spécialité n°1 des Camerounais sur les réseaux sociaux, c’est la désinformation. En effet, dès que quelqu’un entend parler d’une rumeur, il se met à divulguer cette intoxication sans réfléchir ! Comme chacun veut montrer aux autres qu’il est très bien informé, du coup tout le monde est capable de nous désinformer à n’importe quel moment…

Sérieusement, les Camerounais aiment trop nous montrer qu’ils ont le fax. Ils aiment trop nous montrer qu’ils ont le scoop. Et c’est pour ça que dès que quelqu’un propage une fausse information sur WhatsApp, tous les autres Camerounais vont « partager » cette fausse information sur Facebook, simplement parce qu’ils veulent vous démontrer que eux aussi ils sont déjà à la page…

 

Le divertissement

J’ai l’impression que les Camerounais utilisent les réseaux sociaux comme s’il s’agissait d’une partie de Monopoly ou bien de Scrabble. Quand je discute avec un facebookeur professionnel, il me répond toujours : « je suis venu sur Facebook pour me divertir et pour télécharger le jeu Candy crush sugar… » Tsuip !

Sur WhatsApp alors là c’est grave ! Si ce n’est pas pour aller inboxer les filles qui viennent de poster leurs photos dans un nouveau groupe de discussion, le Camerounais va carrément te dire : « WhatsApp me sert à quoi d’autre ? »

Sur WhatsApp il n’y a que le divertissement et la drague. Sur Facebook il n’y a que le narcissisme et le voyeurisme (on publie même les photos des cadavres !). Sur Instagram ce n’est que le photoshopisme. Sur Twitter, ici au Cameroun chacun se prend pour un « influenceur », mais j’attends toujours une révolution un hashtag qui va enfin « influencer » le quotidien de tous les petits Camerounais…

 

panorama de réseaux sociaux

Quelques réseaux sociaux utilisés par les Camerounais

 

La distraction

La distraction ce n’est pas le divertissement hein, il ne faut pas confondre. Il ne faut pas mélanger les choses. Il ne faut pas confondre le divertissement avec la diversion. Parce que quand tu te distraies de toi-même comme Pierre La Paix Ndamè, ce n’est pas très grave. Mais quand on vous tourne en bourriques et qu’on vous fait réfléchir sur la sexualité de Charlotte Dipanda alors que vous avez des problèmes plus sérieux que ça, alors là c’est très-très-très grave ! Quand on vous fait parler de Maahlox LeVibeur, d’Ingrid Betancourt (pas la Colombienne hein), de Nathalie Koah et de Samuel Eto’o qui était son ex-goléador, vous pensez que ça va changer quoi à votre situation ?

Quand je vois comment les Camerounais sont toujours en train de discuter de sujets futiles sur les réseaux sociaux, ça me donne seulement la surtension ! Jusqu’à il y a même des groupes sur Facebook où les seuls sujets de conversation sont : Cristiano Ronaldo, le prix de la bière, les meilleures coiffures de Chantal Biya, le regard perçant de Pierre Abena, les occasions ratées de Vincent Aboubakar, etc.

 

L’endoctrinement

L’endoctrinement c’est presque la même chose : parfois tu peux te connecter et tu vois comment un marabout est en train de te proposer tous ses services. Parfois tu peux tomber sur un vendeur de produits qui te promet que ton bangala sera plus costaud et plus long que celui de Rocco Sifredi. Parfois tu vas rencontrer un faux pasteur (est-ce qu’il y a même les vrais ?) ou bien un faux prêtre, et c’est lui qui va te dire qu’il connaît le chemin qui peut vous mener tous les deux vers le Paradis…

Parfois tu vas tomber sur un charlatan qui sait comment on soigne le VIH-Sida depuis les années 1991. Tu vas tomber sur un homosexuel qui va essayer de te convertir. Tu vas rencontrer un partisan du SDF qui va te démontrer que « John Fru Ndi est encore jeune jusqu’ààààààà… » Et c’est cet opposant qui va te demander de ne pas faire confiance à Cabral Libii pour les élections de 2018…

 

citoyen en possession d'un smartphone

La majorité des Camerounais dispose d’un smartphone pour accéder à Internet

 

Cameroun : mais que se passe-t-il au juste avec les réseaux sociaux ?

Depuis plusieurs semaines, on voit comment Rigobert Song puis Monique Koumatékel puis encore Bernard Tchoutang se sont tous succédé à la Une sur nos réseaux sociaux. Mais dès qu’il faut s’inscrire sur les listes électorales il n’y a plus personne !

Que se passe-t-il sur Facebook ? Les Camerounaises vendent le piment, les Camerounais prennent les photos des accidentés et ils les publient, les antisportifs malparlent des artistes pour faire le buzz et les autres anonymes se contentent de la manipulation, de la jalousie, de la mégalomanie et du kongossa.

Que se passe-t-il sur WhatsApp ? Les blagues de Robert Mugabè qui ne me font pas rire, les jeux de mots pourris et les devinettes à la con, les groupes qui ne t’apportent rien d’autre que les mangeuses de nkondrè qui sont encore là pour te revendre la même-même pistache.

Mais que se passe-t-il au juste sur Google+ ? Ou sur Snapchat ? Ou sur Messenger ? Ou sur Imo ? Ou sur l’écran d’accueil de n’importe quel téléphone smartphone Androïd ?

 

Parce que, ici au Cameroun, dès qu’il faut parler des vrais sujets il n’y a plus personne ! Dès qu’il faut se mobiliser pour défendre la condition des femmes et la situation des enfants africains, il n’y a plus personne. Dès qu’il faut parler de la corruption dans les services administratifs, du chômage, de l’injustice dans les tribunaux et de la défaillance de nos systèmes éducatifs et sanitaires, il n’y a plus personne. Dès qu’il faut demander à Paul Biya de laisser le pouvoir et d’aller se reposer parce qu’il est déjà totalement et complètement vieux déconnecté, il n’y aura plus aucun Camerounais pour discuter avec vous sur les réseaux sociaux.

Sauf si… Sauf si vous leur demandez de participer à une autre futilité comme le #BidoungKpwattChallenge

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je ne sais pas ce qui se passe

WhatsApp: (+237) 696.469.637

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6 réflexions au sujet de « Cameroun : mais que se passe-t-il avec les réseaux sociaux ? »

  1. Dans la vie on a toujours le choix, mais le gouvernement camerounais n’hésite pas une minute à faire pression sur les réseaux de téléphonie pour que ne soit divulgué que les potins du coin ! Il a bien trop peur que les camerounais dévoilent certaines vérités donc tous ces cancans c’est juste l’arbre qui cache la forêt et comme les camers adorent s’occuper du cul de leur voisin, forcément !!! Une précision cependant, l’Evêque de Bafia a été assassiné mais pas pour des raisons de pédophilie auxquelles on a voulu faire croire !!! D’autres parts j’ai pris ton article pour le poser sur mon site internet !

  2. Saag Wassoumi Lionel dit :

    Belle analyse. « Rien n’est bon, rien n’est mauvais, tout dépend de l’usage qu’on en fait » SHAKESPEARE. Pour dire que les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour réaliser des objectifs plus en phase avec la citoyenneté et un idéal de société.

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