Ecclésiaste Deudjui

À quoi servent les sportifs au Cameroun ?

J’ai regardé la finale de la coupe du Cameroun l’autre jour. Normalement, cet événement soporifique est censé clôturer la saison sportive dans notre pays. C’est là que tu apprends que notre chef de l’Etat est bel et bien à Yaoundé. C’est là que tu découvres que dans notre championnat de football, il n’y a pas de prolongations. C’est là que tu te rends compte que, en dehors des Lions Indomptables, il y a beaucoup-beaucoup d’autres sportifs dans notre pays-ci ; et que le gouvernement a forcément prévu quelque chose pour les reconvertir…

 

équipe de basketball du championnat national

 

LES BASKETTEURS DEVIENDRONT DES RACKETTEURS

Franchement, je ne vois pas d’autre reconversion. Façon dont nos basketteurs-là évoluent dans l’anonymat, et sur des parquets en plus (pour s’habituer à voir les juges), c’est forcément pour devenir des pickpockets ou bien des gens qui dévalisent dans le noir…

Dites-moi : vous avez déjà vu un joueur de basket camerounais ? Vous pouvez me citer une seule équipe de notre championnat local ? Il y a même un championnat local ?

Quand on organise une coupe d’Afrique de cette discipline, nos Lions « in-dunk-tables » arrivent là-bas au compte-goutte. Et c’est chacun qui paye son billet d’avion, en espérant que la FECABASKET va le rembourser un jour un jour…

 

LES VOLLEYEURS DEVIENDRONT DE BONS VOLEURS

En réalité, ils seront surtout là pour accompagner les basketteurs dans les cambriolages. Pour les couvrir, je veux dire. Parce que s’il y a moindre pépin avec la victime, ils vont lui sortir une gifle que hein… hum… elle va sauf que voir les étoiles.

Parce que nos volleyeurs quand ils smashent le ballon, ils mettent toute leur rage là-dedans. On dirait que c’est à cause de cette balle qu’ils n’ont pas mangé depuis quatorze jours…

 

LES HANDBALLEURS DEVIENDRONT DES EMBALLEURS

D’après le plan de notre gouvernement, voici alors ceux qu’on va reconvertir sans problème. Vous-mêmes vous ne voyez pas qu’il y a de plus en plus de beignetariats dans ce pays-ci ? Et puisqu’on nous a interdit les plastiques (non ?) biodégradables, qui d’autre peut nous aider à emballer nos beignets-haricots correctement ? Mieux que ces gars qui ont le poignet aussi agile ?

 

LES PONGISTES DEVIENDRONT DES PLONGEURS

Nos gars qui jouent au ping-pong-là, c’est surtout pour travailler dans les grands restaurants et les service-traiteurs. À la plonge, bien sûr. On les aime parce qu’ils seront rapides, surtout que les assiettes d’aujourd’hui ont presque la même forme que les anciennes raquettes…

Et puis, s’il y a manque de personnel, n’est-ce pas ils ont aussi passé toute leur vie à servir ?

 

LES JOUEURS DE TENNIS DEVIENDRONT DES VENDEURS DE TENNIS

Le plus important dans le lawn tennis, ce n’est ni la raquette ni le tennis : c’est la tennis ! Vous ne voyez pas les glissades de Rafael Nadal sur terre battue ? Vous croyez qu’il aurait fait ça s’il avait porté une tennis chinoise ?

Et donc je dis que notre gouvernement a bien réfléchi, nos joueurs de tennis vont tester les nouvelles chaussures pendant les compétitions nationales (tu les as déjà vu à Roland Garros ?). Et si ces chaussures-là sont résistantes, ils vont les revendre à la tombée de la nuit dans la plupart de nos carrefours…

 

LES KARATÉKAS DEVIENDRONT DES KATIKAS

Mais c’est logique norr ? Il nous faut des katikas qui vont nous effrayer avec leur ceinture rouge. Sinon comment tu veux que les parieurs-là soient disciplinés ?

Ça encore, c’est une très bonne idée de notre gouvernement. Les judokas, les karatékas, les nanbudokas, les kung-fukas, etc… Si vous n’avez pas de boulot après avoir effectué tous vos katas, eh bien c’est simple, vous deviendrez des katikas !

 

LES NAGEURS DEVIENDRONT DES NOYEURS

Quels nageurs même ? Il y a une piscine olympique dans le territoire-ci ? N’est-ce pas quand nous on veut se baigner, on part sauf que risquer nos vies dans les marigots du village ? N’est-ce pas si tu vas dans une piscine publique, c’est seulement parce que tu veux draguer les filles en bikini ?

Sur ce point précis je pense que notre gouvernement a mal réfléchi ! La seule chose que nos nageurs d’ici peuvent faire, c’est se noyer d’abord eux-mêmes…

 

maigre public devant un match du championnat de football

 

À QUOI SERVENT LES SPORTIFS AU CAMEROUN ?

Et donc je dis comme ça hein, mais à vrai dire je ne suis pas du tout disert… À quoi servent les sportifs au Cameroun ? À amuser la galerie ? À honorer les présidents de clubs ? À enrichir les SG des fédérations ?

Pourquoi est-ce que le sport n’existe pas dans ce pays, que ses stades n’existent pas, que sa politique n’existe pas ?

Est-ce que nos gens-là se demandent même ce que nos sportifs mangent ? Ce qu’ils boivent ? Est-ce que là-bas en haut, on sait même qu’ils n’ont pas de prime d’entraînement, qu’ils n’ont pas de visibilité, mais que malgré tout ils se battent pour continuer à exercer leur (com)passion ?

Pourquoi est-ce que nos cyclistes deviennent des vigiles, que nos sauteurs deviennent des soudeurs, et que nos lanceurs de javelot deviennent, bon gré mal gré, des bendskineurs ? Pourquoi est-ce que les rugbymen deviennent des agresseurs ?

 

Peut-être même qu’il faudrait qu’on revienne aux fondamentaux, je me dis, et qu’on fasse asseoir tous nos administrateurs ; pour leur expliquer ce que c’est que la discipline sportive. Pour leur démontrer que ça participe du rayonnement d’une république. Pour leur expliciter que ça contribue à l’épanouissement de la population. Pour leur faire savoir que le sport, aussi incroyable que cela puisse paraître, est un vecteur inégalable de préservation de la paix sociale, et de consolidation de l’unité nationale.

 

Mais bon, eux ils préfèrent que nos sportifs demeurent ainsi mendiants et misérables, au détriment des rêveries de toute une génération.

Mais ça fait déjà trop longtemps qu’on les a laissés faire…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Les Camerounais promettent le ciel et la lune, mais ils te donnent la terre

Aujourd’hui je suis triste !

Je suis en train de me demander si, par hasard, nous ne sommes pas la génération sacrifiée dont on parle dans les livres d’histoire…

 

On nous avait promis le changement, puis l’émergence, ensuite on a promis de changer notre émergence…

On nous avait promis les « Objectifs du Millénaire », puis la « Santé pour tous en l’an 2000 », mais ça fait déjà 14 ans que nous sommes entrés dans ce fameux millénaire, et depuis lors nous sommes toujours autant malades !

 

Je ne suis pas triste à cause de ces grands manitous. À la limite, ils ne font que leur job (mentir). Ce qui me gêne, c’est de vivre dans une société où tout le monde te fait des promesses à tort et à travers !…

 

rappeur qu'on utilise pour les propagandes politiciennes

 

LES GARÇONS PROMETTENT LE MARIAGE, MAIS À LA FIN ILS TE DONNENT LA GROSSESSE

Combien de jeunes filles dans nos citadelles sont-elles enceintes, avec des jeunes pères qui ont disparu ? Les garçons camerounais sont des menteurs, ce sont des prometteurs ! Ils te disent qu’ils vont t’épouser, qu’ils vont rencontrer tes parents, et que si tu tombes en grossesse ce ne sera pas grave, parce qu’ils seront toujours là… Faux ! Ils disparaissent comme l’éclair, ni vus ni connus. Ils disparaissent en même temps que tes règles douloureuses…

Idem pour nos ventripotents omnipotents, je veux dire nos administrateurs, qui trompent leurs épouses avec leurs petites du dehors, et qui promettent à ces dernières qu’ils vont divorcer un jour-un jour (vous voyez, ils disent un jour deux fois)…

Je vous le dis par expérience, les filles, ils ne divorceront jamais !

 

LES POLITICIENS PROMETTENT LE MANAGEMENT, MAIS À LA FIN ILS TE DONNENT LE MANGEMENT

Nos politiciens sont tous pareils ! Qu’ils soient de l’opposition, ou bien de l’opposition à l’opposition, ils promettent toujours les mêmes-mêmes choses… Et avec une désinvolture déconcertante, ils ne réalisent jamais leurs promesses…

On a fini par ne plus croire à ces espiègles en costard-cravate, parce qu’on les voit seulement lorsque les élections approchent. Ils arrivent devant nous, bourrés de bouteilles de bières, et ils nous tympanisent que le paradis c’est pour bientôt, qu’il faut seulement qu’on remplisse notre bulletin dans l’urne correctement !

Une fois qu’ils sont (re)élus, on ne les revoit plus jamais !

 

LES HOMMES D’AFFAIRES PROMETTENT LES BONS BUSINESS, MAIS À LA FIN ILS TE DONNENT LA « FEYMANIA »

Quand je dis hommes d’affaires je parle des « feymen », bien sûr, mais aussi des publicitaires, des chefs d’entreprises, mais également des petits commerçants et même des bayam-sellam… Au Cameroun, le commerçant te dit toujours que son article c’est le haut de gamme. Si c’est une chaussure, il te dit que c’est ta pointure. Un chapeau, ça a exactement la forme de ta tête. Un pantalon, ça alors, on dirait que c’est Dieu lui-même qui a couturé ça pour que ça te suffise net-net-net-net…

Les feymen et les hommes d’affaires, ce sont des menteurs ! Une fois qu’ils ont ton argent en poche, ils se fichent pas mal du service après-vente. En tous cas, quand tu réussis à les revoir… Et si tu veux les invectiver, ils vont te sortir un proverbe que tout le monde connaît : « erreur for mboutoukou na damé for boss »

 

LES CAMERUINEUSES PROMETTENT LA SINCÉRITÉ, MAIS À LA FIN ELLES TE DONNENT LA DÉLOYAUTÉ

C’est bien beau de vilipender les gars ! C’est bien beau de les indexer, de les invectiver, et même de les tancer. Mais les filles alors… Combien de trahisons nous causent-elles ? Combien de fois elles te disent qu’elles sont amoureuses, qu’elles t’aiment pour ce que tu es, et puis un beau jour tu les retrouves en train de dire les mêmes choses à une autre personne ?

Les filles Camerounaises sont des trompeuses, elles sont même déjà comme des trompe-l’œil. Elles te font miroiter une vie commune, un dévouement marital, une passion amoureuse. Mais à la fin elles te donnent un chagrin dévastateur !

 

vendeur ambulant camerounais

 

LES CAMEROUNAIS TE PROMETTENT LE CIEL ET LA LUNE, MAIS À LA FIN ILS TE DONNENT LA TERRE

Donc voilà, c’est pour cela que je suis triste. Parce que j’essaie encore d’avoir un brin de parole dans ce pays-ci, mais comme tout le monde ment, tout le monde pense que je mens aussi. J’essaye encore de donner de la valeur à une promesse, parce que je sais tout ce que cela implique.

Quand tu promets un truc à quelqu’un, il se projette dessus, et il fait des plans par rapport à la promesse que tu lui as faite.

Quand tu promets un truc à quelqu’un, toi tu peux l’oublier, mais lui pas !

Quand tu promets un truc à quelqu’un, la première chose qu’il fait, c’est qu’il te croit.

 

Mais ici tout le monde promet pour promettre. On te dit de nous prêter un peu d’argent, et qu’on va te rembourser à la fin du mois. On te dit que tu es la plus jolie fille qu’on n’a jamais vue, et qu’on va t’épouser dès que la poule aura des dents. On te dit que si tu veux trouver du travail dans les heures qui suivent, il faut venir avec quatre chèvres et quatre poulets… On te dit que… On te dit que…

Parce que les Camerounais sont tous comme ça, c’est dans leur sang. Les Camerounais aiment promettre le ciel et la lune, mais à la fin, c’est toujours la terre rouge qu’ils te donnent…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Et si je vous disais que Dieu est un Camerounais ?

N’ayez pas peur hein, je ne suis pas là pour vous parler des doctrines agnostiques. Nôôô ! Je ne suis pas là pour revenir sur le concile de Nicée (en l’an 325), lors duquel la déité de Jésus avait été votée comme si on élisait un nouveau maire… Non moi.

Je ne suis pas là pour vous parler de Vishnu ou de Krishna, d’ailleurs je n’y connais pas grand-chose. Je sais juste que dans toutes les religions, quelles que soient les époques et quelles que soient les traditions, les dieux ont toujours eu les mêmes caractéristiques : Omniprésence, Omnipotence, Omniscience, Capacité à faire des miracles, Intemporalité, Religiosité.

Et je sais que nous avons un homme ici au Cameroun qui réunit toutes ces caractéristiques…

 

satan contre jésus

 

OMNIPRÉSENCE

Le type que je vous dis-là, il est vraiment omniprésent dans notre pays. Ou du moins dans nos esprits. Tu ne peux pas entendre deux Camerounais causer pendant trente minutes, sans que son nom ne revienne. Tu as des problèmes oooh, c’est de sa faute ! Tu n’en as pas oooh, c’est toujours de sa faute ! Je me demande même ce que les gens vont encore dire quand le type d’autrui ne sera plus là.

 

OMNIPOTENCE

L’omnipotence alors c’est sa chose ! Il sait tout faire. N’est-ce pas il est en même temps sportif numéro un, juriste numéro un, pacifiste numéro un ? N’est-ce pas c’est lui l’homme le plus dynamique du pays ? Et le Camerounais le plus jeune ? N’est-ce pas en même temps il a tous les pouvoirs ? C’est lui qui nomme au Sénat, à la Cour Suprême, à la Chambre d’organisation des élections ?

Qu’est-ce qui peut même le dépasser ? Quand il y a moindre problème à la Fécafoot ou à la Socam, on l’appelle sauf que pour le secours… Vous n’avez pas vu quand les Lions boudaient en pré-mondial pour les primes ? Qui leur a trouvé des milliards sur place-sur place ? Et un jour non ouvrable, s’il vous plaît !

 

OMNISCIENCE

Si c’est pour ça alors, le type-là est l’homme le plus intelligent du monde ! Vous n’écoutez pas souvent nos administrateurs à la télé ? Que ce soient nos députés, nos ministres, nos ambassadeurs, tout ce qu’ils entreprennent a été inspiré par le type que je vous dis là. Et ils sont toujours en train de le remercier.

C’est pour cela que je pense que ce gars-là a toujours eu de brillantes idées. Il maîtrise à la fois l’économie, la culture, le sport, les hydrocarbures, la physique nucléaire, et même les nouvelles sciences qui sont très pointues et qu’on appelle les nanotechnologies…

 

CAPACITÉ À FAIRE DES MIRACLES

Voilà alors son vrai point fort ! De même que Moïse avait divisé les eaux du Jourdain comme par enchantement, de même mon type que je dis-là peut faire disparaître tous les véhicules de la circulation. Quand il veut se déplacer, c’est comme si on avait lancé l’opération « rien ne bouge ». Et puis quand il doit prendre un avion, les aéroports passent en mode « personne ne décolle, personne n’atterrit ».

Vous-même dites-moi si ça ce ne sont pas des miracles de niveau ecclésiastique…

 

INTEMPORALITÉ

Je vais encore vous expliquer quoi sur ce point ? Vous-mêmes vous ne le voyez pas à la télé ? Est-ce que vous avez même l’impression que ça fait déjà longtemps que vous le connaissez ? Est-ce que vous avez même l’impression que vous allez vous séparer de lui un jour ?

Je dis hein, le type-là maîtrise le temps comme nous on maîtrise les boissons qui moussent. Il peut te laisser dehors pendant trente ans, et un beau jour il te barricade comme si vous vous étiez vus hier ! Pour ça au moins je lui donne le café. Il n’est pas comme nos papys du village qui n’ont soixante ou soixante-deux ans, mais qui sont déjà finis comme les funérailles…

 

RELIGIOSITÉ

Tout ce que j’ai dit en haut-là ne sert à rien, si après tout ça tu n’as pas des gens qui croient en toi comme un Dieu. Et ainsi il y a des gens qui croient en mon type, qui pourraient même donner leur vie pour mon gars-là. Il y a des gens qui lui souhaitent longue vie (vie éternelle), qui le trouvent irremplaçable, et qui le nominent même chaque année pour l’attribution du Nobel de la paix.

Il manque seulement qu’on lui dédie une cathédrale dans nos capitales politique et économique…

 

affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011
affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011

 

Et donc, pour toutes ces raisons, je me demande souvent si Dieu n’est pas un Camerounais par hasard. Pour toutes ces raisons, je veux savoir si c’est mon type-là qui fait comme Dieu, ou alors si c’est Dieu lui-même qui essaie d’imiter mon type-là.

Parce que le gars est beau, il est fort, il est propre, il est intelligent, il est imprévisible, il est miséricordieux.

Mais le test ultime, c’est que les vrais dieux sont censés régner pendant des siècles et même des millénaires…

Ecclésiaste DEUDJUI

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Si Biya veut l’émergence, il doit organiser une grande fiesta

L’autre jour, j’ai assisté à un mariage. Et pendant que les mariés s’échangeaient leurs microbes, moi j’étais tranquillement en train de penser à Paul Biya. Le type-là nous avait dit en 1982 qu’il y aurait la rigueur et la moralisation. En 1990, il nous a plutôt parlé du bout du tunnel. Et puis, à l’orée 2004, il a enchaîné avec les géantes ambitions et les gigantesques réalisations…

Moi je dis hein, c’est très facile de développer le Cameroun. Quand je regarde comment le mariage-là s’est déroulé l’autre jour, je me dis que Paul Biya devrait organiser une fiesta comme ça. Parce que dans les cérémonies camerounaises, il y a tous les ingrédients de l’émergence : concentration, ponctualité, rigueur, générosité, compte rendu, calendrier, travail, objectif communautaire, fierté, bilan, etc.

Voici donc ce que notre président devrait nous dire :

 

paul biya lors d'une manifestaton dans une chefferie camerounaise
Paul Biya lors d’une manifestation dans une chefferie camerounaise

 

1-      Le port en eaux profondes de Kribi, c’est pour faire venir les cadavres !

Mais bien sûr ! On aurait dû y penser plus tôt. Vous êtes là vous dites aux ouvriers que ce port, ça devrait servir à l’économie. Ils font quoi avec l’économie ? Vous leur dites que ça va servir pour les transits internationaux, et que ça va beaucoup délester le port de Douala. Résultat : les travaux avancent lentement ! (ils avancent ?)

Il faut leur dire que ce port, c’est pour faire venir les cadavres ! Et que comme ça, ça ne va plus retarder les deuils de nos gars qui sont morts en Occident. Les Camerounais sont très concentrés sur les histoires de deuil, de morgue et de transfert de macchabées. Si tu leur dis que le port de Kribi va accélérer les procédures et que les corps arriveront en express, mofmidé ! Ils vont te livrer le chantier-là en moins de quelques jours…

2-      Les mines de diamant de l’Est, c’est pour le « bijoutage » de nos filles !

Vous croyez qu’on aurait facilement abandonné nos minéraux comme ça, aux Sud-Coréens, si on nous avait dit que ces minéraux pouvaient servir à maquiller nos filles d’honneur ?

Les Camerounais(es) aiment le bijoutage, c’est-à-dire le parement de bijoux. Tu vois un gars qui n’est pas fiancé, mais il a déjà quatorze bagues sur ses phalanges ! N’en parlons même pas de ses bracelets ni de ses colliers… Et dans « mon » mariage c’est ce que j’ai constaté, tous les officiels et tous les invités étaient ornementés jusqu’ààààààà…

Si Paul Biya veut vraiment qu’on exploite notre sous-sol, il doit nous mentir que c’est pour maquiller les garçons d’honneur lors de nos anniversaires…

3-       L’aménagement des routes, c’est pour la circulation des limousines !

Vrai-vrai hein, je ne blague pas. On n’a pas de routes dans ce pays, mais on a des limousines à chaque mariage. Et elles sont de plus en plus longues, ces limousines qu’on loue et sous-loue à coups de centaines de milliers.

Il faut dire à nos gens des Travaux publics (ministères et autres délégations urbaines) de construire les routes et les axes lourds, parce que ça va faciliter la circulation des limousines ; et que dans ces limousines on pourra ainsi mettre les mariés, et aussi les filles qui reçoivent leur première communion.

Pourquoi pas les cercueils lors de nos enterrements ?…

4-     Le 2e pont sur le Wouri, c’est pour avoir une belle vue sur le Nngondo !

Je vous dis. Depuis que la zone industrielle s’est étendue là-bas à la base Elf, le Ngondo a subi un vrai contrecoup ; parce que les gens qui y viennent ne savent même plus où se tenir. Il faut que Paul Biya nous mente, qu’il nous dise que le nouveau pont sur le Wouri, ce sera un peu comme une mezzanine sur les festivités du Ngondo.

Et alors là tu vas voir les ouvriers s’empresser, tu vas voir comment ils vont tout faire pour que le chantier-là soit livré quatorze mois à l’avance ! C’est-à-dire avant la fin décembre, juste avant la prochaine manifestation culturelle de nos peuples sawas…

 

cérémonie de remise des voeux à la première dame chantal biya
Cérémonie de remise des voeux à la première dame Chantal Biya

 

Il faut que Paul Biya organise une grande fiesta !

Et donc c’est comme ça ici, nous sommes dans le folklore permanent. Nous sommes dans l’esbroufe et dans les futilités. Nous sommes concentrés quand il s’agit d’un mariage, quand il s’agit des funérailles, quand il s’agit d’une remise de médailles, quand il s’agit d’une inauguration, quand il s’agit d’une fête nationale. Nous sommes toujours prêts à travailler les jours fériés…

Nous sommes mobilisés pour réussir le gâteau d’anniversaire, pour aménager le couvert du service traiteur ; et pour ne pas se tromper sur le nombre des invités…

Nous sommes focalisés pour trouver le bon DJ, pour sous-louer la bonne salle, avec les bons artistes, avec les bons humoristes, avec le bon présentateur. Nous sommes tous beaux, nous sommes tous fiers, nous sommes tous déterminés.

Et quand la cérémonie commence, nous nous entraidons. Nous sommes généreux envers les inconnus, on leur offre à boire et à manger. On jette de l’argent sur les longs discoureurs et sur les danseurs. On félicite les concernés et on leur donne des cadeaux, car pour la première fois de notre vie nous ne sommes vraiment pas jaloux.

À la fin, on rentre chez nous tout heureux et tout souriants, en attendant la prochaine soutenance ou bien le prochain anniversaire…

Tsuip ! Si Paul Biya veut vraiment que le Cameroun se développe, il doit dire aux Camerounais que le futur pape se rendra chez nous en 2035. Qu’on ne connaît pas encore la date exacte ni même la ville, mais qu’on sait seulement que ce sera au mois de janvier.

Et vous verrez alors comment tous les Camerounais vont se mettre au travail.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Ces dix proverbes qui ont assassiné le Cameroun

Je ne vous apprends rien, la société Camerounaise est une société qui a perdu presque toutes ses valeurs. Il y a la sauvagerie qui a gagné nos mentalités, il y a la pornographie qui a investi notre progéniture, il y a les incivismes qui sont ancrés au plus profond de notre personnalité.

J’ai essayé de comprendre pourquoi nous avons autant de facilité à vivre avec l’invivable. Et j’ai compris que dès le plus jeune âge, nous absorbons des proverbes qui nous ont conduits (à coup sûr) vers la dégénérescence actuelle.

En voici quelques-uns…

j'aime mon pays

1-       LA CHÈVRE BROUTE LÀ OÙ ELLE EST ATTACHÉE

Je dis hein, est-ce que vous vous rendez même compte de ce que ce proverbe signifie ? Hein ? Ça veut dire que quand tu es aux affaires, ta famille et tes amis et toi vous devez vous en mettre plein la bouche et plein les poches. Ça veut dire que vous devez satisfaire votre ventre administratif et votre bas-ventre. Vous devez « brouter là où vous êtes attachés » sinon vous êtes des idiots, sinon vous êtes des bons à rien, sinon les sorciers du village ils vous jettent beaucoup de mauvais sort.

C’est l’un des proverbes les plus nocifs de la société camerounaise, en ceci qu’il justifie le vol des deniers publics, et que nos plus jeunes enfants le connaissent dès la maternelle. Et avec ça vous croyez qu’on sera émergent en deux mille trente quelque chose ?

2-       UN VIEILLARD QUI MEURT EST UNE BIBLIOTHÈQUE QUI BRÛLE

Mais je dis hein, qui vous a raconté ces conneries ? Un vieillard qui meurt est un vieillard qui meurt, point barre ! C’est à cause de ce genre de clichés stéréotypés que les Africains n’écrivent rien. Ils sont toujours en train de dire que la sagesse et la connaissance sont dans le cerveau d’un bon buveur de bili-bili. Ça ne veut rien dire ! Et puis quand Sarkozy va dire que vous n’êtes pas assez représentés dans l’Histoire, vous allez partir vous plaindre. Il faut qu’on arrête de penser que les vieux sont plus intelligents que les jeunes. Ils ont plus d’expérience, mais c’est tout !

Et puis vous vous étonnez de la « longévicratie » dans nos institutions. Il faut qu’on apprenne qu’il faut apprendre par soi-même, et qu’il faut réfléchir, mais surtout qu’il faut écrire. La seule bibliothèque qui avait brûlé, c’était la bibliothèque de Toutankhamon en Egypte…

3-       QUAND YAOUNDÉ RESPIRE, LE CAMEROUN VIT

Elle est bien bonne celle-là ! Sauf que celui qui l’a inventée habitait (et même encore) à Yaoundé. Le développement du Cameroun, ça ne doit pas passer par une ville ou bien par deux. C’est à cause de cet aphorisme bidon qu’en plein 21ème siècle, on soit obligé de quitter de Maroua à Yaoundé pour faire signer un simple papier. Conneries ! À quoi nous sert l’internet alors ? Et les budgets de l’informatique ? Et puis, est-ce que nous avons les routes, pour déranger les gens de cette façon ? Comment expliquer que pour retirer ton baccalauréat que tu as passé à Ngog-Mapoubi, tu doives traverser tout le territoire Camerounais ?

J’ai vraiment mal quand je regarde notre pays-ci. Regardez une simple ville comme Douala (« Douala c’est le poumon économique du Cameroun »). Regardez combien il y a des bendskineurs et de call-boxeuses. Regardez combien de gens habitent dans les zones industrielles. Regardez combien de gens sont entourloupés par les agences immobilières. Tout ça parce qu’on a dit à notre peuple que pour exister dans ce pays-ci, il faut habiter à Douala ou bien à Yaoundé… Mais ce qui m’étonne, c’est que ces grands manitous ont quand même réussi à créer un ministère de la Décentralisation !

4-       LE CAMEROUN EST UNE AFRIQUE EN MINIATURE

Ça sonne bien, non ? Et puis ça nous flatte. Mais dites-moi : qu’est-ce qu’on a en commun avec la Mauritanie ? Ou bien le Maroc ? Ou bien l’Afrique du Sud ? Cette fichue assertion nous a fait croire pendant des décennies que nous étions le meilleur pays d’Afrique. Que nenni ! Le Cameroun est un Cameroun en miniature et puis c’est tout !

Au lieu de travailler, nous sommes là à nous contenter de nos climats divers, de notre position équatoriale, de notre bilinguisme… C’est ça qu’on mange ? Voilà la Guinée Equatoriale qui n’a rien de tout ça, mais est-ce qu’on peut alors lui parler fort ?…

5-       LES MORTS NE SONT PAS MORTS

Hum ! Je n’ai rien contre Birago Diop hein, mais je dois lui révéler que les morts sont bel et bien morts ! Tous. Même Mandela qui était grand-grand-grand là, eh bien il est vraiment mort !

Ce dicton a été récité par nous dès l’école primaire, et depuis lors on ne le lâche plus. On l’a même transformé en « Un lion ne meurt jamais, il dort ! ». Allez alors réveiller Marc-Vivien Foé et Charles Ateba Eyéné. N’est-ce pas vous dites qu’ils dorment seulement ?

Le jour où les Camerounais comprendront que les vivants sont plus importants que les morts, le jour-là, on pourra alors entamer la lente marche vers l’émergence. Et puis quand quelqu’un sera malade, on s’occupera de lui du mieux qu’on peut. Au lieu de le laisser mourir, et puis de repeindre sa maison ensuite, et puis de lui offrir un cercueil chryséléphantin, et puis de lui organiser des obsèques à coups de centaines de millions de francs CFA… alors que tout ce gaspillage aurait pu le sauver de son vivant, ou alors aider ceux qui sont encore en train de croupir dans nos hôpitaux qui sont déjà des cimetières…

maya angelou exceptionnel

6-       QUI NE TENTE RIEN N’A RIEN

Dites-moi : est-ce que dans un pays sérieux, on doit tenter quelque chose pour avoir ce qu’on mérite ? Est-ce qu’on doit se (com)battre pour avoir la chance d’aider son pays à avancer ? Est-ce que votre enfant doit tenter quelque chose pour que vous lui donniez l’argent de beignets ? C’est quoi ce système où on éprouve les gens et on les suce, avant de leur donner ce qui leur revient ? C’est quoi cette manière que la compétence soit transformée en subsistance ?

Moi je dis non, non, non ! Qui ne tente rien a tout ! Si un Camerounais mérite quelque chose, il n’a pas besoin de venir toquer chez vous à 2h du matin pour l’avoir. Donnez-lui sa chose ! Donnez à ce gars ce qui appartient à ce gars ! Il a déjà « tenté » en se débrouillant pour acquérir sa force, son intelligence, sa technique, son expérience, ou son talent. Vous voulez qu’il tente encore que comment ? En s’humiliant et en se rabaissant pour satisfaire votre instinct sanguinaire ?

7-       ON NE FAIT PAS LES OMELETTES SANS CASSER LES AUTRES

Les œufs, je voulais dire. Ça veut dire que pour un rien comme ça ou pour une route imaginaire, on va venir vous déguerpir et détruire vos maisons ! Wèèèkè ! Cameroun. Pourquoi ne pas reloger ces pauvres hères qu’on délocalise ? Et pourquoi ce sont toujours les mêmes qu’on scelle, qu’on rase, qu’on expulse, et qu’on démolit ? Pourquoi la route ne doit jamais passer sur la maison d’un député, ou d’un ministre, ou d’un ambassadeur ? Est-ce à dire que même l’urbanisation du Cameroun, ça a les yeux ?…

Et puis quand on va tendre un micro peinturluré à nos délégués du gouvernement, ils vont te dire qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs. Est-ce qu’on leur a dit que nous ont veut manger les omelettes ? Hein ? Il ne pouvaient pas plutôt faire les œufs bouillis à la place ?

8-       LE CHIEN ABOIE, LA CARAVANE PASSE

Quand on me parle de ce proverbe, je vois directement notre élite dirigeante. Elle se fout du peuple, elle se fout de nos revendications, elle s’en balance de nos réclamations. Au Cameroun, même quand le chien n’aboie pas, la caravane passe seulement. Et cette caravane sourde et méprisante continue sa route depuis des décennies, au détriment de sa population qui naît, grandit, vieillit et meurt dans l’indifférence.

Les chiens qui aboient, ce sont nos journalistes. Les chiens, ce sont nos opposants. les chiens, c’est la société civile. Les chiens, ce sont les médias, les artistes, les sportifs, les intellectuels qui se plaignent et qui dénoncent. Mais on ne les écoute jamais parce que dans la caravane, il y a Dieu !

9-       IMPOSSIBLE N’EST PAS CAMEROUNAIS

Dans la série foutage de gueule, on ne peut pas mieux faire que ce proverbe importé de la France. Qui vous a dit que Impossible n’était pas camerounais ? Vous l’avez déjà vu ? Est-ce que vous connaissez sa nationalité ? Et c’est à cause de ce paradigme loufoque que nos Lions vont dans des compétitions sans se préparer, parce que « leur échec ne sera pas camerounais ». Triple tsuip ! Au lieu de penser à l’impossible, pensez d’abord au possible et aux possibilités. Il faut travailler et se donner les moyens de réaliser de grandes choses, et non dormir sur des proverbes aussi endormissants. Et après ça tu vas voir nos jeunes dans la rue – et même nos vieux – qui ne savent pas ce qu’ils comptent faire de leur vie. Et qui ne sont même pas inquiets, parce qu’on leur a dit que « Impossible n’est Camerounais »

10-   LE CAMEROUN C’EST LE CAMEROUN

Voici alors le grand-frère des proverbes qui nous tuent le Cameroun, et qui nous empoisonnent les mentalités. Le Cameroun c’est le Cameroun ! Une lapalissade qui ne veut rien dire, mais qui nous a fait tolérer l’intolérable. Un ministre détourne de l’argent, le Cameroun c’est le Cameroun ! Nos administrateurs tentent de s’éterniser au pouvoir, le Cameroun c’est le Cameroun ! On nous prive d’électricité pendant plus de quatorze jours, le Cameroun c’est le Cameroun. On te demande de l’argent pour soudoyer les directeurs de nos grandes écoles, ou de nos guichets, ou de nos organisations sportives, ou de nos institutions étatiques, c’est normal, parce que le Cameroun c’est toujours le Cameroun…

les grandes choses ne sont pas réalisées par la force, mais par ma persévérance

Et donc je dis non, il faut qu’on sorte de ces proverbes avilissants. Il faut qu’on remette l’éthique au centre de notre développement. Il faut qu’on redonne de la valeur à nos mœurs, et à notre éducation civique. Il faut qu’on ne supporte plus ce qui n’est pas supportable, et qu’on cesse d’accepter ce qui n’est pas acceptable. Non, le Cameroun n’est pas le Cameroun, oui, impossible peut être camerounais, oui, le chien aboie et la caravane s’arrête, oui, on peut faire les omelettes sans casser les autres, oui, qui ne tente rien peut tout avoir, oui, les morts sont vraiment morts, non, le Cameroun n’est pas une Afrique en miniature, oui, quand Yaoundé ne respire pas, le Cameroun peut vivre, non, un vieillard qui meurt n’a rien à voir avec une bibliothèque, et puis non, non, non, bon sang de non, la chèvre n’est pas obligée de brouter là où elle est attachée…

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Ecclésiaste DEUDJUI

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Faits divers: tous les Camerounais sont des sanguinaires !

On rit comme ça hein, mais les Camerounais sont des vampires !

Je suis parfois frappé que nos journaux télévisés commencent par des accidents de circulation. Je suis souvent interloqué quand dans la presse nationale, ce sont les histoires de sorcellerie qui occupent la page de couverture. Je suis toujours très déconcerté quand dans nos films, sur les réseaux sociaux et dans nos radios, ce sont les affaires de meurtres, de mœurs, de trafics d’organes et de mysticisme, qui ont la cote ici dehors…

 

La société camerounaise est pervertie ; pas à cause de la pornographie, mais à cause de la sauvagerie.

Il n’y a qu’à voir dans nos vidéos-clubs (il n’y a plus de salles de cinéma) : nos adolescents adorent les scènes d’éventration, ils adorent les scènes d’édentation. Ils sont même capables de manger leur pain chargé pendant un film d’horreur…

 

Nous sommes tous des sanguinaires, et c’est déplorable. C’est pourquoi les histoires comme celles de Vanessa Tchatchoua ont eu un succès médiatique. Qui avait volé son bébé ? Hein ? Nous aimons les histoires morbides, et c’est pourquoi nous regardons les émissions comme Regard Social qui nous exhibent les sujets tabous, les faits divers, et qui nous exposent des malformations physiques de certains Camerounais.

Nous aimons entendre qu’il y a des crimes rituels à Mimboman, que là-bas on enlève les parties des filles et qu’on part les revendre à l’étranger. Nous aimons les choses mystiques, nous aimons le monde irrationnel. C’est pour cela que le livre de Charles Ateba Eyéné (La dictature des loges…) a été un best-seller.

 

Comme Petit-Pays avait dit, c’est dans le sang. Et donc, chaque fois que je suis dans un bus camerounais, je regarde vers le sol et je me secoue la tête. Qu’est-ce que nous cherchons même au juste ? Il suffit que le chauffeur ralentisse un peu, pour que tous les passagers se lèvent de leur siège, en espérant qu’il y a eu un accident au-dehors. Et puis c’est des mains sur la tête, c’est des « j’avais bien dit que la voiture-là roulait à vive allure », c’est des bavardages à n’en plus finir, sans aucune compassion, mais avec une espèce d’assouvissement, de soif étanchée, de ce sentiment bizarre que Florian Zeller a appelé La fascination du pire…

 

Des Camerounais se réjouissant d'un accident de camion brassicole
Des Camerounais se réjouissant d’un accident de camion brassicole

 

Je ne veux pas être de ce monde-là, je suis une âme sensible. Je suis encore de ceux qui refusent de participer aux justices populaires. Tu sais, la justice où on déchiquette un être humain en pleine rue, et où tout le monde lui lance des pierres à la figure. Moi je refuse ça, je suis contre. Je ne suis pas un sanguinaire. Je suis de ceux qui ne fantasment pas sur les conteneurs qui ont écrasé les bendskineurs, ou sur les cargos qui ont jeté leurs passagers dans une rivière à PK8.

Je suis de ceux qui pensent que le camion qui avait éradiqué les usagers à Ndokoti, eh bien ce n’était pas du tout un truc à voir !

 

Mais nous sommes rares, malheureusement, dans ce pays qui a le goût du sang. Nous sommes rares à revendiquer une éthique plus juste, et à réclamer que nos enfants soient épargnés par de telles images. Nous sommes une minorité à demander que les journaux télévisés commencent par un vrai journal, et que les histoires macabres soient diffusées dans une tribune qui s’appellerait alors « Faits Divers ». Je parle des maisons qui s’effondrent, des élèves qui entrent en transe, des fillettes qui avortent, des villageois qui étêtent leur propre frère, des trains qui déraillent, des inondations, des éboulements… et des pères qui (ac)couchent avec leurs propres filles…

 

Tous les Camerounais sont des sanguinaires, je t’ai dit ! Tous les Camerounais peuvent regarder un accidenté grave en buvant tranquillement leur bière. Tous les Camerounais vont te dire en rigolant que leur voisine est décédée, en accouchant. Tous les Camerounais vont te dire que les morguiers de nos hôpitaux couchent avec tous leurs cadavres. Tous les Camerounais vont t’avouer que tel ministre, tel député, tel président de la république, avant d’être là où il est là, a d’abord versé le sang de trois de ses cousines.

 

Et le pire dans tout ça, c’est que toutes ces histoires lugubres vont faire bien rire les autres…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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4 novembre 1982 : et si Ahidjo n’avait pas démissionné…

Le mois dernier j’ai fait un papier sur les Camerounais de ma génération, c’est-à-dire ceux qui ont presque trente ans (Cf. Le Renouveau des trentenaires). C’était parce que je sentais poindre ce fameux 6 Novembre, qui marque à la fois les 32 ans de gouvernance de l’Homme-Lion, les 29 ans de folklores RDPCistes, mais surtout, surtout, le départ du tout premier président du Cameroun…

 

Je n’étais pas né hein, pardon, on m’a seulement raconté. Mais il paraît que la nouvelle de sa démission avait sonné comme un choc sur les ondes du Poste National, quand le président Ahmadou Ahidjo avait annoncé qu’il se retirait du pouvoir.

Je n’étais pas né hein, attention ! Mais on rapporte que malgré sa dureté, malgré sa sévérité, les gens avaient beaucoup pleuré quand il avait dit à la radio : « Je me retire définitivement de la Présidence de la République, mais soyez rassurés, parce que je vous la laisse entre de bonnes mains… »

 

Moi je n’ai pas connu le président Ahidjo. Tout juste, je peux me prononcer sur son choix d’avoir choisi son premier ministre pour lui succéder. Mais quand même, quand je pense à ce qui se passe au Burkina Faso, quand je me rappelle ce qui s’est passé pendant les révolutions maghrébines, je me dis que nous, ici, nous aurions peut-être connu pire si Ahidjo n’avait pas démissionné…

 

32 ANS DE POUVOIR ALLAIENT ÊTRE 52 ANS DE POUVOIR…

Notre premier président a pris le pouvoir en 1960. S’il n’avait pas démissionné, on serait aujourd’hui en train de fêter ses 52 ans de pouvoir ! Et donc il aurait battu le record de Kadhafi et de Omar Bongo de plus de 10 ans…

 

LE SDF ET LES PARTIS D’OPPOSITION N’ALLAIENT PAS EXISTER !

C’est bien vrai que les pays africains ont senti souffler la démocratie au début des années 1990, mais ce n’était pas forcément du goût de leurs dirigeants. Si Ahidjo était resté au pouvoir, qui sait si l’UNC (le seul parti à la l’époque) n’aurait pas été érigé en parti-Etat ? Avec comme corollaire les interdictions de manifester, la censure dans les médias, et une répression violente des mouvements d’humeur. Rappelons que de son temps, il y a eu les maquis Bamilékés et Bassa’a, qui ont causé beaucoup-beaucoup de morts…

 

LA CAPITALE ALLAIT ÊTRE GAROUA

Dis-donc ! On peut dire tout ce qu’on veut sur notre Régime, il y a quand même les bons côtés. Et quoi de plus sexy que de boire sa bière quand on veut, où on veut ? Mais surtout à Douala et à Yaoundé ? La force de notre Renouveau est qu’il nous permet de vivre comme nous le voulons. Si la capitale était Garoua, qui sait si des mouvements extérieurs n’auraient pas tenté de convertir le Grand-Sud ? de force ? Au lieu de ça on peut se divertir le samedi soir, et même les six autres soirs, on peut avoir un pasteur qui en réalité n’est que le voisin, et on peut rêver aussi de partir découvrir le reste du monde…

 

investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.
investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.

 

Oui, en un mot comme en mille, personne ne sait ! Si Ahidjo n’avait pas pris son micro ce 4 novembre 1982, on ne serait pas là en train de fêter le 6 novembre avec le RDPC. On ne serait pas là au carrefour en train de boire nos bières et de bloquer la circulation. Si le 4 novembre la radio n’avait pas annoncé que notre président se retirait, peut-être que nos Lions Indomptables n’auraient jamais été champions d’Afrique. En 1984, en 1988, en 2000, puis en 2002. Si Ahmadou Ahidjo n’avait pas confié son poste à ce jeune fonctionnaire aux dents longues, Paul Biya, peut-être que notre pays aurait basculé dans le chaos, dans la gabegie, et dans une successivité de coups-d’états…

On ne sait pas.

 

Et au lieu de ça nous sommes toujours en train de nous plaindre, de nous plaindre. Pourtant nous avons la paix, pourtant nous avons la nourriture, pourtant nous avons les jolies femmes. Pourtant nous avons la liberté d’orientation religieuse, et même la liberté de penser. Pourtant nous avons la liberté de critiquer…

 

En tous cas je vous ai déjà dit hein, moi je suis dehors en train de boire ma bière !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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