Ecclésiaste Deudjui

Adieu, Jacques !

Cet article n’est pas seulement destiné à mon cousin Jacques qui vient de mourir. Mais c’est un hommage à tous les proches qui nous ont quittés durant cette funeste et malheureuse année 2020…

Jacques Kamdem
Jacques est décédé à l’âge de quarante ans. Images: Facebook /CC-BY

Adieu, Jacques !

Jacques n’était pas directement mon cousin, à vrai dire. C’était plutôt un beau-frère. Mais je me suis senti personnellement touché à l’annonce de son décès mercredi soir, aux environs de 19 heures.
Jacques n’avait que quarante ans ! Il souffrait d’un lancinant cancer qui le traumatisait depuis quelques années déjà, et ses multiples médications n’ont pas pu améliorer son état de santé. C’est  à travers sa maladie que j’ai découvert le traitement qu’on appelle la chimiothérapie. C’est sur lui que j’ai vu les rôles antalgique et analgésique, des drogues médicinales comme la morphine, l’endorphine, etc.
Mon cousin était un combattant et un homme d’affaires brillant dans ses activités. Mais voilà qu’il laisse une jeune veuve éplorée, ainsi que deux petits enfants qui n’ont même pas encore atteint l’âge de la pré-puberté…

Maudit covid-19 !

2020 a été une année impitoyablement meurtrière, et c’est en partie à cause du covid-19 ! Car, dès le mois de mars, nous apprenions des contaminations en masse, ainsi que des décès suspects et des enterrements express qui étaient tous dus à ce fameux coronavirus.
Moi aussi j’ai perdu ma grand-tante à cause de ce virus, il y a seulement quelques semaines. On l’a enterrée dans la précipitation et je n’avais même pas eu l’opportunité de pouvoir lui adresser un dernier au revoir… Tsuip !
Je ne suis pas le seul. Pierre La Paix Ndamè n’est pas le seul. Vous connaissez certainement un oncle, un père, une mère, une grand-mère, une tante, une sœur, un frère, un fils ou encore un neveu qui est malheureusement décédé.e des suites du covid-19. Nous avons régulièrement peur pour nos aînés qui sont fort heureusement encore vivants. Nous sommes inquiets pour nos connaissances qui possèdent des comorbidités invisibles. Nous nous réjouissons que l’épidémie n’ait pas fait autant de ravages que dans les pays occidentaux, mais je puis vous assurer que nous avons perdu beaucoup-beaucoup de personnes ici au Cameroun à cause de cette satanée maladie respiratoire…

Le président Paul Biya aux obsèques de sa grande sœur
Le président Paul Biya et son épouse Chantal Biya, le 12 novembre 2020 lors des obsèques de sa sœur aînée. Source: journalducameroun.com Crédit: prc.cm /CC-BY

Les décès en couches, les veuves et les orphelins

Je vous avais déjà parlé de mon ancienne voisine qui était décédée le lundi 22 juin 2020 dans un hôpital, à l’issue de son deuxième accouchement. Mais elle n’est malheureusement pas la seule ! Durant cette même année, j’ai aussi perdu une ancienne belle-sœur qui avait elle aussi trépassé à la suite d’une douloureuse parturition…
Et leurs enfants alors ? Et les enfants de Jacques ? Et les enfants de toutes ces personnes qui sont mortes du covid-19 ? Et les bambins de tous ceux qui ont rendu l’âme lors des accidents de la circulation, lors des infarctus, lors des agressions à main armée, lors de leur sommeil à cause de la vieillesse ou de leurs maladies chroniques ? Que va-t-on bien pouvoir faire de tous ces orphelins qu’ils nous ont ainsi abandonnés ? Hein ?
Et je ne vous parle même pas de la femme de Jacques. À peine trente ans ! Je tairai son prénom par pudeur. Je me rappelle que c’est par mon entremise qu’ils s’étaient rencontrés dans les années 2006-2007, et qu’elle en était immédiatement tombée amoureuse. Elle avait décidé de terminer sa vie avec mon cousin et ils avaient fait de beaux enfants. Et pourtant, aujourd’hui, elle est désormais veuve. Veuve ! Elle a perdu l’homme qu’elle aimait de tout son cœur et avec qui elle s’était mariée pour le meilleur et pour le pire. J’ai fortement apprécié son courage et sa bravoure durant les dures épreuves traversées par son époux. C’est la vie ! Je pense qu’elle peut dorénavant nous parler de son expérience avec autorité, tout comme toutes les autres femmes qui sont prématurément devenues veuves durant cette maudite année 2020.

Le cercle des personnalités disparues

En désordre, je vais citer Diego Armando Maradona, Manu Dibango, Pape Diouf, Papa Bouba Diop, Paolo Rossi, Franklyn Ndifor, Adamou Ndam Njoya, Valéry Giscard d’Estaing, Christophe Dominici, Bruno Martini, Sylvain Souop, Sean Connery, Alejandro Sabella, Simon Meyanga, George Floyd, Conchata Ferrell, Kirk Douglas, Kobe Bryant, Mary Higgins Clark, Hosni Moubarak, Albert Uderzo, Pierre Bénichou, Luis Sepúlveda, Mory Kanté, Moussa Traoré, Pierre Nkurunziza, Ennio Morricone, Pascal Lissouba, Chadwick Boseman, Juliette Gréco, Lee Kun-hee, Amadou Toumani Touré, Jerry Rawlings, Mamadou Tandja et beaucoup d’autres personnalités encore.
Il y a aussi eu des faits divers macabres : le massacre des élèves de Kumba le 24 octobre, l’assassinat de la petite amie du sous-préfet de Lokoundjé le 25 juillet, ou encore le matraquage du gendarme qui voulait simplement se soulager dans des toilettes publiques (c’était dans la nuit du 22 juillet 2020). L’année avait d’ailleurs très mal commencé dès le mois de janvier, lorsqu’un adolescent de Nkolbisson avait poignardé à mort son enseignant de mathématiques qui n’avait que vingt-six ans…

Diego Maradona
Le footballeur argentin Diego Armando Maradona est décédé le 25 novembre 2020. Source: besoccer.com /Image reprise sous autorisation

Adieu, frangin !

Donc cet article n’est pas uniquement destiné à mon cousin Jacques qui vient de mourir. Mais c’est une dédicace à toutes les personnes qui nous ont quittés durant cette funeste et impitoyable année 2020…

Adieu, Jacques ! Je suis ravi de n’avoir jamais connu la moindre dispute avec toi, et je suis soulagé car tu vas enfin pouvoir te reposer dans l’éternité.
Au revoir, Jacques ! Car quel que soit le temps qu’il nous reste à vivre, nous finirons tôt ou tard par te retrouver là-bas de l’autre côté.
Je te dirai adieu comme je l’ai dit aussi à tous les autres, puisque 2020 a décidément été une année véritablement catastrophique !

Mais toutes mes pensées s’en vont bien évidement à ta charmante épouse, dont je tairai le prénom ici par décence. J’ai aussi une grande méditation pour l’avenir de tes merveilleux enfants. J’espère que tu les regarderas de là-haut, et que tu continueras de les suivre. Mais la vie est si mal faite que les uns s’en vont prématurément et que les autres restent, même si je suis bien obligé de l’accepter alors que paradoxalement je n’arrive toujours pas à te dire adieu…


Ecclésiaste DEUDJUI, je ne vous oublierai jamais
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Le Goncourt des lycéens 2020 attribué à une Camerounaise

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de célébrer un écrivain contemporain, surtout dans un pays où il n’y a pas une vraie culture littéraire. Mais je suis heureux de vous annoncer que le Goncourt des lycéens 2020 a été attribué à une Camerounaise !

Djaïli Amadou Amal et son livre Les Impatientes qui a reçu le Prix Goncourt des lycéens 2020
C’est la Camerounaise Djaïli Amadou Amal qui a remporté le Goncourt des lycéens 2020 pour son roman Les impatientes. Source : mediaculture.info / Image reprise sous autorisation

C’est quoi le prix Goncourt ?

Pour faire une analogie avec le football, c’est un peu comme remporter la Champions League ! Mais uniquement pour les écrivains. Il s’agit d’une récompense littéraire qui a été créée en 1892 par le testament d’Edmond de Goncourt, et dont le premier lauréat a été proclamé le 21 décembre 1903.

Le Prix Goncourt valorise exclusivement les auteurs de langue française. Son attribution a lieu tous les ans vers le mois de novembre. Le récipiendaire de cette année s’appelle Hervé Le Tellier, pour son roman L’Anomalie. Il existe d’autres récompenses décernées par cette même institution, à savoir le Goncourt de la poésie (Pierre La Paix Ndamè le remportera certainement un jour), le Goncourt de la nouvelle, le Goncourt du premier roman, le Goncourt de la biographie ou encore le Goncourt de la jeunesse. C’est d’ailleurs la Camerounaise Djaïli Amadou Amal qui a remporté le Goncourt des lycéens 2020, grâce à son dernier roman intitulé Les impatientes

Qui est Djaïli Amadou Amal ?

Personnellement, je ne la connaissais pas très bien. Mais force est de constater qu’elle vient d’être finaliste pour le prix Goncourt (c’est la première africaine à accéder à ce stade), et qu’elle devient la deuxième Camerounaise à remporter le Goncourt des lycéens après sa compatriote Léonora Miano en 2006 (pour le roman « Contours du jour qui vient« ).

Djaïli Amadou Amal est née en 1975 à Maroua, dans le département du Diamaré. Elle est issue de l’union entre un père camerounais et une maman égyptienne. Mariée de force à seulement dix-sept ans, elle a réussi à quitter son bourreau après une épreuve forcée de cinq ans de vie commune. Elle se mariera une deuxième fois avec un individu régulièrement violent lui aussi, qu’elle finira par quitter une fois de plus.

Djaïli Amadou Amal réside aujourd’hui dans la ville de Douala. Elle est mariée et maman de plusieurs enfants. Son actuel époux s’appelle Hamadou Baba, il est ingénieur et il publie également des livres sous le pseudonyme de Badiadji Horrétowdo.

Djaïli Amadou Amal, en 2012. Crédit Wikimedia Commons.

Les impatientes

La carrière littéraire de Djaïli a débuté en 2010, avec la parution de son premier roman intitulé « Waalande, l’art de partager un mari ». Celui-ci obtient immédiatement le Prix du jury de la Fondation Prince de Claus, à Amsterdam. Puis en 2016, elle sort « Mistiriijo, la mangeuse d’âmes ». Mais c’est avec son troisième ouvrage intitulé « Munyal, les larmes de la patience », que Djaïli Amadou Amal s’imposera en 2017 comme une valeur sûre de la littérature négro-africaine contemporaine. Ce dernier roman glanera le Prix de la Presse panafricaine de littérature en 2019, puis le Premier Prix Orange du livre en Afrique lors de la même année.

La maison d’édition Anne Carrière / Emmanuelle Collas flaire le bon coup, et fait entrer la brillantissime écrivaine dans son écurie. C’est ainsi que Le roman Munyal est complètement retravaillé et réécrit, afin qu’il devienne universel et « puisse être lu partout dans le monde ». Il sera réédité en 2020 et prendra alors un nouveau titre : Les impatientes.

Quel avenir pour la littérature au Cameroun ?

Je serais malhonnête si je déclarais qu’il n’y en a pas. Car à vrai dire, il y a tellement de bons écrivains ici au Cameroun ! Ce qui nous manque en réalité, ce sont surtout des lecteurs. Ce sont aussi les librairies. Ce sont principalement les maisons d’édition et les vrais éditeurs, parce que les maisons d’édition et les éditeurs camerounais se comportent généralement ici comme de purs commerçants.

La littérature au Cameroun a certainement un bel avenir ! Mais il faudrait qu’on redonne véritablement de la valeur à l’écriture. Il faudrait qu’on valorise les auteurs locaux, au lieu d’attendre qu’ils soient récompensés à l’extérieur avant de leur permettre de pouvoir s’exprimer au Journal de 20h. Il faudrait qu’il y ait une politique littéraire sérieuse au Cameroun, et que le ministre de la culture ne soit plus systématiquement le représentant des musiciens et surtout de leurs droits d’auteurs !

D’ailleurs à ce sujet je tiens à saluer la brave initiative d’un compatriote qui s’appelle Junior Haussin, car il se bat depuis une décennie pour la promotion du livre et de la littérature. Et aussi pour que la lecture retrouve très-très rapidement ici ses lettres de noblesse.

Djaïli Amadou Amal à l'aéroport de Douala
La romancière Djaïli Amadou Amal a été reçue en triomphe dès son retour à l’aéroport de Douala. Source : tropikinfo.com / Image reproduite sous autorisation

Le Goncourt des lycéens 2020 a été décerné à une Camerounaise !

Donc ce n’est pas tous les jours que nous avons l’occasion de célébrer une écrivaine contemporaine, surtout dans un pays comme le nôtre où il n’existe pas réellement une culture littéraire. Mais je suis enchanté de vous annoncer que le Goncourt des lycéens 2020 a été attribué à Djaïli Amadou Amal…

Le Goncourt des lycéens 2020 est une Camerounaise ! Ça ne veut pas dire que notre romancière est encore élève hein, mais que plus de 2 000 lycéens français ont étudié son roman pour finalement décider qu’elle serait la lauréate.

Le Goncourt des lycéens 2020 est une Nordiste ! Parce qu’elle provient du Septentrion qui est surpeuplé et souvent considéré comme sous-alphabétisé, mais c’est une féministe musulmane qui vient pour nous apprendre la langue de Molière !

Le Goncourt des lycéens 2020 a été décerné aux Impatientes, puisqu’il s’agit d’une condition que beaucoup de femmes vivent au Cameroun mais dont très peu osent en parler.

Il s’agit d’un roman sur le mariage forcé. Il s’agit d’un ouvrage sur la polygamie subie. Il s’agit d’une narration sur les violences conjugales faites aux jeunes filles embrigadées dès l’adolescence, et avec la vénéneuse complicité de certains membres de leur entourage.
Patience ! Patience ! Voilà ce qu’on répète à ces femmes-là qui ne demandent pourtant qu’à être libérées…


Ecclésiaste DEUDJUI, félicitations à Djaïli Amadou Amal
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J’ai participé au deuxième Sommet des blogueurs à Yaoundé

C’est par un coup de fil que j’ai été invité au deuxième Sommet des blogueurs qui s’est déroulé à Yaoundé. Et je viens vous informer que cet événement a été parfaitement organisé…

Félix Zogo au sommet des blogueurs
Le représentant du gouvernement, Félix Zogo, a ouvert les travaux. Crédit : ABC / CC-BY

Le contexte

Il s’agissait du deuxième Sommet des blogueurs. La première édition avait été organisée du 25 au 27 octobre 2019 à Douala, lorsque René Jackson Nkowa était encore le président de l’ABC.
Cette fois-ci, c’était du 26 au 28 novembre au Djeuga Palace, à Yaoundé. La thématique générale portait sur « le blogging et l’économie numérique », et les participants provenaient de presque toutes les régions de notre République. Le président Dania Ebonguè (alias Maître Afra) a insisté pour que ce sommet soit tenu selon les normes internationales, et pour ça, il a mis sur  pied un comité d’organisation qui était composé d’une dizaine de membres.
Les trois jours de travaux se sont déroulés avec une couverture médiatique importante, et en respectant les mesures barrières. Nous avons abouti à des recommandations qui sont devenues des résolutions, et ces réflexions serviront au développement de l’économie numérique pour tous les secteurs d’activité qui existent ici au Cameroun.

Moustik le Karismatik au sommet des blogueurs
Le passage de l’humoriste Moustik le Karismatik. Photo : ABC / CC

Les intervenants

Comme je viens de dire, l’actuel président de l’ABC souhaitait que ce sommet soit tenu suivant les standards internationaux. C’est pour cela que les intervenants sélectionnés étaient de haut vol, à l’instar de Félix Zogo, le secrétaire général du MINCOM, qui a nous a honorés de sa présence. Il y avait aussi Mme Fadimatou Iyawa, la présidente du Conseil National de la Jeunesse du Cameroun (CNJC), et qui a promis de devenir membre de l’ABC.

Le deuxième jour, on a eu l’intervention du Pr. Georges Bediang, un agrégé en informatique médicale, qui nous a offert un brillant exposé sur les applications du numérique dans le domaine de la santé. Il y a aussi eu la charismatique Dorothée Danedjo, qui est revenue sur les fondamentaux et les généralités du blogging professionnel.

Les partenaires se sont également exprimés, tels que Rostand Banzeu de Nestlé ou encore Arsène Kapnang de Studely. Il y a eu des intermèdes musicaux avec Carin Bakousse, un artiste de l’Est, ou humoristiques avec Moustik le Karismatik, que je ne vous présente plus. Ce dernier m’a d’ailleurs impressionné par la pertinence de son message, puisqu’il a demandé aux blogueurs de contribuer au rayonnement international du label Cameroun.

un t-shirt avec les partenaires du Sommet des blogueurs
Le Sommet des blogueurs a été accompagné par plusieurs partenaires. Source : ABC / CC

Les participants

Nous étions plusieurs. Ceux qu’on avait invités, bien sûr, mais également tous ceux qui s’étaient inscrits via la plateforme prévue à cet effet. Il y avait les intervenants, comme je viens de vous dire, et surtout le comité de pilotage, qui était lui-même piloté par le vice-président Fotso Fonkam. Les présentatrices se sont relayées au fil des journées : Carole Leuwé, qui est parfaitement bilingue, Djeny Ngando le vendredi et Salma Amadore pour le dernier jour.

Les caméramans et journalistes provenaient d’une multitude de médias. Parmis les participants, il y avait aussi le personnel hôtelier qui s’affairait pour nous servir régulièrement à manger. Quelques rares intrus entraient et ressortaient, à l’exemple de Henry Diabaté-Mandeng, passionné de blogging et qui a demandé que je le filme devant la piscine.

Il y avait tellement de participants que je ne peux pas tous les identifier ici. Même s’il y a eu quelques absences de marque, comme Didier Ndengue, qui se trouvait à Kribi, Henri Lotin, qui est resté à Douala, Fabrice Nouanga, qui enseigne à Ombessa ou encore Pierre La Paix Ndamè, qui a décidé de ne pas quitter son village natal de Dibombari.

le comité de pilotage du Sommet des blogueurs 2020
Les membres du comité de pilotage du Sommet des blogueurs. Source : ABC / CC

L’ambiance générale

L’ambiance était plutôt conviviale. Les blogueurs se photographiaient devant les parasols, ou alors complètement allongés sur les transats. Tout le monde discutait avec tout le monde et on se partageait les documents via le hashtag #237BloggersSummit. Le réseautage battait son plein : j’ai remis ma carte à une journaliste mais jusqu’ici, elle ne m’a toujours pas rappelé.

Dania Ebonguè jouait à la fois le modérateur costumé (je lui ai découvert ce talent) et en même temps le Père Fouettard. Etienne Talla a remporté un prix de 200 000 FCFA au hackathon, et jusqu’à présent, je n’arrive plus à le joindre au téléphone. Rodrigue Djengoué est à la recherche d’un chroniqueur sportif mais il ne veut surtout pas qu’on prononce le mot « salaire ». Nadia Edzengté est venue uniquement pour récupérer sa puce Yoomee. Franck William Batchou s’occupait à la fois de la photographie, du chronomètre et de la disposition de la salle. Lynda Samo a changé son numéro de téléphone ainsi que son compte Facebook. Mireille Chandeup préférait se focaliser sur son nouveau business et sur ses deux employés. Ghislaine Digona envisage de se lancer dans le blogging culinaire. Olivier Charly a été parfait en tant que réceptionniste. Hemès Nkwa était la seule blogueuse qui avait les cheveux roux, et Suzanne Mveng (à ne pas confondre avec sa jumelle Caroline) était la seule habilitée à manipuler tous nos perdiems.

J’ai aussi revu Martine Ndo et Mathias Ngamo, les meilleurs blogueurs environnementalistes du Cameroun. J’ai parlé avec Tchakounté Kemayou qui vit à Douala, mais curieusement, c’est toujours à Yaoundé que nous nous croisons. J’ai rencontré pour la première fois le blogueur Rihanno Mars (il est fan de Rihanna et de Bruno Mars), Kenfack Dirane qui est fan d’enfilage et Dave Mayebi qui a refusé que je confisque son chapeau. J’ai félicité l’hyperactivité de Fabrice Bwamou. J’ai proposé mes services à Marc-Ghislain pour accompagner sa marque de sous-vêtements qui s’appelle FAM. J’ai mangé un paquet de chips avec Minette Lontsie en attendant la première pause-café. J’ai enfin posé mon esprit, puis je suis allé m’asseoir derrière Alida Mica et Elsy Elsa qui sont certainement les blogueuses les plus silencieuses de toute l’association…

Le blogueur Etienne Talla a remporté le premier prix lors du hackhaton. Photo : René Nkowa / CC

J’ai participé au deuxième Sommet des blogueurs du Cameroun

Donc c’est par un coup de fil de Thierry Didier Kuicheu que j’ai été invité à participer au deuxième Sommet des blogueurs qui s’est déroulé à Yaoundé. Et je viens ici pour vous informer que cet événement a été parfaitement organisé…

J’ai participé au Sommet des blogueurs ! Je suis revenu dans ma famille, car la têtutesse m’avait éloigné des miens mais là j’ai vite compris que ma vraie place se trouve au sein de cette communauté.
J’ai participé à l’after ! Car après la dernière journée, l’influenceur Dariche Nehdi m’a fait découvrir tous les coins chauds de la capitale politique. Il m’a aussi raconté son parcours que je trouve personnellement assez exceptionnel.
J’ai participé au 2ème forum des blogueurs du Cameroun, et le thème de cette année portait essentiellement sur l’économie numérique.

Car en tant que blogueurs, nous sommes implicitement des acteurs de la société civile camerounaise. En tant qu’entrepreneurs, nous participons indéniablement à l’économie nationale. En tant que spécialistes de l’environnement digital et numérique, nous devons inciter les autres acteurs à la numérisation, à l’automatisation et à la facilitation des moyens de paiement quels que soient leurs secteurs d’activité.
Et c’est cela qu’il faut retenir du 2ème Sommet des blogueurs qui a eu lieu la semaine dernière à Yaoundé…


Ecclésiaste DEUDJUI, dédicacé à Diego Maradona
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L’affaire Stéphanie Djomo

Une femme inconnue nommée Stéphanie Djomo, est passée dans une émission de télévision le mardi 3 novembre pour raconter la tragédie qu’elle a vécue durant la guérilla qui sévit là-bas au Nord-Ouest et au Sud-Ouest du Cameroun. Mais ça, ce n’est que le début de son histoire…

Stéphanie Djomo sur la CRTV
Stéphanie Djomo lors de son passage sur la CRTV. Source: crtv.cm /Image reprise sous autorisation

Que s’est-il passé le 3 novembre ?

Le mardi 3 novembre 2020 vers 21 heures, une femme est passée sur le plateau de l’émission « Paroles de femmes », sur Équinoxe télévision.
Habituellement dans ce programme, on parle plutôt de greffes brésiliennes et aussi parfois du concubinage. Mais nous étions dix jours seulement après le massacre de Kumba, qui a eu lieu le 24 octobre, et il fallait rendre hommage à ces enfants innocents qui y avaient été froidement et inhumainement assassinés.

Stéphanie Djomo a donc pris la parole pour nous relater son expérience. Elle a su émouvoir toute l’opinion nationale camerounaise, ainsi que les autres panélistes, puisqu’elle a raconté avoir perdu ses deux petites fillettes – des jumelles ! – durant cette sale guerre. Puis elle s’est mise à détailler les conditions dantesques traversées durant son calvaire : la vie dans la brousse, la peur, les assassinats à la machette, les fusillades, les égorgements, la famine, les cadavres des militaires camerounais et des civils qu’elle enjambait…

Stéphanie Djomo a été arrêtée

Dès le 8 novembre, elle a été interpellée. C’était un dimanche matin.

Des agents en civil se sont rendus à son domicile et l’ont appréhendée pour immédiatement la conduire dans la cellule du commissariat principal de Bonabéri. Elle a ensuite fait quelques navettes entre cette cellule et la légion de gendarmerie de Bonanjo, pour finalement être déférée à la prison centrale de New-Bell.

Que lui reproche-t-on exactement ? D’abord, d’avoir menti. Car les autorités judiciaires et les services de renseignements accrédités sont formels, cette femme n’aurait jamais perdu ses enfants dans le Sud-Ouest. Pire, elle n’y aurait même jamais réellement résidé, à vrai dire ! Le gouvernement la soupçonnerait aussi d’avoir été rétribuée pour effectuer ce « faux témoignage » en mondovision, afin d’exciter la population et d’accroître surtout l’impopularité envers Paul Biya. On la soupçonne aussi de vouloir semer l’indignation quant à cette sale guerre anglophone, dont on ne sait pas si finalement, elle s’achèvera un jour…

https://youtu.be/T-P0HoMMwCY
Retour sur l’affaire Stéphanie Djomo en images. Source: Redif TVNET /CC-BY

La polémique sur la toile

On n’a pas attendu René Emmanuel Sadi (le ministre de la Communication) pour s’enflammer concernant cette polémique. C’est vrai qu’il avait quand même lancé la première banderille, accusant le média Équinoxe de « violer régulièrement les règles déontologiques et éthiques du journalisme », et de s’exposer à d’irréversibles sanctions de la tutelle.
Le propriétaire du groupe de médias n’a pas tardé à lui répondre. Sévérin Tchounkeu a publié quelques communiqués en un temps record, vantant à la fois le professionnalisme de ses journalistes, la probité de ses animateurs, ainsi que la compétence indéniable de chacun de ses reporters…
Mais les internautes n’étaient pas en reste. Les uns voyant Stéphanie Djomo comme étant une victime exutoire, et les autres la reconnaissant plutôt comme une menteuse éhontée. Certains sont même allés jusqu’à prétendre qu’elle aurait été commissionnée directement par Maurice Kamto, ou du moins par ses proches collaborateurs. D’autres ont répliqué, en disant que son incarcération n’était ni plus ni moins qu’une autre forme de privation de nos libertés individuelles. Parce que, selon eux, le régime actuel fermerait la bouche de tous ceux et celles qui souhaiteraient s’exprimer sur la réelle situation qui prévaut là-bas dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun …

Les aveux sur la CRTV

Et puis, coup de théâtre !

Le jeudi 19 novembre au journal de 13 heures sur la CRTV (le média d’État, je vous le rappelle), la dame qui était considérée comme un paria par le gouvernement s’est vu dérouler le tapis rouge. Non seulement elle a révoqué tous les avocats qui s’étaient constitués pour la défendre gratuitement, mais paradoxalement, elle a été libérée le 18 novembre – sous caution – par les pouvoirs publics. Pour finalement se présenter devant les antennes de la CRTV, et « reconnaître son mensonge » ; « regretter ses actes » ; « n’avoir perdu aucun enfant ni aucun jumeau durant la crise anglophone ». Elle a terminé en déclarant qu’elle croyait bien faire, mais qu’elle a plutôt blessé.
On a ensuite découvert qu’elle appartiendrait à un fameux groupe de pleureuses. Vous savez, les femmes qu’on paye pour venir pleurer lors des enterrements. Et donc que c’était très facile pour une spécialiste comme elle d’émouvoir l’opinion publique camerounaise, ainsi que toutes les autres panélistes bien évidemment…

les filles de Stéphanie Djomo
Les filles de Stéphanie Djomo se plaignaient de son arrestation. Source: camer.be /CC

L’affaire Victoire Stéphanie Djomo Yepmo

Donc une femme que personne ne connaissait est passée dans une émission de télévision le mardi 3 novembre, pour raconter la tragédie qu’elle aurait vécue en 2016 au quartier Fiango dans la ville de Kumba.
Mais tout ceci n’était que le début de sa longue histoire…

L’affaire Stéphanie Djomo ! Cela ressemble à un conflit médiatique entre la CRTV qui souhaite « rétablir » la vérité, et Équinoxe télévision qui menace de lui porter plainte devant les juridictions.
L’affaire Stéphanie Djomo ! Cela nous rappelle les faux observateurs de Transparency international en 2018, mais curieusement, ceux-là n’avaient été ni arrêtés, ni intimidés, ni interviewés.
L’affaire Stéphanie Djomo n’est que le reflet d’une sévère menace qui plane sur notre République, et cette menace-là s’appelle la manipulation !

Car lorsqu’une femme se met sur un plateau de télévision pour raconter des monstruosités qui n’ont jamais existé, je trouve cela absolument condamnable ! Je trouve cette attitude résolument dangereuse. Je trouve cette légèreté complètement envenimeuse pour une situation explosive qui perdure dans les deux régions anglophones, et je pense même que nous devons vilipender et conscientiser de tels protagonistes.
Surtout qu’ils sont vraiment nombreux et qu’ils mettent en péril la sécurité dans notre pays le Cameroun…


Le jeu de l’amour et du bazar

Le monde entier sait déjà que quand un Camerounais flirte avec une Camerounaise, c’est obligatoirement le garçon qui devra se préoccuper de sa copine. Et le monde entier sait aussi que la contrepartie de la fille, ce sera systématiquement le sexe ! Tous les Camerounais ont déjà compris que dans nos histoires de cœur, de concubinage et même malheureusement dans le mariage, on dirait qu’il y a une espèce de jeu de l’amour mais probablement aussi beaucoup de bazar…

un piège d'aur entre un homme et une femme
L’amour peut souvent s’apparenter à un dangereux piège. Source: gabonreview.com /CC-BY

Le jeu de la drague et du bazar

Tous les Camerounais savent comment il faut draguer. Parce que si tu viens devant une Camerounaise pour lui réitérer qu’elle est jolie, qu’elle est mignonne ou alors que tu apprécies principalement sa façon d’être, elle va te rétorquer que « C’est ça qu’on mange ? »
Et effectivement pour la baratiner, il faudra que tu l’invites « manger » dans un bon restaurant. Si tu as les poches trouées ou alors si tu es un peu radin sur les bords, il faudra au moins que tu la fasses asseoir devant des bonnes brochettes de poulet ou encore devant du chawarma. Et c’est pour cette raison que je considère cette méthodologie de drague comme du bazar, puisque la fille ne te considérera même pas durant vos cinq premiers rendez-vous ! Ni toi non plus d’ailleurs, puisque tu es seulement en train de positionner tes pions parce que tout ce qui t’intéressera sera de la déshabiller…

Le jeu du matérialisme et du bazar

Toutes les Camerounaises savent comment est-ce qu’on demande de l’argent à un Camerounais qu’on vient de rencontrer. Ou du moins, à un dragueur comme Pierre La Paix Ndamè. Puisque dès que tu montres à une fille qu’elle t’intéresse sérieusement, tu vas immédiatement devenir son père, son grand-frère, son oncle maternel, son prêtre exorciste, son tuteur, son parrain comme dans la mafia sicilienne, son encadreur académique, son mentor, son banquier, etc.
Le jeu de l’amour commence ici avec la nourriture, mais cela se poursuivra avec les nombreux problèmes d’argent de la cameruineuse. Ça se poursuivra avec ses innombrables dates d’anniversaire et surtout avec ses indispensables pagnes du 08 mars. Ça se continuera avec ses interminables tontines et avec ses imprévisibles enterrements. Et c’est comme ça que si tu es souvent présent (c’est-à-dire si tu lui donnes l’argent sans discuter) lorsqu’elle te soumet ses répétitifs problèmes inimaginables, elle va invariablement finir par te trouver indiscutablement séduisant. Elle va même éventuellement tomber amoureuse de toi pour de vrai, parce que tu auras manifestement bravé une épreuve : lui démontrer ton infaillibilité à pouvoir la sortir du pétrin à chaque fois !

lh'omme pense au sexe, la femme à l'amour
Les hommes et les femmes n’ont pas toujours les mêmes intentions au début de la relation. Source: angedelamour.centerblog.net /CC-BY

Le jeu de la sexualité et du bazar

Lorsque j’ai dit que le garçon positionnait ses pions, c’était parce que la toute première chose qui attire un Camerounais envers une Camerounaise, eh bien ce sera de coucher avec elle ! La toute première chose…
Et c’est pour cette raison que les garçons sont généralement très doux pendant la drague, c’est parce qu’ils sont patients. Et c’est aussi pour ça que les filles nous font régulièrement subir le martyre, puisqu’elles sont bien conscientes de tout ce qui leur arrivera après cette étape. Il y a même des filles ici qui te disent carrément que « Tu n’as même pas encore résolu mes problèmes d’argent et tu veux déjà que je te donne les fesses ? » Et il y a aussi des garnements qui se mettent en colère après une soirée bien arrosée avec une conquête, parce qu’ils ont dépensé beaucoup d’argent pour la mettre à l’aise et que curieusement celle-ci a refusé de rentrer dormir avec eux !
Et puis progressivement la sexualité va devenir un argument importantissime de votre relation, puisque « la meilleure petite c’est celle qui libère ». Surtout que c’est exclusivement par cette voie-là qu’on pourra obtenir des enfants plus tard. D’ailleurs on ne porte même plus le préservatif quand tu fricotes déjà deux fois avec ta partenaire. Et finalement ça va devenir un classique. Vous allez souvent coucher ensemble à de multiples reprises, et c’est à partir de là que vous pourrez peut-être tomber amoureux l’un de l’autre un jour ou l’autre…

Le jeu du concubinage et du mariage

Le rêve de n’importe quelle jeune Camerounaise, c’est le mariage ! Coûte que coûte ! Même si c’est avec un fou hein, on s’en fout. Même si c’est avec un inconnu qu’on vient à peine de rencontrer ou bien avec un vieux monsieur qu’on nous avait longtemps promis là-bas au village, où est votre problème là-dedans ?
Parce que dans le jeu du concubinage, il y a un homme qui habite avec une femme pendant des années et des années, et qui lui fait pondre des tas d’enfants alors qu’ils ne se sont même pas encore officiellement fiancés. Mais la famille de la fille va laisser faire, parce qu’elle espère qu’au bout de ce concubinage sauvage il y aura possiblement une vie de ménage.
Et dans le mariage alors, c’est grave ! Certaines femmes se comportent comme des esclavagisées dans les domiciles conjugaux ici dehors, et les autres femmes trouvent cela absolument normal ! I y a aussi des hommes qui ont plusieurs bureaux et une multitude de maîtresses officieusement reconnues, mais tant qu’ils rationnent à la maison alors tout va bien. On va seulement vérifier s’ils avaient signé « monogamique » ou « polygamique », « séparation des biens » ou bien « communauté des biens ». On va d’abord commencer par bien examiner ces biens-là pour commencer. On va finalement tromper son mari avec les premiers pompiers qui vont nous inviter à l’intérieur d’une vieille auberge, mais on va le faire en cachette parce qu’on se méfiera dangereusement de la belle-famille. Puisque c’est cette belle-famille qui viendra nous expulser après le décès de notre époux comme si on ne s’était jamais rencontrés auparavant…

un homme et une femme qui portent leur bébé
Certaines relations aboutissent à la fondation d’une famille. Source: pinterest Crédit: Kaloooj /Dessin repris sous autorisation

Le jeu du marivaudage et du hasard

Donc le monde entier sait déjà que quand un Camerounais batifole avec une Camerounaise, c’est obligatoirement le garçon qui devra se préoccuper de sa petite amie. Et le monde entier sait également que la contrepartie de la fille, ce sera systématiquement le sexe ! Tous les Camerounais ont déjà compris que dans toutes nos histoires de cœur, de concubinage et même malheureusement aussi dans le mariage, on dirait qu’il y a une espèce de jeu de l’amour mais probablement surtout beaucoup de bazar…

Le jeu de l’amour et du hasard ! Les femmes ont besoin d’un homme qui pourra leur régler leurs factures, et les hommes ont besoin d’une femme qu’ils pourront déshabiller et qui saura parfaitement leur faire la cuisine.
L’enjeu de l’amour et du hasard ! Certaines femmes sont à la recherche d’un nouveau père pour leur première progéniture, et certains hommes sont tout simplement à la recherche d’une technicienne de surface !
Le jeu de la mort et du bazar, parce qu’il y a aussi eu des amourettes qui sont souvent terminées par des crimes passionnels.

Puisque pour vous dire vrai hein, l’amour est le dernier facteur qui peut faire se mélanger un Camerounais normal avec une Camerounaise ordinaire. Puisque c’est toujours le garçon qui devra se préoccuper financièrement de sa copine, et que la contrepartie de la fille restera indiscutablement le sexe. Surtout que si tu oses dire à une femme que tu l’as appréciée parce que tu l’as trouvée intelligente, elle va te demander que « C’est ça qui me donne l’argent ? »
Et effectivement il faudra lui donner l’argent sinon votre relation va rapidement virer au bazardage…


Ecclésiaste DEUDJUI, je ne joue plus au bazar
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La démocratie camerounaise expliquée aux américains

Comme vous le savez certainement, Joe Biden a été élu président des États-Unis. Mais le désordre qu’il y a là-bas me fait penser que les Américains n’ont pas encore compris la démocratie à la camerounaise…

Donald Trump
Donald Trump promet de contester le résultat des élections américaines. Source: Yahoo actualités / Image reprise sous autorisation

Un président qui conteste les élections

Un président qui conteste le résultat des élections ? Mais c’est le monde à l’envers ! C’est comme si on vous disait que Paul Biya a été battu lors de la présidentielle de 1992 par Ni John Fru Ndi – ce qui est le cas – et qu’il avait décidé d’aller se plaindre devant les juridictions de notre pays.

C’est absolument incroyable ! Comment est-ce qu’un type comme Donald Trump, qui tient tous les leviers du pouvoir comme ses homologues de l’Afrique centrale, peut-il à ce point se laisser autant intimider ? Ne sait-il pas que c’est lui qui devait normalement centraliser tous les votes, et puis désigner les directeurs de toutes les commissions électorales qui sont présentes dans chacun des cinquante Etats ?

D’ailleurs, je crois même que c’est à cause de cette indépendance que Paul Biya ne veut surtout pas que nous revenions au fédéralisme

Les grands électeurs et le vote populaire

Ça veut dire quoi les grands électeurs ? Hein ? C’est quoi ce système bidon ?
Ici, chez nous, au Cameroun, nous avons plutôt les fictifs électeurs. C’est-à-dire que nous avons des gens qui sont capables d’aller voter gaillardement, et pourtant, ils n’ont même pas de carte d’électeur pour commencer (ni même de carte d’identité, d’ailleurs). Nous avons des gens qui iront voter dans une ville où ils n’auront pourtant jamais posé les pieds. Nous avons des votants qui sont même déjà morts pour la plupart, et nous avons aussi des électeurs qui peuvent voter plusieurs milliers de fois dans la même-même circonscription…

C’est quoi ce système bidon ? C’est quoi ce pays où tu peux glaner le vote populaire et pourtant perdre les élections présidentielles ? C’est quoi ce suffrage universel indirect qui n’offre aucune garantie de falsification ? C’est quoi cette politique américaine où on incite des centaines de millions de personnes à aller voter, et pourtant, Paul Biya n’a besoin que de dix mille Camerounais comme Pierre La Paix Ndamè pour être certain qu’il sera réélu ?

Paul Biya
Paul Biya est un fin stratège en période électorale. Source : actucameroun.com /CC

Le dépouillement

Je ne comprends toujours pas comment un homme d’affaires avisé comme Donald Trump, a pu laisser lui échapper le contrôle du dépouillement dans chacun des Etats des États-Unis. C’est incroyable !
Parce que si c’était au Cameroun, par exemple, déjà, le fédéralisme n’existe pas ici. Ensuite, les gouverneurs qui nous administrent sont surtout des marionnettes et des automates, donc ils n’ont même pas la possibilité d’envisager la moindre initiative. Et enfin, le Code électoral est un ouvrage qui a été taillé sur mesure pour pérenniser le régime RDPC actuel.

Je parle du dépouillement comme si c’était anodin et pourtant, c’est très-très-très important ! C’est pour ça que chez nous, « seul le procès-verbal d’Elecam fait foi devant la Cour constitutionnelle ». C’est pour ça que c’est Paul Biya qui nomme lui-même tous les directeurs d’Elecam, ainsi que tous les membres constitutifs du Conseil constitutionnel. C’est pour cette raison que le vote par correspondance est strictement interdit dans notre pays-ci, alors que cela est malheureusement autorisé aux États-Unis. D’ailleurs, notre dépouillement n’est même pas mathématique, puisque malgré les nombreux bulletins nuls, Paul Biya obtiendra toujours un score soviétique de 94 % !

Les manifestations populaires

Là encore, je suis surpris ! Je vois des Américains qui sortent dans la rue et qui réclament le recomptage des voix parce qu’ils contesteraient le résultat de la présidentielle ? Mais on est où, là ?
Est-ce qu’ils savent que dans notre pays-ci par exemple, il faut multiplier les demandes d’autorisation sous-préfectorale, avant d’oser sortir manifester dans la rue ? Hein ? Et que ces autorisations-là ne vous seront même jamais accordées ?

Est-ce que ces Yankees qui se baladent avec de grosses pancartes sont au courant que Maurice Kamto, deuxième lors de la présidentielle de 2018, avait été incarcéré pendant neuf mois parce qu’il contestait ouvertement les résultats dudit scrutin ? Hein ? Et que même présentement, il est encore assiégé devant sa résidence ?

Je vous assure que si les Américains veulent réellement copier le modèle camerounais, eh bien ils s’y prennent vraiment très mal ! Très très très mal, même. Parce qu’ils ont des libertés d’opinion déjà très affirmées, qu’ils ont le droit d’exprimer publiquement, et donc ils osent se croire tout permis. Mais ils doivent savoir que dans mon pays, tu peux boire la bière et parler de tout ce qui t’intéresse, mais il ne faut jamais te mettre en route pour tenter de réclamer le départ de Son excellence Paul Biya.

manifestations pro-Trump
Des manifestants pro-Trump lors de la présidentielle de 2016. Source : cath.ch /CC-BY

La démocratie camerounaise expliquée au petit peuple américain

Donc comme vous le savez sûrement, Joe Biden vient d’être élu comme 46ème président des États-Unis. Mais la cacophonie qu’il y a là-bas me fait penser que les Américains n’ont pas du tout compris la démocratie à la camerounaise…

La fraude expliquée au peuple américain ! Est-ce que Paul Biya a même besoin de séduire l’électorat camerounais pour être réélu ? Il suffit qu’on tripatouille les procès-verbaux dans les bureaux de vote où ses opposants ne sont pas suffisamment représentés.
La campagne expliquée au peuple américain ! Elle consiste surtout à corrompre les adversaires politiques sans se déplacer, et à utiliser tous les moyens de l’État (argent, voitures, administration) pour intensifier la propagande.
La répression camerounaise expliquée au peuple américain, parce que la Gendarmerie et l’Armée sont déjà prêtes à transporter des civils devant le tribunal militaire.

Alors le spectacle grotesque que nous offrent Donald Trump et ses partisans me fait bien rire, puisque je ne l’imagine même pas une seule seconde ici dans notre pays : un président qui conteste les élections, un dépouillement qui n’est pas centralisé et des manifestations populaires qui sont curieusement autorisées.
Les Américains n’ont pas du tout compris comment fonctionne la démocratie ici au Cameroun.


Ecclésiaste DEUDJUI, adieu Trump
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[EXTRAITS] Est-ce que c’était mieux auparavant ?

Je viens de tomber sur un manuscrit que j’avais rédigé en novembre 2014 (je ne connaissais pas encore mon ami Pierre La Paix Ndamè),et qui ressemble étrangement à une comparaison entre les générations.
En voici quelques extraits.

« Il y avait aussi ces savants des carrefours, ces Sabitous qui savent tout sur tout, et qui n’ont jamais cinq francs CFA dans leur poche, mais qui te disent comment le pays fonctionnait sous Ahidjo, comment toutes nos ruelles étaient bien éclairées, comment les salaires étaient versés à temps, comment le pays n’avait même pas besoin de l’argent du FMI ni de la Banque Mondiale, comment il y avait la rigueur et la moralisation au sein de notre gouvernement, d’abord même qu’il n’y avait pas une pléthore de ministères inutiles comme c’est le cas actuellement, et que les machins-là qu’on entend aujourd’hui qu’un ministron a détourné des milliards de francs CFA à lui tout seul, auparavant cela n’existait pas.

Ils te disent comment les sociétés d’Etat naissaient de jour en jour, et que la privatisation on ne connaissait pas encore, et qu’il y avait effectivement le plein-emploi, et que les Camerounais ne rêvaient jamais de partir s’installer à l’étranger à cette époque-là, puisque même les pays asiatiques nous enviaient et nous admiraient ; ils ajoutent que c’est le Blanc qui est venu pour nous assimiler et nous rendre aussi cupides et surtout paresseux…
Ils racontent comment le football d’aujourd’hui ce n’est plus le vrai football, parce que dans leur temps les gens allaient voir les matches du championnat national dans les stades, et ces stades-là ils étaient remplis comme pas possible, surtout quand il y avait des duels tels que Canon-Tonnerre, Racing-Panthère, Union-Caïman , Oryx-Léopard ; ils se souviennent comment est-ce qu’ils admiraient les joueurs vedettes comme des légendes vivantes, les Emana essuie-glace (le père d’Achille), qui effaçait ses adversaires au ralenti, les Beb Solo qui était en même temps couturier et footballeur, et dont on dit qu’il était aussi efficace avec son pied gauche que Diego Maradona en personne, c’est ce qu’on raconte, les Ndoumbè Léa, un libéro qui ne paniquait jamais et qui avait ses propres raccourcis sur le rectangle vert, les Bonaventure Njonkep alias Johnny Rep, qui était rapide et percutant comme un éclair, et qui a été élu meilleur joueur du championnat camerounais alors qu’il faisait encore la classe de Terminale, les Manga Onguéné et ses coups de tête imparables, les Jean-Paul Akono qu’on surnommait Magnusson parce qu’il était vraiment solide dans la défense, tout comme Théophile Abega était brillant et virevoltant dans les surfaces adverses, paix à son âme, et puis aussi les Louis-Paul Mfédé, mort dans l’indigence à Yaoundé, les Emmanuel Kundé, dont la vitesse du tir était supersonique, les Tataw Stéphane, capitaine courage pendant la Coupe du Monde 1990 et qui venait de décéder récemment, les Cyrille Makanaky qui ne marquait presque jamais avec les Lions, les Mbapenda de Racing de Bafoussam, formidable joueur, les Monkam Gilbert, surnommé « le roi du milieu de terrain », les Marc-Vivien Foé, mort pour la patrie sur le champ de bataille à Gerland en 2003, etc.
Ils étaient nombreux ces bons joueurs, elles étaient innombrables ces grandes étoiles, même si elles ne nous ont pas permis de remporter la première Coupe d’Afrique que nous avions organisée à domicile, en 1972, et que nous avons perdue en demi-finale face au Congo-Brazzaville, donc voilà !

Et puis nos Sabitous continuent sans s’arrêter, ils prophétisent que ce sont les enfants de Paul Biya qui nous ont saboté les mentalités, parce que dans le temps les enfants étaient invariablement obéissants et sérieux, ils étaient respectueux de leurs aînés, ils portaient encore des pantalons qui ne commençaient pas en plein milieu des fesses, ils avaient des coiffures académiques et orthodoxes, ils étaient pieux, et puis ils écoutaient surtout de la vraie bonne musique instrumentale, les Franco, les Zao, les Pépé Kallé et les Papa Wemba, les Eboa Lotin, les Dina Bell, les Sallé John, les Ben Decca, les Sam Fan Thomas, et cætera, pas comme les tambours de l’Afrique de l’Ouest qu’on nous envoie ici aujourd’hui, et qui sont davantage un mélange de bruits assourdissants et incohérents qu’une association de sonorités mélodieuses, c’est ce qu’ils nous disent.
Ils ajoutent qu’à leur époque quand tu envoyais un enfant il s’en allait en se dépêchant, en courant même, et cela même si l’argent de la commission ne suffisait pas, car à leur époque l’enfant de quelqu’un c’était l’enfant de tout le monde, et donc chacun pouvait le gronder et le bastonner s’il se comportait négativement, chacun pouvait le nourrir lorsqu’il avait faim, chacun pouvait le loger lorsqu’il crevait de froid ou bien de fatigue, donc c’était presque comme au Paradis ils te confirment…

Puis ils te racontent comment à leur époque ils étaient premiers de la classe avec vingt sur vingt de moyenne, et moi je me demande comment est-ce que ces gens-là étaient tous premiers de la classe, et surtout s’il y avait même des deuxièmes de la classe à leur époque, ou alors s’ils étaient tous des premiers ex-æquo, je ne sais pas, mais moi j’ai plutôt l’impression qu’ils étaient en réalité des derniers ex-æquo, mon cher lecteur, puisque je t’ai déjà dit que ce ne sont pas les personnages pittoresques et mythomanes qui manquent dans notre Cameroun-ci, à tel point que quand tu es normal tu deviens presque bizarre, je te dis la vérité.
Et pour tout te dire nous nous comprenons dans notre misère, nous nous confortons dans notre pauvreté mentale, et y en a même qui se plaisent dans ce désordre, y en a qui sont heureux dans ces malheurs, y en a qui supportent nos souffrances quotidiennes et incommensurables, et d’ailleurs quand tu les croises ils ont toujours le sourire sur les lèvres, il ont la banane, ils ont un moral gros comme les Caterpillar de notre Génie Militaire, et puis ils te serrent la main en te claquant les doigts, ils te disent que ça va aller, que c’est fort pour le moment mais bientôt ça va réellement aller, et alors là tu comprends que la vie est vraiment un cadeau extraordinaire.
Parce que dans notre pays-ci malgré la pauvreté il y a la vie, il y a la joie, il y a le bonheur, il y a surtout cette résignation irréductible que notre président nous a inoculée et qu’il appelle régulièrement la résilience… »


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