Ecclésiaste Deudjui

Prochainement nous serons tous morts…

J’ai perdu un ami la semaine dernière et il s’appelait Régis Talla Kamga. Mais ce n’est pas bien grave puisque prochainement nous serons tous morts…

 

Régis Talla devant sa caméra
Régis Talla était l’un des meilleurs réalisateurs camerounais de sa génération. Crédit: R. Talla Films /CC0

 

Prochainement la vie continuera

Régis Talla est décédé le mardi 4 juin 2019 vers 5h du matin, à l’hôpital de district de Déido. Mais depuis qu’il a rendu l’âme, le monde continue de tourner normalement comme si rien de tout ça ne s’était jamais passé.

Bien sûr qu’il y a eu quelques « Rip » sur son mur Facebook. Mais ce matin j’ai acheté mon pain comme d’habitude, ma voisine a séché ses perruques comme d’habitude et les Camerounais ont vaqué à leurs occupations comme à l’accoutumée.

Prochainement la vie continuera ! Puisque ça a toujours été comme ça depuis la nuit des temps. Puisque les gens continueront de mourir pendant que d’autres personnes continueront de venir au monde. Mais ce n’est pas parce que la vie continuera que ça voudra dire qu’on aura déjà oublié tous ceux qui nous avaient précédés…

 

Prochainement nous perdrons un proche

Peut-être même ce soir ou alors demain matin ! Car ce qu’il y a de pire avec la mort, c’est qu’elle ne nous avertira jamais lorsqu’elle viendra nous enlever l’une de nos personnes les plus importantissimes !

Prochainement ce sera comme moi quand j’ai revu Régis Kamga il y a environ deux semaines, dans mon nouveau quartier ici à Logpom. Ce sera comme le signe de main qu’il m’avait envoyé en souriant, et que moi j’avais bien capté et pourtant je ne pouvais même pas imaginer que c’était la dernière fois que moi je le voyais

Que c’est triste !

Parce que quand nous marchons souvent avec nos proches, avec nos amis ou alors avec les membres de notre fratrie, nous ne savons pas exactement à quel moment le ciel va nous les arracher pour toujours. Mais nous soupçonnons qu’un jour ou l’autre on nous annoncera la mauvaise nouvelle, et que ce sera comme ça régulièrement avec la disparition de Célestin Kengoum, Javis Nana, Charles Ateba Eyené, Koulibaly System, Régis Talla Kamga qui était mon ami d’enfance, etc.

 

Me Célestin Kengoum
Me Célestin Kengoum, décédé le 16 mai 2019 de maladie. Source: lebledparle.com /CC0

 

Prochainement ce sera notre tour

Je sais que je vais bientôt mourir, mais je ne sais pas encore quand. Je sais que ça viendra probablement d’un accident de la circulation ou alors d’un empoisonnement. Je sais que ça pourrait aussi provenir d’une maladie, d’une malabsorption ou tout simplement d’un malencontreux malaise cardiaque…

Régis Talla Kamga est officiellement décédé d’un AVC ! Mais avant de s’en offusquer, il faudrait qu’on attende notre tour. Peut-être bien que nous lui survivrons encore pendant longtemps, mais peut-être aussi que nous le suivrons bientôt dans les prochains jours ou au plus tard dans les toutes prochaines semaines […]

Je sais que vous allez bientôt mourir ! Mais j’ignore seulement quand. Et je ne souhaiterais même pas le savoir. Mais tôt ou tard des gens écriront « Rip » sur votre fil d’actualités Facebook, et quand vous regarderez de près vous constaterez qu’il s’agit de la disparition de mon ami Pierre La Paix Ndamè.

 

Prochainement la mort continuera

De même que la vie continuera de suivre son cours, de même la mort continuera de perpétuer ses ravages. Et tandis que les morts seront déjà morts et que les vivants seront encore vivants, il y aura ceux qui ne sont pas encore nés et qui naîtront bientôt, mais qui ne survivront que quelques années avant de définitivement disparaître…

La mort est une imbécile qui s’est chargée de nous importuner durant toute notre existence, mais peut-être aussi que c’est à cause d’elle que la vie est probablement la plus belle chose qui nous soit jamais arrivée. Parce que malgré les nombreuses gens qu’elle nous aura enlevées, la mort ne nous retirera jamais les bons moments qu’on avait passés en leur compagnie.

Et elle n’empêchera pas à Régis Talla de continuer à exister dans mon imagination et dans mon esprit !

 

Maahlox LeVibeur et Régis Talla
Régis Talla a réalisé de nombreux clips vidéo pour le chanteur Maahlox. Crédit: R. Talla Films /CC0

 

Prochainement nous serons tous partis !

La semaine dernière j’ai perdu un génie qui s’appelait Régis Talla Kamga, et avec qui j’avais fréquenté au lycée bilingue d’Edéa entre 1993 et 1997.

Mais ce n’est pas très grave puisque prochainement nous serons tous morts…

 

Prochainement nous aurons disparu ! Notre durée de vie est limitée ici sur la Terre, et on commence à profiter de nos amis quand on a compris que nous ne serons pas éternels ici au Cameroun.

Prochainement nous serons des cadavres ! Quelle que soit notre place dans la société. Quel que soit notre talent. Quelle que soit notre grandeur ou alors notre petitesse, nous reposerons inéluctablement dans un cimetière.

Prochainement nous ne serons plus parmi vivants, alors à quoi ça sert de se chamailler avec le MRC ou alors de se disputailler avec les sécessionnistes ?

 

Parce que quand moi je regarde la vie de mon camarade Régis, je me dis qu’il n’a pas vécu longtemps (il était né le 14 juin 1981) mais qu’il a quand même pu accomplir des choses intéressantes. Il avait remporté de nombreuses récompenses dans le milieu du cinéma africain, et il a aussi réalisé de supers clips vidéo (notamment pour Maahlox) qui ont porté en lumière la musique urbaine camerounaise.

Et voilà que je me retrouve déjà en train de parler de ses funérailles et de son enterrement…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, repose en paix Régis !

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Nous devons recommencer la lecture

Il y a un jeune blogueur ici au Cameroun qui s’appelle Junior Haussin, et qui se bat au quotidien pour la promotion de la littérature. Et moi aussi je pense comme lui que nous devons recommencer la lecture.

 

Le blogueur camerounais Junior Haussin
Junior Haussin est un blogueur qui a créé le mouvement #JeLis pour favoriser la littérature au Cameroun. Image: kulturemasteronline.com /CC-BY

 

Nous devons apprendre à lire les journaux

Nous devons cesser de regarder la Une des journaux et de raconter partout-partout que nous avons correctement lu la presse écrite. Nous devons apprendre à acheter le journal (ça coûte seulement 300 FCFA) ! Nous devons nous habituer à lire les articles qui sont en pages intérieures en profondeur, afin d’en comprendre parfaitement la quintessence. Nous ne devons plus nous contenter de suivre les rumeurs et de les relayer sans réfléchir, ou alors de commenter les fake news qui pullulent sur Facebook et que beaucoup de Camerounais considèrent à tort comme la vraie information.

 

Nous devons bien lire les manuels scolaires

Je parle surtout pour nos enfants. Parce que quand je les regarde aller à l’école, ils se contentent de feuilleter les manuels scolaires du moment que ça leur permet d’obtenir la moyenne générale en classe, et puis ils oublient toutes les leçons qu’ils ont apprises dès l’année suivante.

Non ! Nous devons dire à nos enfants que la lecture de leurs manuels scolaires c’est capital, et que ce n’est pas seulement pour accéder à la classe supérieure. Que dans ces outils qu’ils utilisent, ils vont non seulement perfectionner leur lecture, mais en plus ils vont aussi améliorer leur culture. Car c’est dans les manuels scolaires que j’avais découvert la géographie, la biologie et l’histoire. C’est dans les manuels scolaires que nous appréhendons les mathématiques et la physique. C’est dans nos précieux manuels scolaires que nous pouvons expérimenter la littérature, et qu’ensuite nous nous orienterons vers le blogging ou pourquoi pas vers le journalisme d’investigation…

 

DesCamerounais devant les kiosques à journaux
Les Camerounais sont habitués à commenter les Unes des journaux. Source: journalducameroun.com /Reproduction sous autorisation

 

Nous devons exploiter les documents numériques

Ça ne sert à rien de posséder tous les documents en version numérique qui existent dans votre disque dur, si vous ne les ouvrez jamais et à fortiori que vous n’avez même pas encore envisagé de les parcourir…

Ça ne sert à rien !

Car depuis que la révolution digitale nous a emportés, j’ai constaté que tous les Camerounais peuvent désormais accéder à toutes les bibliothèques du monde. Et pourtant ils ont téléchargé ces documents et pourtant ils ne les lisent pas. Et pourtant ils ont des tablettes et des liseuses. Et pourtant ils connaissent généralement le nom de presque tous les auteurs, mais ils ne connaissent nullement et aucunement le contenu de leurs ouvrages respectifs. Et pourtant les documents électroniques sont devenus de plus en plus gratuits et accessibles sur internet, que ce soit au format EPUB, DOC, PDF, HTML, RTF, TXT, etc.

 

Nous devons aussi un peu écrire

Un peu hein, pas beaucoup. Parce que j’ai déjà constaté que les Camerounais n’aiment pas beaucoup pratiquer la lecture. Alors l’écriture…

Nous devons aussi pourtant écrire. Nous devons remplir les blogs, les journaux intimes, les journaux tout court, les sites internet, les librairies, etc. Nous devons devenir des écrivains et des essayistes. Nous devons partager nos connaissances et nos expériences. Nous devons cesser de nous contenter de dire que « On nous avait dit que… », alors que nous pouvons tout simplement écrire nous-mêmes notre propre roman.

Nous devons laisser des marquages sur notre passage, et c’est l’ensemble de ces marques-là que l’on appellera ici l’Histoire. Nous devons aussi faire rêver les autres Camerounais à travers la poésie, et c’est ce que fait parfaitement mon meilleur ami qui vit à Dibombari et qui s’appelle Pierre La Paix Ndamè.

 

Charles Ateba Eyené
Charles Ateba Eyené (1972-2014) était un Camerounais qui lisait et écrivait beaucoup. Crédit: Youtube /CC-BY

 

Nous devons re-commencer la lecture

Donc il y a un jeune journaliste ici à Douala qui s’appelle Junior Haussin, et qui se bat au quotidien pour la progression de la littérature. Et moi aussi je pense comme lui que nous devons dorénavant recommencer la lecture.

 

Nous devons recommencer la lecture ! C’est-à-dire que nous ne devons plus survoler les articles, et que nous devons nous documenter sur un sujet avant de pouvoir en émettre un avis dans un milieu public.

Nous devons recommencer la lecture ! Nous devons cesser de multiplier les citations pour arrondir nos fins de phrases, alors qu’on n’est même pas capables de déterminer les œuvres dont ont été issues ces citations.

Nous devons impérieusement recommencer la lecture, afin de mettre en lumière les quelques rares écrivains qui essaient de se faire un nom ici au Cameroun.

 

Parce que quand nous on fréquentait au secondaire, il n’y avait pas encore toutes ces histoires de mondialisation et de réseaux sociaux. Alors nous on partait à l’école en lisant, on prenait la récréation en lisant et on rentrait à la maison en lisant encore. On découvrait des écrivains majestueux comme Guillaume Oyono Mbia, Ferdinand Oyono, Francis Bebey ou encore Sévérin-Cécile Abega.

De grands auteurs qui constituent le patrimoine culturel de notre Cameroun, et c’est aussi un peu pour eux que je suis absolument persuadé que vous devez immédiatement recommencer la lecture…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, j’ai recommencé l’écriture

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J’ai la crise de la bloguantaine

Aujourd’hui j’ai trente-sept ans mais ce n’est pas la quarantaine qui me fait peur. Je suis plutôt inquiet parce que j’ai décidé de ne plus continuer à bloguer.

 

gâteau d'anniversaire avec bougies
Aujourd’hui c’est mon anniversaire. Image: mycrazystuff.com /Reproduction sous autorisation

 

Je n’ai plus le succès comme auparavant

Auparavant tous mes articles étaient des best-sellers. Les gens me contactaient à travers les réseaux sociaux, et certains blogueurs me considéraient littérairement comme un phénomène !

À l’époque on racontait que j’étais très drôle. De nombreuses lectrices me demandaient si j’étais réellement célibataire. De nombreux lecteurs me comparaient parfois à Guy Bedos, à Edmond Devos ou encore à Jean-Miché Kankan. Les gens qui me lisaient appréciaient les caricatures que j’utilisais pour mes illustrations, et il y en a qui me préféraient plutôt pour mes onomatopées et pour mes exclamations.

Auparavant quand je commençais dans le blogging, mes articles étaient lus à la radio par Cyrille Bojiko sur Balafon, et par Didier Kouamo sur Nostalgie FM. Mes analyses étaient reprises dans les médias internationaux et dans des thèses universitaires. Et pour la première fois que je suis passé sur une télévision camerounaise (c’était sur Canal 2), j’avais été reçu par Soflane Kengne qui ne cessait de me répéter que « Monsieur Ecclésiaste Deudjui, je suis vraiment impressionnée par ce que vous faites ! »

 

On me demande de me réinventer

Pourquoi est-ce que je devrais me réinventer ? Hein ? C’est parce que je suis devenu politiquement engagé alors que je ne l’étais pas auparavant ? C’est parce que mes articles sont devenus légèrement plus longs et pourtant je sais parfaitement que les Camerounais n’aiment pas pratiquer la lecture ? Hein ? C’est parce que mes plaisanteries sur Facebook sont vraiment très hilarantes, alors que sur mon blog je n’accumule que des observations psychosociologiques qui vous paraissent vraisemblablement un peu trop intellectualistes ?

On me demande de me réinventer ! Et pourtant quand j’avais créé mon blog, j’avais pour leitmotiv de l’identifier à un style particulier d’écriture. J’avais décidé de parler des « Camerounaiseries » et de m’en approprier le terme. J’avais voulu ressembler à Nasr Eddin Hodja et à Till l’Espiègle (merci Claude Derhan) parce que ce sont des auteurs qui avaient produit des dizaines et des dizaines de récits, et pourtant tous leurs récits portaient invariablement la même architecture. Et c’est pour cette raison que tous mes articles ont strictement la même structure, mais voilà qu’on me demande déjà de la réinventer. On veut me faire croire que je suis devenu complètement prévisible, que mes figures de style ne sont plus inénarrables et que les titres que j’utilise ne sont plus aussi communicatifs comme ils pouvaient l’être auparavant…

 

dessin d'un homme devant son ordinateur
Il arrive toujours un moment où on se demande à quoi ça sert de bloguer. Dessin_ coxandforkum.com Source: laquetedekiaz.wordpress.com /Dessin reproduit sous autorisation

 

Je n’ai pas envie de devenir un blogueur-sandwich

Je n’ai pas envie de devenir un « influenceur » qui va aussi créer son www.ecclesiastedeudjui.com. Je n’ai pas envie de raconter d’étaler ma vie privée et de partager mes moindres émotions sur votre fil d’actualités. Je n’ai pas envie que la qualité de mes selfies soit plus intéressante que la qualité de mes publications. Je n’ai pas envie d’être obligé de participer à des concours, de m’auto-promouvoir et de me « vendre » comme c’est à la mode actuellement, afin que les gens qui me suivent puissent définitivement me considérer comme un excellentissime blogueur.

Non. Je n’ai pas vraiment une nature exhibitionniste. Je ne suis pas venu sur internet pour que vous me considériez comme une personnalité narcissique. Je ne suis pas entré dans le blogging pour chercher l’argent et encore moins les femmes. Je ne suis pas devenu un mondoblogueur pour rédiger des articles sponsorisés alors que je ne vais jamais monétiser mes opinions. Je ne vends même pas d’espace publicitaire sur mon blog et pourtant je suis sollicité par de nombreuses entreprises. Je ne rédige pas non plus des autoportraits sur commande. Et ne comptez jamais sur moi si vous escomptez un jour que je vais m’asseoir pour vous confectionner une hagiographie.

 

Je n’ai plus envie de devenir un martyr

Quand je débutais dans le blogging, je m’attaquais personnellement à tous les personnages qui commettaient une mauvaise action ici dans notre Cameroun. Jusqu’à je tutoyais même souvent Paul Biya, je condamnais Richard Bona au sujet du visa camerounais, je fustigeais Maahlox pour ses obscénités et j’ai même vilipendé Patrice Nganang alors que je suis certainement l’un de ses lecteurs les plus admiratifs…

Mais j’ai constaté que les Camerounais sont en réalité des lâches. Ils sont avec toi aujourd’hui, mais demain matin ils vont te lâcher ! Il y en a même qui m’ont bloqué sur Facebook dès qu’ils ont appris que j’étais surveillé par les renseignements généraux. Il y en a qui m’ont proféré des menaces de mort ! Il y en a qui m’ont renié publiquement alors qu’ils étaient pourtant mes followers assidus, mais c’est parce que j’avais refusé de partager leurs opinions bellicistes à propos de la crise sécessionniste.

Je n’ai plus envie de devenir un leur martyr. Auparavant j’écrivais pour réveiller mes compatriotes, mais dorénavant je vais écrire pour moi-même. J’ai l’impression que les Camerounais et les Camerounaises ne me comprennent pas. J’ai l’impression qu’ils n’ont jamais compris le réel sens de ma démarche. J’ai le sentiment que les gens d’ici ne s’intéressent qu’à des futilités. J’ai la sourde intuition que malgré tous les conseils que j’ai déjà prodigués à travers mes centaines d’articles, il y a encore des individus ici qui vont me balancer à la figure que je n’avais jamais rien réalisé pour notre République !

 

Ecclésiaste Deudjui qui sourit
Je suis devenu blogueur parce que j’aime beaucoup le Cameroun. Crédit photo: Pierre La Paix Ndamè /CC0

 

J’ai la crise de la bloguantaine

Donc aujourd’hui j’ai trente-sept ans hein, mais ce n’est plus la quarantaine qui me fait peur. Je suis surtout inquiet parce que j’ai finalement décidé de ne plus continuer à bloguer.

 

J’ai la crise de la bloguantaine. Car auparavant je déjeunais avec des ambassadeurs. Je voyageais beaucoup pour l’étranger. Je collaborais avec des artistes et c’est comme ça que j’ai rencontré mon ami Pierre La Paix Ndamè.

J’ai le syndrome de la page blanche. C’était déjà arrivé à des blogueurs comme Éric Leeuwerck et Aphtal Cissé. Mais moi c’est parce que j’ai réellement peur qu’on ne me reconnaîtra qu’à titre posthume.

J’ai également la crise de la quarantaine, évidemment, parce que mine de rien je suis né le 27 mai 1982.

 

Mais lorsque je suis devenu blogueur le lundi 22 septembre 2014 à quatorze heures, j’étais vraiment très motivé et surtout très déterminé. J’avais sincèrement envie de changer le Cameroun, et je voulais vraiment devenir un éducateur des consciences. Je voulais devenir un écrivain qui allait profiter de son blog pour corriger les mœurs camerounaises en s’amusant, mais je ne savais pas que ça allait m’attirer autant d’incompréhension et aussi autant de critiques.

Et que j’allais finalement tout abandonner le jour de mon anniversaire…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, j’ai la trente-septaine !

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Le 20 mai au Cameroun ou le paradoxe de l’unité nationale…

La fête du 20 mai sera encore célébrée au Cameroun durant toute cette semaine. Et pourtant l’unité nationale est déjà en train de devenir un paradoxe.

 

Paul Biya pendant le défilé du 20 mai
Le président Paul Biya effectuant la revue des troupes lors d’un défilé du 20 mai. Source: actu-plus.cm /Photo reproduite sous autorisation

 

Il n’y a pas d’unité nationale entre les riches et les pauvres

Il n’y a même pas d’unité tout court ! Puisque sur une chaîne de télévision à audience internationale, le ministre du travail (il s’appelle Grégoire Owona) est venu déclarer en mondovision que « le Camerounais moyen peut parfaitement s’en sortir avec les 36 000 FCFA que représente le SMIC. Il peut payer son loyer normalement, rationner son épouse, envoyer ses enfants à l’école et il lui restera même encore de quoi alimenter son épargne. »

Wandaful !

Et c’est pour ça que je dis qu’il y a un énorme fossé entre les riches Camerounais qui sont extrêmement riches, et les pauvres Camerounais qui vont rester indéfiniment pauvres. Puisque les premiers sont non seulement déconnectés et méprisants, mais en plus ils sont si cyniques… Ils disent qu’on a les meilleurs hôpitaux mais ils se soignent toujours à l’étranger. Ils disent qu’on a les meilleures routes mais ils préfèrent se déplacer en aéronef. Ils déclarent qu’on peut « parfaitement s’en sortir » avec seulement 36 000 FCFA de revenu mensuel, et pourtant ça ne paye même pas leur petit-déjeuner lorsqu’ils vont dans un restaurant de luxe avec l’une de leurs petites amies…

 

Il y a la désunion nationale entre le MRC et le RDPC

Elle est même déjà devenue internationale, puisque les Nations-Unies s’en sont saisie, l’Union européenne s’en est saisie, les chancelleries occidentales s’en sont préoccupées jusqu’à le gouvernement camerounais a déjà commencé à demander pardon, pardon, pardon, pardon…

Il y a une désunion irréversible entre le MRC (parti de l’opposition) et le RDPC (parti du président) ! Les deux partis parties ont déjà atteint le point de non-réconciliation. Le président du MRC a déjà commencé à s’acclimater à sa privation de liberté qui dure depuis le lundi 28 janvier 2019, et le président du RDPC n’est pas prêt à l’en désacclimater. Toute l’intelligentsia de l’un a été embastillée par toute l’intelligentsia de l’autre. Et ceux qui sont en liberté sont soit en exil comme le brillantissime Wilfried Ekanga, soit ils écument les plateaux de télévision ꟷet de radio !ꟷ et ils répètent à l’envie que « Maurice Kamto reste et demeure le président élu de la République du Cameroun ».

Maurice Kamto contre Paul Biya
La réconciliation n’est plus possible entre Maurice Kamto (à gauche) et Paul Biya. Montage: lebledparle.com /Image reproduite sous autorisation

 

Il y a une division nationale entre les tontinards et les sardinards

C’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Car au départ il s’agissait des militants du MRC contre les nombreux sympathisants du RDPC, mais dorénavant c’est devenu un combat d’échecs entre les partisans pour le changement et les sympathisants pour la perpétuation de notre système…

C’est devenu un combat de chefs ! D’abord sur les réseaux sociaux, mais aussi sur la scène artistique à travers la création de la Brigade Anti-Sardinards (BAS). Et puis il y a des manifestations de la diaspora camerounaise installée là-bas en Europe, et qui réclame le remplacement immédiat et sans conditions de monsieur Paul Biya. Il y a aussi des gens ici qui manifestent pour son maintien ad vitam aeternam au pouvoir. Et on les appelle ici les sardinards. Et on dit que c’est parce qu’ils profitent indirectement de ce régime. Et on dit que parfois ils sont prêts à justifier l’injustifiable (ils disent qu’il n’y a AUCUN problème au Cameroun !). Que tous les tontinards sont originaires de la même et unique région, et d’ailleurs c’est pour cela qu’ils soutiennent majoritairement et inconditionnellement le leader politique qui a été incarcéré…

 

Il y a même la sécession entre les Anglophones et les Francophones

Je suis désolé de le dire, mais il n’y a pas une vraie unité nationale entre les Anglophones et les Francophones au Cameroun ! Sinon, pourquoi est-ce qu’on les appellerait alors les « Anglophones » ? Hein ? Et même si je ne cautionne pas forcément leurs velléités sécessionnistes, je peux bien comprendre qu’ils puissent être frustrés et revendicateurs par moments. Et je me dis qu’on aurait pu éviter cette sale guerre au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, si et seulement si on les avait écoutés dès le départ. On aurait pu s’épargner ces dizaines de milliers de déplacés et ces 1 850 morts présumées (même si certains les minimisent), si au lieu de la condescendance et de l’arrogance affichées, notre administration leur avait plutôt opposé des propositions de dialogue. Car l’unité nationale commence par la prise en compte de toutes les couches sociales existantes, y compris celles qui sont minoritaires. Et le non-respect de cette condition peut systématiquement nous entraîner vers la sécession !

 

John Ngute à Bamenda
Le premier ministre John Ngute (en tenue traditionnelle) en déplacement au Nord-Ouest. Source: newsducamer.com /CC0

 

Le 20 mai 2019 au Cameroun ou le paradoxe de l’unité nationale…

Donc cette année encore, la fête du 20 mai va être célébrée sur toute l’étendue du territoire camerounais. Et pourtant l’unité nationale ne ressemble plus réellement à une évidence…

 

Le paradoxe de l’unité nationale ! Tous les Camerounais sont des amis et des frères dans la vie courante, mais il y a des politiciens qui veulent les diviser à travers un favoritisme qu’on appelle « l’équilibre régional ».

Le paradoxe du tribalisme ! Chacun d’entre nous connaît les plaisanteries qu’on raconte sur les autres tribus en rigolant, mais certains manitous sèment la haine en voulant stigmatiser la population bamiléké.

Le paradoxe de la stabilité nationale, puisque nous vivons dans une fausse paix que Pierre La Paix Ndamè a qualifié de « pax camerounaisa ».

 

Parce que depuis 1972 que cette célébration existe, jamais la fête du 20 mai ne m’avait paru aussi incohérente. Puisque nous vivons actuellement dans la désunion nationale, nous vivons dans la suspicion et nous flirtons régulièrement avec le spectre de la désobéissance et de la guerre.

Autant de choses qui me font penser que le Cameroun est déjà complètement devenu un paradoxe.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, bonne fête du 20 mai

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On a tous un peu en nous quelque chose de Paul Biya…

Depuis le 22 avril, le chef de l’État s’est métamorphosé en twittologue et en conseiller spirituel pacificateur. Et pourtant chacun d’entre nous connaît parfaitement les défauts de monsieur Paul Biya.

 

tweet de Paul Biya
Un exemple de tweet pacificateur de Paul Biya. Illustration: camer.be /CC0

 

On est tous un peu égoïstes comme Paul Biya

Il n’y a pas plus égoïste que monsieur Paul Biya. Tout pour lui, et rien pour les autres ! Il n’y a pas plus prévaricateur et thésaurisateur que « notre » président de la République. Parce que depuis 1982 qu’il est au pouvoir, il a toujours éliminé systématiquement tous les adversaires qui se sont rapprochés de son strapontin. Et nous sommes quand même un peu tous pareils, nous les Camerounais à vrai dire, surtout lorsque nous occupons une responsabilité prestigieuse. Et c’est encore pire lorsque nous sommes trempés dans la Mangeoire comme mon ami de Dibombari Pierre La Paix Ndamè

Chacun d’entre nous est aussi un peu égoïste. On veut toujours tout contrôler tout seul, et cela le plus longuement possible. On ne délègue pas trop nos prérogatives. On ne part jamais à la retraite de notre propre chef. On ne désigne jamais nos propres remplaçants ni successeurs. On aurait chacun fait trente-sept ans au pouvoir (et même plus) si jamais on s’était retrouvés à la même place et au même fauteuil présidentiel que monsieur Paul Biya.

 

On est généralement des népotistes

On travaille seulement avec notre propre famille. On ne fait que rarement confiance aux inconnus (sauf si ce sont des Blancs). On ne donne jamais les gros marchés aux étrangers, et d’ailleurs si on donne un gros marché à un étranger ça voudra dire qu’on obtiendra systématiquement des rétro-commissions par derrière…

Paul Biya est le plus grand des népotistes ! Il a fait intégrer ses propres enfants à l’ENAM. Il a nommé ses petits neveux à des postes stratégiques. Il a positionné ses amis à des postes qui sont autrement plus stratégiques encore. Il s’est fait entourer par des séniles qui ont généralement son âge, ou en tous cas qui ont la même longévité que lui mais chacun à son poste respectif. Je pense ainsi à Moudiki (81 ans), à Cavaye Yéguié (79 ans), à Niat Njifenji (85 ans), à Bello Bouba Maïgari (72 ans), etc.

Sans oublier les dirigeants du RDPC qui sont habituellement des proches intimes et des amis personnels de notre président de la République.

 

Maurice Kamto en visite à Yaoundé
Le leader du MRC Maurice Kamto (au centre de l’image, en veste) fait partie des ennemis politiques du président Paul Biya. Source: journalducameroun.com /Image reproduite sous autorisation

 

On est parfois très rancuniers comme Paul Biya

Paul Biya ne pardonne jamais ! Même si c’est après trente-sept ans, il va sauf que te rendre ! Parce que c’est un séminariste qui sait digérer sa colère calmement, et qui prend toujours son temps pour te punir puisque de toute façon il sait qu’il sera inévitablement encore président.

Alors il sait ruminer ses frustrations et ses rancœurs, sans prononcer un seul mot. Il sait supporter les humiliations comme celle qu’il a endurée récemment avec le retrait de la Coupe d’Afrique 2019, alors qu’il en avait pourtant « pris l’engagement ». Et c’est comme ça que quand il va réagir il réagira systématiquement avec la plus sévère des violences…

Paul Biya ne nous pardonnera jamais ! Et surtout pas aux militants du MRC. Il est comme tous les Camerounais que j’ai rencontrés au quotidien, et qui savent sourire devant leurs ennemis mais qui sont pourtant en train de leur réserver une vengeance qui sera des plus dévastatrices ! (cf. Nyangono du Sud)

 

On est tous un peu méchants aussi

Et donc tout ce que j’ai dit se résume à ceci : nous sommes méchants, nous les Camerounais. Nous sommes insensibles à la souffrance de nos compatriotes. Nous sommes de mauvaise foi. Nous sommes prêts à tous les vices de la Terre pour atteindre nos objectifs qui sont généralement malhonnêtes et toujours opportunistes.

Paul Biya est très méchant lui aussi. Un peu, beaucoup, à la folie. Il est même sévèrement méchant. Parfois il envoie des gens en prison et il les oublie là-bas dedans pendant des années décennies. Il est même presque sans cœur ! Puisque depuis que la crise anglophone s’est amplifiée, il n’a jamais pris la parole publiquement pour nous faire part de sa contrition ou du moins de son désarroi. Il n’a jamais déploré les nombreuses victimes parmi les populations civiles. Il s’efforce plutôt de rester froid et impassible comme c’est recommandé dans ses anciens manuels militaires, mais lui il va loin jusqu’à en oublier la dimension humaine.

Je pense que Paul Biya est devenu sadique et machiavélique lorsque la conservation du pouvoir est devenue sa seule et unique préoccupation.

 

portrait de Paul Biya
Paul Biya en 1984. Source: sinotables.com /Photo reproduite sous autorisation

 

Nous avons tous un peu en nous quelque chose de Paul Biya…

Donc depuis le lundi 22 avril 2019, « votre » chef de l’État s’est métamorphosé en twittologue et en chantre philosophique en faveur de la pacification. Et pourtant tous les Camerounais connaissent parfaitement les défauts de ce monsieur qui s’appelle Paul Biya.

 

On est tous un peu usés et fatigués ! On passe notre temps à déléguer permanemment notre signature, parce qu’on ne veut peut plus travailler mais il est hors de question que nous abandonnions la place à une autre personne.

On est tous un peu paresseux également. Puisque nous détestons les séances de travail. Nous passons notre bon temps au village ou bien en Suisse. Nous ne visitons même pas les chantiers que nous avons pourtant nous-mêmes commandités.

On est tous aussi un peu des fraudeurs électoraux, parce que sinon nous ne serions même plus là pour vous le dire…

 

Puisque quand monsieur Paul Biya accédait au pouvoir le 6 novembre 1982, il apparaissait aux yeux des Camerounais comme un tout petit agneau inoffensif. Mais avec le temps il est devenu cruel, politiquement pervers, vicieux, et c’est comme ça qu’il est devenu impitoyable voire quasiment méphistophélique.

Et je pense qu’on a tous un peu en nous quelque chose qui nous vient de ce mauvais président.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je n’ai rien de Paul Biya

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[Vidéo] Mon avis sur la longévité

Grâce à la fondation Denis & Lenora Foretia, je me suis amusé à donner mon avis sur la cause des problèmes démocratiques qui sévissent actuellement au Cameroun.

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Prises de vue et montage :

Ecclésiaste Deudjui

 

Musique

Musicscreen.be

 

Remerciements :

Pierre La Paix Ndamè

Ulrich D’Pola Kamdem

 

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Au Cameroun il n’y a pas le travail, mais il y a le « travaillement »

Bientôt c’est le 1er mai et vous allez voir la jeunesse camerounaise en train de célébrer la fête du travail. Et pourtant dans notre pays il n’y a que le « travaillement »

On « travaille » sur les malades

Ça ne veut pas dire qu’on les embauche hein, attention ! Mais ça veut dire qu’on les éloigne de l’hôpital. Ça veut dire qu’on n’a plus du tout confiance en la médecine occidentale, et qu’on va emmener nos patients chez les faux pasteurs, les marabouts, les prêtres, les guérisseurs traditionalistes, etc.

Je sais de quoi je parle. Puisque j’ai une voisine en face de mon portail qui « travaille » sur les épileptiques. On raconte aussi qu’elle peut réhabiliter les handicapés et les sourds-muets ; qu’elle peut redonner la vue aux aveugles, et qu’elle peut aussi te permettre de te débarrasser définitivement de toute ta malchance…

Au fait, le « travail » sur les malades veut simplement dire que tu es un charlatan et que tes techniques de guérison sont totalement inintelligibles ! Mais nous on s’en fiche, puisque mes compatriotes vont simplement te vénérer et ils vont raconter partout que tu es un spécialiste du « travaillement ».

 

On « travaille » sur les artistes

Ça ne veut pas dire qu’on leur remettra leurs droits d’auteur hein, attention ! Rien à voir ! Surtout que la plupart de nos artistes sont des chômeurs endurcis en réalité, et que certains parmi eux s’étaient carrément autoproclamés musiciens… Tsuip !

Mais on « travaille » sur les artistes. Ça veut dire que si tu es un humoriste de rue ou bien de bars, il y a certains soûlards qui vont te verser des piécettes dans ta casquette si tu réussis à les faire sourire. Si tu es un dessinateur ou bien un peintre, eh bien tu n’auras rien ! Si tu es un poète comme mon ami Pierre La Paix Ndamè on pourra peut-être te recruter à la Maison de la Culture. Si tu es un cinéaste ou bien un réalisateur qui vend ses propres CD-DVD au marché central en compagnie de ses acteurs histrions, eh bien ton long-métrage ne vaudra que le prix de la bière ! Et si par bonheur tu es un griot, un rappeur de sous-quartier ou encore un hurluberlu comme le pseudo-chanteur Nyangono du Sud, tu auras peut-être quelque chance d’être invité à un éventuel mariage ou alors à un enterrement.

Mais au fait, le « travail » sur un artiste c’est lorsqu’il monte sur le podium pour effectuer sa prestation, et que des inconnus lui balancent de l’argent comme pour se démontrer à eux-mêmes qu’ils sont réellement de vrais mélomanes…

 

Georgette Eto'o farote Belka Tobis
Georgette Eto’o, l’épouse de Samuel, en train de « travailler » sur l’artiste Belka Tobis. Source: cameroonweb.com /Image reproduite sous autorisation

 

On met les gens au travail

De quel travail je vous parle au juste ? Parce que depuis que je courtise certaines Camerounaises, il y en a qui ne font que me tourner comme le couscous et c’est cette manœuvre-là qu’on appelle aussi ici « mettre quelqu’un au travail. »

Il ne s’agit pas d’un emploi en réalité. Il s’agit de quelqu’un qui te fait réfléchir ou bien qui te donne de faux espoirs. Il s’agit d’une épreuve que l’on te soumet pour t’embrouiller. Il s’agit de la vengeance d’une araignée ou bien d’une panthère. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une manipulation perverse, entre quelqu’un qui veut te faire stresser avant de te promettre une récompense, ou alors quelqu’un qui veut te faire galérer durablement avant de ne pas te doter de la moindre compensation…

 

On ne nous donne pas le vrai travail

Et donc, on ne nous donne pas du tout de vrai travail ici au Cameroun. On ne nous paye pas bien. On ne nous paye pas régulièrement. On ne nous assure pas. On ne nous rassure pas. On ne nous augmente pas. On ne nous promeut pas. On ne nous distingue pas. On ne nous donne pas le vrai travail, tout simplement…

Au Cameroun il y a surtout le recrutement par népotisme. Il y a encore beaucoup d’entreprises qui sont restées tribalistes. Il y a les licenciements abusifs qui ne sont presque jamais réparés. Il y a de nombreux Camerounais qui sont rémunérés au simple SMIG (environ 50 euros), et il y a surtout de nombreux employés qui ne sont pas reconnus par la CNPS et qui ne vont jamais bénéficier de notre succédané de sécurité sociale…

Et donc, on ne nous donne pas le vrai travail. Le chômage est devenu majoritaire. Les jeunes ne choisissent plus leur profession de leur propre gré. Les plus courageux se lancent dans l’entrepreneuriat ou la création d’entreprise, et même si ça ne marche pas ça flattera au moins leur égo surdimensionné. Les Camerounais sont de véritables bosseurs mais ils n’ont pas de vrai métier puisqu’ils sont des bendskineurs, des sauveteurs, des call-boxeuses, des serveuses, des ménagères, des vendeuses de piment, des laveurs de voitures, des pasteurs, des démarcheurs, des jongleurs, des blanchisseurs, des photocopieurs.

Ils n’ont pas de vrai métier puisque certains sont même devenus des blogueurs.

 

jeunes commerçants camerounais
Les Camerounais commencent à travailler dans l’informel dès leur plus jeune âge. Photo: actucameroun.com /Image reproduite sous autorisation

 

Au Cameroun il n’y a pas de travail hein, mais il y a toujours le « travaillement »

Bientôt ce sera le 1er mai et vous allez voir la jeunesse camerounaise en train de célébrer la fête du travail. Et pourtant dans notre pays il n’y a que le secteur informel…

 

Au Cameroun il n’y a pas le travail car de nombreux jeunes sont des contractuels, des temporaires, des personnels intérimaires voire des prestataires individuels.

Au Cameroun il n’y a pas le travail puisque l’âge de la retraite dépend de la personnalité de celui qui occupe le poste fictif.

Au Cameroun il n’y a pas réellement de l’emploi à vrai dire, puisque la majorité de mes concitoyens sont exclusivement des débrouillards.

 

Mais le 1er mai vous les verrez en train de défiler avec un t-shirt luisant sur les épaules, et vous les rencontrerez dans la soirée avec de nombreuses bouteilles de bière. Certains salariés seront en train de féliciter leur employeur (surtout les fonctionnaires), mais la plupart des gens que vous croiserez seront très certainement des opportunistes et des chômeurs.

Et pourtant dans ce pays-ci il n’y avait pas seulement le travaillement auparavant…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, bonne fête du travail !

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