Ecclésiaste Deudjui

Comment se comporter avec un fanatique ?

Je ne suis pas encore une star hein, mais il y a quand même déjà beaucoup de personnes qui me reconnaissent. Comme ce gars que j’avais rencontré dans une station Total là-bas vers Logbaba, et qui m’avait déclaré que « Ecclésiaste Deudjui ? J’adore beaucoup ce que vous faites ! »

Et c’est pour ça qu’il faut vous expliquer comment vous devez vous comporter avec un fanatique…

 

Luc Mbah A Mouteh dans son camp de basket avec les jeunes
Le basketteur Luc Mbah A Mouteh organise des camps pour transmettre son héritage. Source: Facebook /CC0

 

C’est quoi un fanatique ?

Contrairement à ce que les gens pensent, un fanatique c’est quelqu’un qui est tout simplement intéressé par ce que tu fais. Bien sûr que tu n’es pas le seul à le faire, mais lui il apprécie particulièrement ta manière d’accomplir ce que vous êtes pourtant très-très nombreux à réaliser…

Donc, un fanatique n’est pas un fou ! Parce que comme je vois souvent dans certains films, on essaie parfois de te montrer que les fanatiques sont des personnes déraisonnables, exaspérantes et exagératrices ! On te (dé)montre aussi comment certains sont démesurés dans leur affection et dans leur passion. Et pourtant un fanatique c’est simplement quelqu’un qui est débordé de bonnes intentions pour ses idoles…

 

On est toujours le fanatique de quelqu’un

Même si certaines personnes sont tellement orgueilleuses qu’elles ont parfois du mal à dire admettre que « Je suis un fan de Vision 4 », on est toujours le fan de quelqu’un et quelquefois même de quelque chose…

Moi par exemple, je suis un fan des artistes qui ont de l’inspiration. Je suis un fan des sportifs qui sont performants. Je suis un fan des hommes d’affaires qui réussissent honnêtement dans la vie, parce que je sais qu’on ne réussit jamais honnêtement dans la vie si on n’a pas consacré beaucoup de travail derrière !

Je suis un fan des Camerounais qui sont fanatiques et qui assument pleinement leur fanatisme. Parce que chez nous ici au Cameroun, les gens ne vont jamais te dire t’avouer que tu as fait quelque chose qui puisse les séduire. Les gens ne vont jamais te demander un autographe en public ou alors venir pour te féliciter. Les gens vont seulement attendre le jour de ta mort pour venir crier sur ton Facebook que « Çaaaaaaah ! Le gars de Pierre La Paix Ndamè-là était fort !!! »

 

Chantal Biya avec des enfants
Chantal Biya, Première Dame du Cameroun, est très proche du bas-peuple. /Image reproduite avec l’expresse autorisation de son auteur

 

Ce sont les fanatiques qui créent les idoles

Si vous étiez avec moi à la station Total de Logbaba ce jour-là, vous alliez voir comment est-ce que j’étais perturbé. Parce que quand le gars-là m’a dit que « J’adore ce que tu fais ! », tous les gens qui étaient dans la boutique m’ont seulement regardé en se demandant que « Mon frère, c’est lui Samuel Eto’o Fils ? »

Et pourtant même Samuel Eto’o est Samuel Eto’o parce qu’il a des millions de fanatiques. Même Paul Biya est Paul Biya parce qu’il a probablement quelques électeurs. Même quand toi-même tu vas faire ta chose et que les gens vont commencer à répéter ça comme on avait répété « Coller la petite » de mon ami Franko Kinguè, c’est justement cette répétition-là qui va faire en sorte que les autres personnes vont te considérer comme une vedette.

 

Les idoles ne sont pas supérieures à leurs fanatiques

Tout ça pour dire quoi ? Pour dire que quand tu es une idole comme les X-Maleya, ça ne veut pas dire que vous êtes supérieurs aux Camerounaises qui vous idolâtrent hein ! Vous me suivez ? Car ce n’est pas parce que moi j’adore les chansons de Richard Bona que vous allez penser que Richard Bona est au-dessus de moi. Nôôô ! Bien sûr qu’il me dépasse avec son argent et avec son jeu de guitare, mais la « supériorité » de Richard Bona –sur moi– est strictement circonscrite au cadre de la musique professionnelle !

Bref, j’étais en train de vous expliquer que quelqu’un peut te dépasser avec son compte bancaire mais toi tu le surpasses dans un autre domaine plusieurs autres domaines. J’étais en train de vous montrer que même si quelqu’un s’appelle Roger Milla ou encore Cabral Libii avec leurs onze millions de fanatiques, il y a des centaines de domaines où ces deux-là n’atteignent même pas votre demi-carreau à la cheville !

Et quand je vous parle comme ça, je m’adresse surtout à ces starlettes qui n’ont même encore rien prouvé ici dehors, mais qui veulent déjà que la Terre entière les considère comme des méga-giga-téra-ultra-stars…

 

Pierre La Paix Ndamè et Thomas Ngijol
Pierre La Paix Ndamè (à gauche) en compagnie de son idole Thomas Ngijol (au milieu). /Image libre de droits

 

Comment faut-il se comporter avec un fanatique camerounais ?

Donc comme j’ai expliqué, je ne suis pas encore une vedette. Mais quand j’entre dans certains milieux publics, il y a parfois quelques individus qui viennent vers moi et qui me déclarent que « Ecclésiaste Deudjui ? C’est juste pour vous dire que j’adore vraiment ce que vous écrivez ! »

 

Comment se comporter avec un fanatique ? La première chose, c’est de toujours lui répondre « Merci beaucoup ! »

Comment se comporter avec un fan qui vous écrit en privé et qui vous encourage tout le temps ? Eh bien c’est simple, moi je finis toujours par rencontrer mes meilleurs lectrices lecteurs.

Comment se comporter avec un fanatique qui est devenu un écrivain ou alors un blogueur parce que tu l’aurais soi-disant « inspiré » à distance, sinon en devenant toi-même son propre fanatique ?

 

Parce que comme le disait mon idole Oscar Wilde, « La seule excuse d’avoir fait une chose inutile c’est de l’admirer intensément ». La seule excuse d’avoir créé les Camerounaiseries c’est lorsque les gens les trouveront intéressantes. La seule possibilité de demeurer vivant après le jour de ta mort, c’est de faire quelque chose dont les gens se souviendront et qui leur rappellera quelquefois ton héritage.

Et c’est pour ça qu’il fallait vous expliquer comment vous devez vous comporter avec vos fanatiques.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je suis fanatique

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Au Cameroun, on a forcément un ami qui boit la bière…

J’ai déjà remarqué que quand je tombe sur un ami que je n’avais pas rencontré depuis quelques temps, il va forcément me dire que « Ecclésiaste ! Tu ne viens pas prendre une bière ? » Et ensuite je vais partager un verre avec lui pour lui faire plaisir, parce que c’est parfois un ami de bières.

Et d’ailleurs on a forcément des amis qui ont de nombreux vices ici au Cameroun…

 

bières sur la table
Les Camerounais sont de très grands consommateurs d’alcools. Crédit photo: Thierry Didier Kuicheu /image reproduite avec l’expresse autorisation de l’auteur

 

On a toujours un ami qui fume la cigarette

Qui parmi vous va me mentir qu’il n’a jamais gouté à une cigarette ? Hein ? Même un mégot ? Parce que quand moi j’étais petit à Nkongsamba par exemple, on déchirait les pages de notre cahier et on enroulait ça comme un bâton de cigarette. Puis on allumait notre feu dessus, et ensuite on fumait-nous tranquillement notre « cigare »…

Le premier camarade que j’ai eu dans ma vie et qui consommait déjà bien la nicotine, c’était ma mère ! Elle m’envoyait acheter ses paquets de Marlboro quand je venais d’avoir mes cinq ans, et je revenais aussi avec les L&B bleu de mon paternel !

Bref, je suis né dans la cigarette. J’ai aussi plein d’amis qui sont des afficionados de la chicha. J’ai aussi déjà senti l’odeur de la cocaïne à cause d’une fille que je baratinais quand j’habitais à Déido. J’avais ouvert son sac à main pour voir si elle avait acheté mes friandises, mais j’étais plutôt tombé sur le chanvre !

Elle m’a raconté par la suite qu’elle avait commencé à se droguer à cause du père de son enfant…

 

On a parfois un ami qui cherche les bordels

Parfois c’est même plus ! Parce que quand tu as déjà soûlé ta bière avec tes complices, c’est là que tu découvres leurs vrais-vrais goûts. C’est là que tu constates qu’il y en a qui flirtent encore avec les filles du Cours Moyen 2. C’est là que certains commencent à te dire que « J’ai une bordelle qui va venir mais pardon ne la dérangez pas hein ! » Malchance !! Tu nous dis ça maintenant pourquoi ? Tu ne pouvais pas la faire venir depuis le début ?

Et le pire c’est qu’on a même des amis qui draguent les vrais-vrais bordelles hein ! Je parle des wakas. C’est-à-dire une fille qui est placée devant un vieux poteau de la Sonel Eneo, et que quand tu dis « Psitt ! » elle te répond « On part ! » Le pire c’est que parfois on embarque ces belles-de-nuit en boîte de nuit alors qu’elles ne sont même pas belles de jour hein, et on négocie le tarif avec elles quand on est déjà dans le taxi.

Ça vous étonne ? Eh beh ça ne devrait pas puisque vous avez déjà forcément fait pareil !

 

C3T cameroun
La Coalition camerounaise contre le tabac lutte tant bien que mal contre la cigarette au Cameroun. Source: www.c3tcameroun.org

 

On a aussi des amis qui sont des voleurs

Même dans notre propre famille ! Parce que moi par exemple, j’ai des cousins que quand ils veulent s’approcher de ma devanture, je barricade toutes mes portes avec la clé ! Sérieux ! Parce qu’on a parfois des amis qui sont des cleptomanes, des chapardeurs et des pickpockets, et généralement ils complètent cette filouterie avec la mythomanie.

Mais ça ne veut pas dire qu’on les déteste hein, au contraire ! On les apprécie bien. On est même toujours parfois content de les revoir. Mais le truc c’est que si un objet disparaît (ou bien l’argent) pendant une réunion familiale ou alors pendant un enterrement, on ne réfléchit même pas : on sait déjà que c’est forcément l’enfant de tel !

 

On a naturellement des camarades de bières

Donc en dehors de mes amis qui me demandent si je ne « viens pas prendre une bière », j’ai aussi beaucoup d’amis qui m’appellent seulement lorsqu’ils veulent déjà avaler les alcools : « Tu es où ? », « Tu fais quoi ? », « Tu peux me retrouver avec Pierre La Paix devant le bar qui est en face de la boulangerie Coaf ? »

Et ce qui me gêne dans tout ça, c’est parce que la bière finit souvent par devenir votre seul point commun. Vous n’avez même plus rien à vous dire ! Vous n’êtes plus capables de vous entraider dans la vraie vie. Vous passez seulement votre temps à vous saouler la gueule, et vous vous méprenez en pensant que vous êtes de bons amis.

Alors que vous êtes tout simplement des alcooliques qui se sont retrouvés…

 

prostituée au bord de la route
On a forcément une amie qui est une prostituée. Source: malinet.net

 

Au Cameroun, on a forcément des amis qui sont malhonnêtes…

Donc comme je vous racontais, mon père et ma mère ont été des inconditionnels de la cigarette ! Ma mère buvait la Beaufort ordinaire et mon père consommait encore les bonnes bouteilles de Whisky Black.

Vous voyez ? On a forcément aussi des parents qui ont eu de nombreux vices ici au Cameroun…

 

On a forcément un ami qui est devenu un bandit ! De près ou de loin, dans la famille ou alors à l’extérieur. Et même si on ne sait pas qu’il est un braqueur, parfois on se balade main dans la main avec ce cambrioleur.

On a forcément un parent qui est déjà corrompu ! Ça peut être un proviseur, un Directeur, un ministre ou alors le Président de la République lui-même. On sait qu’il vole mais on veut qu’il soit réélu jusqu’en 2025 !

On a forcément une cousine qui a déjà avorté au moins trois fois dans sa courte vie ! Et même si ce n’est pas ta sœur, ça peut être ta petite amie. Et même si ce n’est pas ta petite amie ça peut aussi être ta propre fille…

 

Parce que dans un pays où l’improbité va inéluctablement se substituer à la chasteté, on connaît forcément autour de nous des Camerounais qui pratiquent de mauvaises choses. On connaît tous les Camerounais qui sont incompétents et médiocres. On connaît les dirigeants camerounais qui soutiennent Boko Haram et la crise anglophone. On connaît les panthères Camerounaises avec leur vénalité et leur froideur sentimentale. On a même déjà identifié tous les maux qui existent dans notre pays-ci, mais personne ne veut absolument les résoudre.

Parce qu’on a surtout des amis qui ne veulent pas forcément le bien de notre Cameroun.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je ne suis plus un ami de bières

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Réunion des blogueurs du Cameroun, acte 2

Depuis le mois d’août 2017 que l’Association des Blogueurs du Cameroun existe, beaucoup de choses ont été faites. Et c’est de ça qu’on a parlé lors de la deuxième réunion trimestrielle qui s’est tenue ce samedi 10 mars 2018 à Yaoundé…

 

les blogueurs à la réunion de l'ABC
L’assistance était très studieuse pendant les travaux. Crédit photo: Ecclésiaste Deudjui

 

Les préparatifs

Pour dire vrai hein, cette réunion était initialement prévue pour le samedi 17 février 2018 à Buea, dans le Sud-Ouest du pays. Mais quand on a vu comme la sécurité s’était dégradée dans la partie anglophone du pays (le sous-préfet de Batibo avait été kidnappé puis assassiné), le bureau exécutif a un peu paniqué. Car il était hors de question de risquer l’intégrité physique la vie des blogueurs camerounais, et c’est pour cela que cette réunion a été reportée au 10 mars et qu’elle a été également déplacée dans la ville de Yaoundé.

Ensuite, nous avons mis sur pied un formulaire web qu’il fallait renseigner pour confirmer sa participation à cet événement. Nous avons organisé de nombreuses réunions en ligne avec Pierre La Paix Ndamè. Nous avons choisi le hashtag qui était #ABC2. Nous avons finalisé les horaires, l’ordre du jour et le lieu exact de cette assemblée, puis nous les avons communiqués aux membres de l’association qui se sont montrés très réceptifs malgré quelques rares clashs que nous avons pu observer sur notre groupe WhatsApp principal

 

Ecclésiaste Deudjui et Fabrice Nouanga déjeunent
J’ai beaucoup discuté avec Fabrice Nouanga pendant la pause-café. Crédit photo: Etienne Talla

 

Le déroulement de la réunion

J’ai particulièrement apprécié la brillante intervention de l’entrepreneur Alain Youdjeu, alias Atome, qui nous a parlé de revalorisation de la perception du blogueur et de la renégociation de nos partenariats avec les entreprises. Mais avant ça il y avait eu la présentation officielle du nouveau site web de l’association (www.bloggers.cm) par ses concepteurs, à savoir Emmanuelle Ngamva, Samuel Iyabi et Henri Lotin (lui il n’a travaillé que deux heures !). Il y a eu la présentation officielle du document de légalisation de l’ABC, obtenu il y a une dizaine de jours. Et il y a eu quelques discussions sur le marketing chaud et sur le marketing froid. Il y a aussi eu de longs débats (interminables !) au sujet de la codification de nos futurs badges. Il y a eu quelques propositions sur notre participation aux grands chantiers qui attendent déjà le Cameroun, notamment le présidentielle de 2018 et la Coupe d’Afrique de 2019. Il y a eu les mangements bien entendu. Il y a eu Junior Haussin qui nous a offert « ses plus beaux poèmes sur l’actualité » gratuitement, et il m’a même dédicacé le mien.

Il y a eu un physiothérapeute qui a pris la parole et jusqu’à présent je ne sais toujours pas comment la physiothérapie a bien pu le conduire jusqu’au blogging…

 

Emmanuelle Ngamva présente le nouveau site web de l'ABC
Emmanuelle Ngamva (micro) et Henri Lotin (derrière) ont dévoilé le nouveau site web. Crédit photo: Ecclésiaste Deudjui

 

L’intervention de l’ONU

Je suis un peu obligé de parler des Nations-Unies parce que sans elles les choses auraient été certainement moins intéressantes. Ou moins prestigieuses en tous cas. Car c’est grâce à cet organisme que nous avons pu avoir la grande salle « Garoua » du Djeuga Palace, que nous avons pu avoir une pause-café et ensuite une pause-déjeuner, que nous avons bénéficié d’un grand écran mais également aussi de deux micros et d’un vidéoprojecteur, sans parler du type en rastas qui nous surveillait à tout moment et qui nous fournissait les rallonges, les fils, les chargeurs, les mots de passe Wi-Fi, etc.

Mais l’ONU n’était pas là pour nos beaux yeux puisque ses deux représentantes nous ont fait un bref débriefing sur les ODD, avant de nous demander d’en parler dans nos blogs. Et je rappelle que les ODD sont les 17 « objectifs de développement » que s’est fixé le « Système des Nations-Unies » (c’est comme ça qu’on dit) pour permettre aux pays pauvres d’arriver à leur développement économique et social d’ici à l’horizon 2030

 

Les blogueurs camerounais avec les pancartes des ODD de l'ONU
Les blogueurs camerounais vont se mobiliser pour les objectifs de développement. Crédit photo: Minette Lontsie

 

L’after

Que dire ? Sinon que dès que j’ai fini mon repas vers les 17h30, je suis allé « kidnapper » Fotso Fonkam et Fabrice Nouanga ; puis nous sommes allés retrouver Dania Ebonguè qui nous avait promis quelques liqueurs du côté de Tsinga.

Ensuite j’ai fait venir une jolie fille qui habitait Bastos (enfin, c’est ce qu’elle m’a dit). Puis il y a aussi un ancien camarade de classe qui s’appelle Dimitri  et qui est venu me retrouver en compagnie de son épouse. Et comme Dania invitait aussi des amis qui invitaient aussi d’autres amis sur notre même table, on s’est rapidement retrouvés à l’étroit et nous avons été obligés de filer à l’anglaise dans une boîte de nuit que je ne connaissais même pas ; et je me suis réveillé le dimanche matin avec de violents maux de tête mais également aussi avec une sacrée gueule de bois…

 

Ecclésiaste Deudjui, Dimitri Ngnoteu et Fabrice Nouanga
L’after a commencé à Tsinga et s’est terminé à La Sanza. Crédit photo: un inconnu qu’on a rencontré sur place

 

Réunion de l’Association des Blogueurs du Cameroun, acte 2

Donc depuis le 12 août 2017 que l’Assemblée Générale de l’ABC avait eu lieu, il y a eu énormément de choses qui ont été accomplies. Et c’est de ça que nous avons parlé lors de cette deuxième réunion trimestrielle qui s’est tenue ce samedi 10 mars 2018 à Yaoundé…

Réunion des financiers du Cameroun, acte 2. Je dis ça parce qu’on a beaucoup parlé d’argent avec la trésorière Mireille-Flore Chandeup. On a parlé des inscriptions des membres et de leurs cotisations par transferts d’argent téléphonique.

Réunion des experts du Cameroun, acte 2. Puisque non seulement on avait des physiothérapeutes dans la salle, mais en plus il y avait des experts en marketing, des environnementalistes, des développeurs-designers et également des statisticiens.

Réunion des influenceurs du Cameroun, acte 2. Car, qu’on le veuille ou non, les blogueurs de maintenant seront les influenceurs de demain grâce à la nouvelle technologie.

 

Et c’est pour cela que depuis que l’Association des Blogueurs du Cameroun existe (et surtout depuis qu’elle vient d’être légalisée), il y aura encore beaucoup de grandes choses qui vont être réalisées. Mais je ne peux pas encore en parler puisque l’acte 3 est prévu dans la ville de Douala au mois de juin de cette année 2018…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, #ABC2

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Bienvenue dans le Cameroun parallèle

La première fois que je suis allé chez un dentiste, c’était derrière les marécages ! Le type m’a fait asseoir sur une vieille branche qui était déjà rongée par la moisissure, puis il a enfoncé ses deux tournevis rouillés à l’intérieur de mes gencives supérieures… Tsuip !

Et ensuite il m’a promis que j’allais bientôt obtenir la guérison parallèle.

 

rue détériorées au Cameroun
Il n’y a pas de routes dans les sous-quartiers. Crédit: Ecclésiaste Deudjui

 

Il y a la santé parallèle

Puisque j’ai commencé par mes gencives, disons que c’était la première fois que j’avais décidé d’aller consulter un chirurgien. Mais avant de prendre cette décision, j’avais déjà pris les analgésiques calmants pour mes dents-là jusqu’ààààààà… Jusqu’à Pierre La Paix m’avait (pré)dit que ma carie allait finir par se guérir toute seule !

Bref, au Cameroun il y a aussi la médecine parallèle. Il y a la thérapeutique parallèle. Il y a également la santé parallèle, et ça commence souvent par le bouche-à-oreilles pour se terminer avec quelques superstitions…

Il y a l’automédication et la pharmacologie parallèles. Parce que quand quelqu’un n’a pas d’argent pour aller se faire ausculter normalement, il préfère plutôt ramasser ses faux médicaments chez le docta de son sous-quartier (ça coûte moins cher que votre pharmacie). Il préfère lui-même visualiser l’échographie de sa titulaire. Il préfère confier les éventuels avortements de sa copine à son meilleur marabout. Il préfère aller derrière les marécages lorsqu’il aura envie de rencontrer un chirurgien-dentiste…

 

Il y a la mode parallèle

Vous pensez que les jolies filles camerounaises s’habillent avec quoi ? Hein ? Vous pensez que c’est tout le monde qui connaît Gucci, Zara, Yves Saint-Laurent et que sais-je encore ?

Non-non, nous aussi nous avons notre mode en parallèle. Car dès que la nuit tombe, il y a des jeunes gars qui vont venir vendre les habits des filles, et il y a des jeunes filles qui vont venir vendre les habits des garçons (je n’ai jamais compris cette histoire). Et lorsque tu vas t’asseoir dans n’importe quel bar, il y aura des commerçants ambulants qui vont venir te proposer des vêtements et des accessoires pour tes enfants jusqu’ààààààà…

Bref, tu peux obtenir un parfum de très-très mauvaise qualité si tu veux. On vend ça partout ! Car on sait que beaucoup de Camerounais sont des pauvrards. On vend même déjà les fausses montres. On vend les mèches en plastique qui sont comme des écailles, et on étale les ballerines des filles sur la chaussée parce que c’est là-bas que la plupart des araignées viendront pour se ravitailler…

 

les livres étalés au sol
Il y a également la culture parallèle puisque nous achetons nos bouquins dans la rue. Crédit photo: Ecclésiaste Deudjui

 

Il y a le divertissement parallèle

Dans la même veine de pauvreté et d’indigence, il y a également le divertissement parallèle au Cameroun. Sans compter que même si tu as ton argent, où est-ce que tu vas aller te divertir puisque nous n’avons même plus vraiment des espaces de détente ici chez nous ?

Donc, on fait comme on peut. On tue le temps en jouant aux cartes, au Ludo, au damier, au Scrabble. On parie sur des chevaux qui courent à Vincennes alors qu’on ne les a jamais vus. On parie aussi déjà beaucoup sur le football. On s’assoit dans les petits bars la plupart du temps, parce que c’est là-bas que tu peux t’assoir sans que personne ne vienne te déranger. Et que tu peux aussi donner ton avis sur la politique et les remaniements-surprises de Paul Biya. On n’a pas assez d’argent pour se payer des vacances hein, alors on se contente de rester à la maison pour regarder notre téléviseur.

Quand il y en a un, évidemment.

 

Il y a le travail parallèle

Le travail parallèle, ce sont tous ces travaux que certains Camerounais effectuent ici dehors, et qui ne sont pas vraiment de l’emploi à vrai dire… Il y a les prostituées, les proxénètes, les braqueurs et les arnaqueurs, etc… Mais il y a également ces gens qui se croient légitimement des travailleurs, mais qui ne sont pas couverts par la sécurité sociale (il y en a une ?). Il y a ces contractuels qui ont des emplois temporaires, donc précaires. Il y a les nombreux comédiens et musiciens qui prestent dans les cabarets, lorsqu’ils ont la chance qu’on les y invite. Il y a tous ces Camerounais qui ont tous les plus grands diplômes du monde, mais qui ne font pas jamais ce pour quoi ils ont été formés. Il y a cette multitude de chômeurs, de gigolos, de bendskineurs et évidemment de call-boxeuses. Il y a ces nombreux débrouillards qui sont devenus des « attaquants » pour se défendre, et il y en a d’autres qui sont devenus des sauveteurs afin d’essayer de se sauver ici au Cameroun…

 

un call-box
Plusieurs Camerounais survivent grâce aux et aux petits commerces. Crédit photo: Florian Ngimbis

 

Bienvenue dans le Cameroun perpendiculaire

Donc après avoir reçu les deux tournevis rouillés à l’intérieur de mes gencives, j’avais constaté que ma mâchoire avait gonflé jusqu’ààààààà… Jusqu’à il a fallu l’intervention d’un vrai dentiste pour que je retrouve la sensibilité de mes mandibules…

 

Bienvenue sur la nourriture parallèle ! Car quand nous on n’a pas d’argent ici chez nous, on mange dans les tourne-dos et on mange aussi le vrac qu’on vend partout-partout là-bas en route.

Bienvenue dans l’économie parallèle ! Qu’est-ce que je raconte ? Ça s’appelle la corruption !

Bienvenue dans l’éducation parallèle ici au Cameroun, puisque certains enfants fréquentent dans des écoles pourries alors que la scolarité est officiellement « gratuite » dans notre législation.

 

Et c’est comme ça que petit-à-petit, il y a une autre société qui s’est formée en parallèle au Cameroun. Il y a donc le logement parallèle. Il y a le transport parallèle. Il y a le sport parallèle. Il y a la sécurité parallèle. Il y a le mariage (collectif) parallèle. Il y a même la mal-gouvernance parallèle, puisque les gens qui nous dirigent ne veulent même pas que les gens qui sont pauvres comme nous réussissent finalement à pouvoir leur ressembler un jour…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je vis dans le Cameroun parallèle

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Cameroun, février 2008

Cela fait exactement dix ans. Notre pays a failli basculer dans la guerre civile et dans le chaos. Tout s’est passé en quelques jours, à la fin de ce funeste mois de février 2008…

 

rapport des Nations-Unies sur les émeutes de février 2008 au Cameroun
Le rapport des Nations-Unies sur les événements de février 2008 n’a pas épargné l’Etat du Cameroun. Source: calameoassets.com /CC-BY

 

Tout est parti de la grève

Tout est parti de la grève des automobilistes. Puisque comme on venait d’augmenter le prix du carburant, les syndicalistes des transporteurs avaient menacé d’exécuter une grève sur toute l’étendue de notre territoire national. Mais sauf que ça devait aller au-delà de la grève, des camarades qui m’avaient prévenu que « Gars, ce lundi ce sera chaud ! »

Et c’est comme cela que les rumeurs sont allées bon train, certains nous prédisant même le chaos total et la guerre civile dans notre pays. Certains nous informant que la grève des automobilistes allait certainement être récupérée par des nationalistes, et que des opposants allaient passer par là pour demander à Paul Biya de se retirer définitivement de la présidence de notre Cameroun…

 

Ensuite il y avait eu les villes mortes

La grève des automobilistes débuta le lundi 25 février 2008 à 6h zéro-zéro. Et comme une traînée de poudre, c’est toute la République qui se paralysa au même moment, sans aucun mot d’ordre ! Les bendskineurs et les taximen et les camionneurs avaient grevé parce que le prix du carburant était devenu très élevé, mais les Camerounais avaient « acheté » le vrai problème : coût élevé de la vie. Corruption. Népotisme. Longévité au pouvoir. Abandon de la jeunesse. Etc, etc.

Et c’est comme ça que dès ce fameux lundi, à 15 heures, tout le pays était déjà sclérosé ! Il n’y avait plus aucun commerce ouvert ! Il y avait des jeunes aux carrefours qui se mesuraient avec les forces de l’ordre et leurs camions blindés ainsi que leur gaz lacrymogène, et qui leur balançaient des morceaux de cailloux. Il y avait des vandales qui pillaient dans les boulangeries et dans les supérettes. Il y avait des hélicoptères qui circulaient au-dessus de nos têtes avec des mitrailleuses, et il y avait des activistes, qui ont été a mis au cachot parce qu’on les avait considérés comme les leaders de cette gigantesque sédition improvisée…

 

le combattant Mboua Massock
Le combattant nationaliste Mboua Massock a été incarcéré comme étant l’un des meneurs des manifestations de février 2008. /CC0

 

Puis il y a eu le bataillon d’intervention rapide (BIR)…

Le lundi et le mardi, c’était ambiance villes mortes. Les occidentaux ont appelé ça « les émeutes de la faim » alors qu’en réalité il s’agissait des émeutes pour la fin de la dictature. Mais le mercredi 27 février 2008, il y a eu le bataillon d’intervention rapide (BIR) !

La majorité des Camerounais ne connaissait pas ce corps d’élite. Mais quand Paul Biya les a fait installer à tous les carrefours de Yaoundé et de Douala pour venir remplacer les militaires et les gendarmes, nous avons pris peur ! Car les gars du BIR étaient des soldats rapides comme l’éclair. Ils étaient noirs comme le charbon. Ils étaient vraiment nerveux. Ils étaient armés jusqu’aux dents. Et surtout, surtout, ils tiraient sur nous avec des balles réelles…

Puis les Gouverneurs ont instauré le couvre-feu dans leurs régions de commandement respectives, et c’est comme ça qu’on s’est mis à entendre des coups de feu  la nuit, dès 22 heures et  jusqu’à 6h du matin. Certaines personnes en ont alors profité pour effectuer leurs règlements de compte avec des assassinats. Puis, il y a eu des manifestants et des adolescents ont disparu de leur domicile en pleine nuit. Jusqu’aujourd’hui on n’a toujours pas réussi à les retrouver alors que dix années ont passé ! Nous sommes déjà fin février 2018 !

 

…Et il y a eu le discours de Paul Biya

Si le Cameroun était un pays normal, on aurait eu un chef de l’Etat qui aurait cherché à cajoler sa population avec des mots doux dès le premier jour, ou au moins qui nous aurait caressés dans le sens du poil, comme le Général de Gaulle qui avait dit aux Français « Je vous ai compris ».

Mais le Cameroun n’est pas un pays normal : non seulement Paul Biya n’a pas pris la parole pendant les trois premiers jours des émeutes, mais en plus il ne nous a même pas cajolés lorsqu’il a prononcé son discours le jeudi soir. Il a plutôt parlé des « apprentis-sorciers » qui seraient tapis dans l’ombre et qui auraient manipulé la jeunesse afin d’obtenir ce vaste mouvement d’humeur généralisé. Il a terminé en disant que l’État resterait ferme face à toutes nos protestations.

« Force reviendra à la Loi », voilà même les mots qu’il avait prononcés exactement.

 

la mère du jeune Junior Mbeng qui pleure son fils disparu pendant les émeutes de février 2008
Cette maman a perdu son fils unique le 26 février 2008 à Bonabéri, alors qu’il venait d’avoir 18 ans. Source_ matango.mondoblog.or /image reproduite avec l’expresse autorisation de l’auteur

 

Retour sur les émeutes de février 2008

Cela fait donc exactement dix ans que le Cameroun a failli basculer dans la guerre civile et dans la guérilla. Tout s’est passé entre le lundi 25 février et le vendredi 29 février de l’année 2008…

En février 2008, les Camerounais manifestaient se plaignaient parce que Paul Biya prévoyait de modifier la Constitution (l’article 6.2) pour pouvoir se re-présenter à la présidentielle de 2011, et même à celle de 2018, comme c’est le cas d’ailleurs pour le mois d’octobre prochain. Et il l’a modifiée.

Durant les émeutes de février 2008, les Camerounais se sont levés comme une seule personne pour manifester leur ras-le-bol contre ce régime qui nous a détruits, qui nous asservit, qui nous appauvrit et qui nous assassine.

Pendant les émeutes de février 2008 ici au Cameroun, il y a quand même eu de bonnes personnes qui nous ont ramené la paix (pas Ndamè hein) comme l’excellentissime journaliste qui s’appelle Thierry Ngogang !

Durant ces quelques jours, on n’avait même plus vraiment besoin de se ravitailler. On montait dans les rues et on déversait notre colère pour que le monde entier entende enfin notre souffrance, et on espérait que les choses allaient enfin pouvoir s’améliorer ici au Cameroun. Mais voilà que nous sommes en 2018 et que les torpilleurs de notre Nation ne sont même pas encore vraiment prêts à vouloir s’arrêter…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, hommage aux victimes de février 2008

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Les Camerounais ont des abréviations qui ne veulent rien dire

Je ne sais pas si c’est la vieillesse qui me prend hein, mais quand je discute avec un adolescent on dirait que je suis déjà complètement largué ! Non seulement je ne comprends rien du tout à leur nouvel argot, mais en plus je suis totalement déconnecté avec leurs nombreuses abréviations.

Et je me console en me disant que ça ne veut strictement rien dire…

 

fautes d'orthographe par SMS
Les smartphones ont réduit l’accent sur l’orthographe. /CC0

 

RIP

Voici l’abréviation qui m’énerve le plus lorsque je discute sur Internet avec un adolescent camerounais. Puisque dès que tu leur dis que ton arrière-grand-père vient de mourir, ils vont directement te balancer « Rip ! » Dès que tu te connectes sur le Facebook de quelqu’un qui venait d’annoncer la disparition de son premier enfant, tu vas voir les « Rip » sur son mur jusqu’ààààààà… Jusqu’à tu vas penser que ces gens-là ont appuyé sur le bouton Rip-play.

Ce qui m’énerve encore plus, c’est que ça ne concerne même plus seulement les réseaux sociaux. Puisque j’ai déjà vu un type qui venait de divorcer d’avec son épouse, et qui lui disait « Rip ». J’ai aussi vu un employé qui venait de dire « Rip » à son ancienne entreprise. Bref, c’est son entreprise qui lui disait « Rip » puisque c’est son patron qui venait surtout de le renvoyer…

 

LOL

« Lol » c’est surtout quand tu n’as rien de bon à dire. Enfin, je crois. Puisque quand je discute avec l’un de mes neveux qui vit à Yaoundé, il me répond toujours « Lol ». Même lorsque je lui demande ce qu’il a mangé à midi ou bien s’il a regardé le match du PSG, il va toujours me répondre « Lol » quelle que soit la question que je venais de lui poser… Tsuip !

En fait hein, j’ai fini par comprendre que c’est une abréviation de débarras. Puisque si tu veux vraiment causer avec ta lolita, est-ce que tu vas te contenter de ses « Lol » ? Hein ? Est-ce que tu vas prendre le risque de planter votre conversation en plein milieu d’un no man’s lol, alors que tu peux bien lui répondre avec d’autres expressions qui sont, comment dire ça… plus significatives ? Hein ?

 

Dessin d'un homme qui veut déchriffrer les abréviations sur SMS
Les SMS des Camerounais sont truffés d’abréviations. Dessin: Glez Source: montraykreyol.org /CC-BY

 

MDR

Ceci, ça m’amuse un peu. Pas parce que c’est drôle hein, mais parce généralement je lis ceci lorsque je viens de balancer une blague qui me paraît amusante. C’est alors là que tu vas voir les gens te répondre avec des « Mdr », des smileys, des émoticônes, des images de rigolade, et cætera.

Bref, « Mdr » me fait beaucoup rire. Les Camerounais ont même transformé ça en « ddl » (die de lap) et les Togolais en « Mkl » (allez leur demander ce que ça veut dire). Mais ce qui me fait vraiment penser que je suis déjà en train de sérieusement vieillir, c’est quand on m’envoie des dérivatifs du genre « Ptdr » ou encore « Xptdr ». Mince alors ! Pourquoi l’académie des abréviateurs ne pense pas à nous établir un véritable dictionnaire universel, afin que les gens attardés comme moi ne soient plus complètement largués ? Hein ? Parce que sinon ça va finir dans un jargon que même les enfants qui sont nés pendant les émeutes de février 2008 ne vont plus réussir à maîtriser…

 

TFKW

Je viens de découvrir celui-ci. Et la première fois, j’ai tout de suite pensé que ça me rapporterait au moins 77 points si je réussissais à le placer dans un « Mot compte triple » sur un plateau de Scrabble. Mais bon, c’était juste un SMS. Une étudiante de la Faculté que je venais de baratiner. Elle avait pourtant promis qu’elle devait passer chez moi le lendemain pour qu’on fasse les bonnes choses, mais malheureusement elle a annulé.

« Tfkw », ça veut dire « Tu fais quoi ? » Mais plus encore, ça signifie « On dit quoi alors ? Tu fais quoi actuellement ? Est-ce je peux venir chez toi maintenant et on accomplit nos bonnes choses comme je t’avais promis hier ? » Mais quand ça tombe dans le parpaing d’un gars archaïque qui est déconnecté comme s’il était né avant la révolution industrielle et le charbon à vapeur, il va penser que la fille de la Fac s’était assise sur le clavier de son téléphone portable en voulant faire la cuisine. Il va penser au Scrabble. Il va même penser aux mots-fléchés hein, et c’est comme ça qu’il va passer à côté d’une occasion en or qu’il ne pourra plus jamais rattraper avec ce genre de midinette estudiantine hyper affriolante…

 

MDR, XPTDR, LOL
MDR, XPTDR et LOL sont très utilisés sur les réseaux sociaux. Source: Fotolia /CC0

 

Les Camerounaises et les Camerounais ont des abréviations qui ne veulent rien dire

Donc à chaque fois que je discute avec mon petit neveu qui habite à Yaoundé, il me répond toujours « Big lol ». Même lorsque je lui demande si son père va bien et si lui-même a bien composé à l’école, il va toujours me répondre avec des « Lol » et c’est pour cela que pour moi ces abréviations ne veulent plus strictement rien dire…

 

« Rip » ne veut rien dire ! Si tu es vraiment attristé par la disparition d’un individu, il faudra aller assister à sa veillée. Il faudra soutenir sa famille. Il faudra également te rendre à son enterrement.

« Hummm » ne veut rien dire ! Je m’adresse surtout aux filles qui se débarrassent de moi avec cette onomatopée lorsqu’elles ne veulent pas répondre à mes invitations.

« Ufk » ne veut absolument rien dire, parce que moi je préfère « Tu fais quoi ? »

 

Je préfère les phrases qui sont bien faites, bien construites, et avec zéro faute d’orthographe et de grammaire. Je préfère les messages qui sont clairs comme l’eau de roche et sans aucune ambiguïté. Je préfère que si tu n’as rien à me dire, alors que tu ne m’écrives rien. Je préfère que les gens continuent à me traiter de préhistorique et de vieux-jeu, simplement parce que je fais des phrases qui commencent toujours par une majuscule et qui se terminent avec une vraie ponctuation comme dans les superbes poésies proverbiales de mon ami Pierre La Paix Ndamè

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je n’abrège jamais

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Le 11 février n’a jamais été la Fête de la Jeunesse…

Depuis exactement cinquante-deux éditions depuis le dimanche dernier, le régime de Ahidjo et ensuite de Biya nous ont leurrés qu’il existait une Fête nationale de la Jeunesse ici au Cameroun. Et ils ont aussi réussi à nous faire accroire que ça se déroulait le 11 février…

 

défilé du 11 février à Fondjomekwet
Défilé du 11 février dans le petit village de Fondjomekwet, à l’Ouest du cameroun. Crédit: patrimoine-fondjomekwet.com /CC-BY

 

Il n’y a jamais eu de jeunesse au Cameroun

Du moins, je parle de notre époque. Parce que dans l’ancien Cameroun il y avait bien des Présidents de la République qui avaient 36 ans d’âge, des généraux 40, et des chefs d’entreprises qui venaient à peine de célébrer leur 25ème anniversaire…

Mais aujourd’hui il n’y a plus de jeunesse ! Puisque pour nous berner, on nous a dit menti que ça continuait jusqu’à soixante-dix-sept ans ! On te considère encore comme un bambin lorsque tu viens de traverser la quarantaine. On te fait croire que tu ne peux rien diriger si tu n’as pas encore atteint tes cinquante-cinq ans. On te désintéresse de la chose socio-politique. On te déresponsabilise avec les bières, et on te fait finalement penser que « L’avenir du Cameroun, eh beh ça ne concernera que les vieillards ! »

 

Il n’y a jamais eu de Fête de la Jeunesse

La vraie Fête de la Jeunesse, ça ne devait être la fiesta ! Ça devait être une occasion pour discuter avec nos enfants et pour préparer leur avenir dans les lendemains tortueux du Cameroun. Ça ne devait pas être une kermesse. Ça devait être la mise en valeur des quelques rares jeunes Camerounais qui réussissent à s’en sortir dans ce panorama capharnaümesque, et non la mise en exergue de plusieurs folklores universitaires et scolaires.

Puisque depuis ma naissance, on ne m’a jamais présenté une jeunesse qui devait me servir de modèle ou bien d’exemple. On a même détruit celle qui devait nous servir de référentiel comme les Samuel Eto’o ou bien les Charles Ateba Eyené. On a plutôt toujours donné la parole à des gérontocrates. On a toujours organisé des défilés qui font en réalité la propagande des Partis uniques au Pouvoir. On a toujours pensé à faire la java, puisque la Fête de la Jeunesse n’est pas différente ici de nos anniversaires, de nos mariages, de nos baptêmes, de nos enterrements, de nos cérémonies de remise des vœux au chef de l’État, etc.

 

Ahmadou Ahidjo et Paul Biya
Le président Ahidjo (assis, en blanc) en compagnie de son Premier ministre Paul Biya (à sa droite), ont institué puis consolidé la fête de la jeunesse. Source: betatinz.com /CC0

 

Il n’y a jamais eu de bons discours pour la jeunesse

Je parle des discours-fleuves de notre chef de l’État. Je parle des discours de Monsieur Paul Biya qui vient de lire son 36ème « message à l’endroit de notre jeunesse ». Parce que non seulement ses allocutions sont insipides, mais en plus elles sont toujours froides et fades. Les discours de Paul Biya sont prévisibles et on peut même déjà les pré-deviner à l’avance. Ils sont généralement cyniques. Parce que si tu aimes tes enfants comme mon père nous avait aimés quand on était encore tout petits, tu ne vas pas leur demander de se lancer dans le bendskin ni le call-box. Tu ne vas pas leur demander de cultiver la résilience. Tu ne vas pas les envoyer dans l’agriculture sans aucuns moyens. Tu ne vas pas les laisser se pervertir dans les bars et dans les auberges et dans les jeux de hasard. Tu ne vas pas les abandonner dans la débrouillardise et dans le banditisme.

Parce que si Biya aimait vraiment sa jeunesse comme il le prétend devant les caméras, il n’allait plus nous embrouiller avec son émergence de 2035 ni avec ses mêmes-mêmes promesses qu’il nous rabâche depuis le 11 février de 1983. Et il allait aussi commencer à partager son Pouvoir avec notre jeunesse…

 

Il n’y a aucune date historique pour la Fête de la Jeunesse

Le plus dramatique, c’est que les jeunes Camerounais ne connaissent pas leur histoire. Puisque le Cameroun avait obtenu son Indépendance le 1er janvier 1960, et que Monsieur Ahmadou Ahidjo en était devenu le 1er Président à l’âge de 36 ans seulement. Ensuite il y avait eu le référendum dans la partie britannique du Cameroun, le 11 février 1961. Les Anglophones du Nord, musulmans, avaient préféré rejoindre le Nigeria. Mais les Anglophones du Sud (Southern Cameroons) avaient rallié les Francophones dans ce qui deviendra La « République fédérale du Cameroun », le 1er octobre 1961.

En 1967, Ahidjo décida que le 11 février deviendrait désormais la Fête de la Jeunesse ici au Cameroun. Puis le 20 mai 1972, il proclama la « République Unie du Cameroun » et il fit adopter une nouvelle Constitution après un suffrage référendaire. Il céda son Pouvoir le 06 novembre 1982 à son Premier ministre Paul Biya, et il mourut à Dakar (Sénégal) en 1989 alors qu’il n’avait plus jamais remis les pieds au Cameroun depuis le mardi 19 juillet 1983…

 

les leaders nationalistes de l'UPC assassinés
Ces grands leaders nationalistes ont sacrifié leur jeunesse pour le Cameroun. Source: afrikblog.com /illustration reproduite avec l’aimable autorisation de ses concepteurs

 

Le 11 février n’a jamais été la Fête de la Jeunesse au Cameroun…

Donc depuis le samedi 11 février 1967 qui ne représente aucune référence historique pour le Cameroun, le Président Ahidjo nous avait imposé « sa » Fête de la Jeunesse. Puis Biya nous a menti que nous sommes le « fer de lance » de notre Nation. Et ils ont aussi réussi à nous faire accroire qu’il restait 364 jours pour célébrer avec eux la vraie Fête de la Vieillesse…

 

Le 11 février n’est pas la Fête de la Jeunesse, puisque qu’il n’y a pas assez de jeunes à la Présidence, à la Primature, à la Défense, à la Direction générale de nos entreprises étatiques ni à la supervision de notre éducation, de notre sport et de notre culture.

Le 11 février n’a jamais été notre fête, puisque 50% des Camerounais ont moins de vingt ans et pourtant 85% de nos dirigeants ont plus de 77 ans !

Le 11 février ne deviendra jamais une fête pour la jeunesse camerounaise, tant que vous ne réfléchirez pas sur le profil-type de nos futurs Camerounais de demain.

 

Parce que dans l’ancienne époque après la colonisation, il y avait des Présidents de la République qui pouvaient avoir 36 ans d’âge, des députés 35, et des nationalistes qui avaient combattu pour le Cameroun depuis l’âge de 21 ans seulement : Ernest Ouandié, Félix Moumié, Ruben Um Nyobè, Osendé Afana, Gabriel Tabeu, Raphaël Fotsing et plusieurs autres encore.

Et c’est pour ça que si nous voulons vraiment retrouver le contrôle de notre pays, il faudra d’abord que les jeunes camerounais s’inscrivent massivement, mais alors très-très massivement sur les listes électorales comme mon ami Pierre La Paix Ndamè.

Et ensuite nous verrons si ces gens-là seront encore capables de nous subtiliser notre jeunesse.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je ne fête pas le 11 février

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