Ecclésiaste Deudjui

Un jour, nous serons aussi les enfants de Dieu…

Ce n’est pas parce que des voleurs ont cambriolé dans ta maison que tu vas penser que ta vie est déjà terminée. Ce n’est pas parce que des agresseurs t’avaient poignardé que tu vas penser que tu es déjà mort. Ce n’est pas parce que tu as tout perdu dans la vie que tu vas commencer à imaginer que tu n’es pas aussi un enfant de Dieu…

 

un homme triste sur un banc public
Beaucoup de gens pensent que leur vie est terminée après un coup dur. Photo: medisite.fr /Image reproduite sous autorisation

 

Ce n’est pas parce que tu as perdu ta moto…

Moi j’ai déjà perdu trois motos ici à Douala ! La première fois c’était une Sanili, la deuxième fois je m’étais fait agresser par des bandits dans mon propre quartier ici à Makèpè, et la troisième fois c’était mon tout premier scooter…

La moto c’est rien ! Et même si c’était la voiture, c’est toujours rien. Même si c’était un camion qu’on vient de t’arracher et que tu as quand même eu la chance de t’en sortir avec tes quatre membres, il faudra seulement que tu remercies le Seigneur. Il faudra penser comment tu vas faire pour acheter une nouvelle moto ou bien une nouvelle voiture ou bien un nouveau camion plus grands. Il faudra seulement te dire que ce sont les choses de la Terre. Parce que tous les jours on arrache les motos véhicules des gens ici au Cameroun, mais est-ce que c’est alors la raison pour laquelle nous devons nous arrêter de conduire ?

 

Ce n’est pas parce que tu as été victime d’un accident…

Il y a des gens ici au Cameroun qui ont été victimes des accidents graves, jusqu’à ils ont même perdu l’une de leurs jambes ! Vous pensez que c’est facile ? De te réveiller avec tes quatre membres et de constater à l’hôpital que tu deviendras paraplégique ou à fortiori un tétraplégique ? Hein ? Vous pensez réellement qu’il s’agit là d’un amusement ?

Et pourtant il faut bien continuer à vivre, même si nous savons que ce sera difficile. Car ce n’est pas parce que tu es devenu un handicapé que tu vas penser que ta vie est déjà terminée. Nôôô ! Car si tu es resté en vie hein, c’est déjà énorme. Si tu peux encore respirer et savourer les bonnes douceurs de l’existence (comme la poésie de Pierre La Paix Ndamè), ce serait déjà magnifique. Si tu peux encore re-croire en toi et te dire que tes projets ne sont pas encore terminés, tu vas voir que tu redeviendras une nouvelle fois un enfant de Dieu comme auparavant…

 

accident de train à Eséka en 2016 au Cameroun
L’accident de train à Eséka (en 2016) avait détruit beaucoup de vies camerounaises. Photo: afriquemagazine.com /Image reproduite sous autorisation

 

Ce n’est pas parce que tu avais perdu beaucoup d’argent…

Moi j’ai déjà perdu un cybercafé au mois de décembre 2013. J’avais payé le loyer pour un an, j’avais acheté dix ordinateurs ainsi que tous les équipements informatiques nécessaires, j’avais refait la peinture de la salle, l’électricité, la maçonnerie, la menuiserie, la plomberie, etc. Puis je me suis fait raser complètement ce cybercafé alors que je n’avais même pas encore fait deux semaines d’exploitation !

Mais est-ce que je suis alors mort ? Hein ? Est-ce que ma vie s’était terminée à ce moment-là ? Est-ce que je suis parti me suicider parce que j’avais investi beaucoup-beaucoup d’argent dans ce cybercafé-là ?

Parce que s’il faut bien voir hein, il y a des gens ici qui ont déjà perdu beaucoup-beaucoup de millions. Il y a des gens ici qui avaient perdu le Milliard. Il y a des gens ici qui étaient des chefs d’entreprise et qui aujourd’hui se promènent en sandalettes. Il y a des Camerounais qui étaient des ministres et qui aujourd’hui sont devenus des vauriens. Il y a même notre premier président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, qui était décédé au Sénégal comme un sale chien.

Mais. Mais est-ce que c’est alors pour ça qu’on va penser que tous ces gens-là n’étaient pas aussi des enfants de Dieu ?

 

Ce n’est pas parce que tu as été déçu en amour…

Les déceptions en amour, ça se passe tous les jours. Donc si ce n’était que pour ça hein, on allait seulement dire que la vie de toutes les Camerounaises est déjà irrécupérable…

Moi-même-ci j’allais partir me jeter dans le fleuve Wouri si on ne se basait que sur les déceptions amoureuses pour continuer à vivre. Car j’ai réellement aimé Barbara, Marguerite, Catherine et aussi ma princesse Divine Laure, même si ensuite je me suis régulièrement retrouvé tout seul… Tsuip ! Mais est-ce que je suis alors mort pour autant ? Hein ? Est-ce que ça veut dire que je ne pourrai plus jamais aimer une autre fille comme j’avais aimé ces Camerounaises auparavant ?

Parce que ce qui tue souvent les gens qui sont en instance de rupture, c’est parce qu’ils n’ont pas suffisamment de confiance en eux-mêmes. C’est parce qu’ils pensent que l’amour est un truc qui est déjà préréglé à l’avance. C’est parce qu’ils ne sont pas suffisamment forts mentalement. C’est parce que quand quelqu’un te quitte comme ma dulcinée qui m’avait abandonné en décembre 1999 (je parle de toi, Donatella), il faut te dire que vous n’étiez pas faits pour rester ensemble. Et ensuite il faut réapprendre à vivre normalement comme tu le faisais auparavant lorsque tu ne l’avais même pas encore rencontrée…

 

une homme qui embrasse amoureusement une femme
La déception est souvent douloureuse après une rupture amoureuse. Source: rougeframboise.com /Image reproduite sous autorisation

 

Un jour, un jour, tous les Camerounais seront aussi les enfants de Dieu…

Donc comme je vous racontais, j’ai déjà perdu plusieurs motos neuves ici à Douala. J’ai déjà été cambriolé chez moi quand j’habitais à Déido. J’ai déjà été saccagé dans mon magasin à Bépanda. J’ai déjà été poignardé par des malfrats à plusieurs reprises. J’ai déjà été licencié dans une entreprise. J’ai déjà été sérieusement déçu en amour alors que je croyais que c’étaient les femmes de ma vie.

Mais… Mais est-ce que ça veut donc dire que ma vie est déjà en train de vouloir se terminer ?

 

Ce n’est pas parce que tu as attrapé le VIH-Sida que tu es déjà mort ! Car si tu suis ton traitement régulièrement, tu vivras normalement et tu seras beaucoup plus heureux que les gens qui te stigmatisent.

Ce n’est pas parce que tu as perdu ton emploi que tu es déjà mort ! Nôôô, n’insiste pas. Prends un peu du bon temps comme moi j’avais fait, et après tu vas voir comment de nouvelles autres opportunités vont s’offrir.

Ce n’est pas parce que tu n’as pas fréquenté que tu vas penser que ton avis ne compte pas.

 

Ou bien parce que tu es dans la galère pour le moment. Ou bien parce que tu es déjà en train de vieillir. Ou bien parce que tu es devenue une femme stérile. Puisque comme mon papa me disait souvent, « Les problèmes c’est pour les hommes ». Et comme ma maman aime à me le rappeler, « La vie n’est qu’une succession de hauts et de bas ».

Alors cessons de nous lamenter, et recommençons à garder espoir. Puisque nous sommes aussi les enfants de Dieu, donc ce n’est pas parce que nous sommes nés au Cameroun que nous allons penser que notre combat ici sur la Terre est déjà perdu à l’avance…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je suis un enfant de Dieu

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J’ai été riche pendant quelques semaines

Quand je vois comment je réfléchis aujourd’hui avant de mettre le carburant dans ma moto de marque française, ça me fait un peu de la peine. Parce que quand j’étais encore « riche » hein, je n’avais même plus ce genre de problèmes. Et certains amis me disent que j’avais déjà aussi commencé à changer de comportement…

 

dessin homme riche
L’argent procure toujours un sentiment de satisfaction. Source: kisspng.com /CC-BY

 

Je n’avais plus faim pendant quelques semaines

Quand j’étais encore « riche » hein, je n’avais presque jamais faim. Car c’est comme si quand tu as beaucoup d’argent hein, l’appétit disparaît. Puisque je pouvais bien manger tout ce que je voulais ici sur la planète Cameroun, mais curieusement je n’avais presque jamais faim.

C’est comme si quand tu as ton argent rempli dans les poches hein, tu n’as même plus envie de te régaler. Tu regardes la nourriture et ça te dégoûte. Tu entres dans un fast-food et tu ne finis même pas le plat que c’est pourtant toi qui venais de commander avec insistance. Tu consommes les menus les plus chers. Tu entres dans une boulangerie et tu achètes les gâteaux que tu n’avais jamais rencontrés auparavant. Tu te balades dans les grands restaurants, et tu commences à interpeller les serveuses avec un ton d’aristocrate : « Bonjour jeune dame, puissé-je vous demander si vous avez du poulet DG par ici ? »

 

J’avais plusieurs projets quand j’étais riche

Mon tout premier projet, c’était de m’acheter un élégant climatiseur Whirpool. Un split. Mais quand je suis allé me renseigner sur les modèles, je me suis quand même demandé si l’affaire-là était réellement si nécessaire. Surtout que quand mon bailleur allait me voir avec un technicien en train de monter avec cet appareil dans ma petite chambre, il allait venir à ma fenêtre pour me souffler que « Euh… M. Deudjui, est-ce que vous savez que la Sonel venait récemment d’augmenter le prix du kilowatt/heure ? »

Bref, j’étais devenu un insatiable. Je commençais déjà à réfléchir sur l’achat d’une petite voiture pour mes petites courses. Je venais de m’acheter mon nouveau scooter. Je réfléchissais sur un abonnement à Canal+. Je pensais déjà à déménager vers une maison plus grande mais surtout beaucoup plus chère. Je réfléchissais tout le temps sur le contenu de mon réfrigérateur. Je pensais même déjà à changer de comportement social, puisque j’ai dit un jour à l’un de mes amis que « Gars ! Je pense qu’il faut qu’on arrête de s’asseoir dans n’importe quel bar et de sortir avec n’importe quel genre de filles… »

 

restaurant Tou'Ngou Hôtel
J’aimais bien me régaler dans les grands restaurants quand j’étais riche. Image: Tou’Ngou hôtel /Image reproduite sous autorisation

 

J’ai été « polygame » pendant quelques semaines

Imaginez un gars qui peut manger tout ce qu’il veut et qui ne s’assoit plus dans n’importe quel bar. Hein ? Qu’est-ce qui peut bien lui rester d’autre à faire en dehors de baratiner de nouvelles filles ?

Donc j’étais rentré dans cette mouvance. Comme je n’avais pas de problème d’argent et que je pouvais recevoir n’importe quelle Camerounaise n’importe où et à n’importe quelle heure, c’est aussi comme ça que je rencardais plus de trois jolies filles par jour !

Je démarrais ma moto et je partais donner le chawarma à une fille qui travaillait dans un snack-bar là-bas vers Bonamoussadi. Je démarrais ma moto et je partais manger les viennoiseries avec les midinettes qui aiment se régaler uniquement dans les gigantesques glaciers bios. Je démarrais ma moto et j’emmenais plusieurs araignées dans plusieurs bars, et ensuite chez moi, et ensuite je les raccompagnais jusqu’à chez elles. Jusqu’au jour où j’ai perdu mon argent et c’est là que j’ai compris que j’étais définitivement condamné à demeurer un célibataire…

 

J’ai découvert qui sont mes vrais amis

De la même manière que j’ai perdu toutes ces filles qui me faisaient accroire que j’étais un polygame, c’est aussi comme ça que j’avais perdu plusieurs compagnons. J’ai même perdu l’un de mes tout meilleurs amis, Pierre La Paix Ndamè, parce que je lui avais prêté de l’argent et quand je lui téléphonais il me renvoyait désormais vers son répondeur… Tsuip !

L’argent ne donne pas les amis. L’argent attire seulement les parasites et les opportunistes. L’argent attire seulement les gens qui ont seulement envie de boire tes bières gratuitement. L’argent attire seulement les fausses filles. L’argent te fait marcher avec des serpents à trois têtes jusqu’à tu penses que ce sont tes réels amis, jusqu’au jour où tu te fais mordre. Jusqu’au jour où l’un d’eux vient carrément te dire que « Ecclésiaste, tu es un vaurien ! »

Alors que c’est pourtant moi qui lui faisais découvrir les grands hôtels, les grands restaurants, les grands aéroports, les grandes boutiques, etc.

 

Samuel Eto'o
Samuel Eto’o est d’abord respecté au Cameroun pour sa richesse. Image: bfmtv.com /Photo reproduite sous autorisation

 

J’ai été surpuissant pendant quelques semaines

Donc auparavant hein, je ne réfléchissais même pas un peu quand je voulais mettre le carburant dans mon scooter de marque française. Je partais dans une station Total, sans publicité, et je faisais le plein dans mon réservoir tout en payant simultanément pour qu’on me fasse la vidange.

Certains amis me disent même que j’avais déjà aussi commencé à changer de comportement…

 

J’ai été riche pendant quelques semaines. Et c’est comme ça que je devenais insolent, j’étais condescendant envers les employés et c’est aussi l’argent qui m’a rendu très macho et très autoritaire envers les femmes.

J’ai été un « bòbò » pendant quelques semestres. Je ne mangeais que dans les chics fast-foods avec les panthères, je ne buvais que dans les lounges et dans les salons de thé, et je ne prenais que les taxis en course lorsque je partais me faire mes soins de visage.

J’ai été au-dessus de la classe moyenne camerounaise pendant presque trois cent soixante-cinq jours !

 

Et donc pendant cette faste période, j’avais compris beaucoup-beaucoup de choses. J’ai d’abord commencé par prendre beaucoup de poids. Ensuite j’ai compris que c’est l’argent qui transforme souvent certaines personnes. Puis j’ai compris que le franc CFA voulait déjà m’éloigner de certaines valeurs comme la vertu. Et j’ai aussi compris que la richesse c’est une augmentation de tes problèmes. Mais en fin de compte hein, j’avais surtout compris que je n’avais rien compris sur ma « pauvreté » d’auparavant, puisque la richesse ce n’est pas seulement une question de numéraire ou bien de compte bancaire. Vous me suivez parfaitement ?

Et je me demande même si j’ai réellement été quelqu’un de « riche » pendant ces quelques semaines…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je ne suis plus riche

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Je viens de perdre mon travail !

J’ai perdu mon emploi le lundi 1er mai 2017 aux environs de 21 heures. Et pourtant c’était un jour férié hein ! Mais mon patron m’avait envoyé un SMS qui disait que « Tu es viré ! » Et puis il m’a téléphoné le lendemain pour me demander de passer au bureau afin que je récupère mes affaires…

lettre de licenciement
On perd généralement son travail par une lettre de licenciement. Image: Adobe stock /CC0

J’ai perdu mon salaire

Ce qui m’avait mis en colère lorsque je venais de perdre mon boulot, c’était d’abord –et surtout– parce que je venais de perdre mon salaire ! Car je savais que coûte-que-coûte hein, même s’il y avait des retards, je devais normalement être rémunéré au bout de trente-et-un jours…

Et même si tu réussis à te retrouver un autre job, est-ce que c’est sûr que tu recevras le même traitement salarial que précédemment ? Hein ? Est-ce que ce nouveau salaire sera régulier ? Et puis en attendant que tu te retrouves effectivement un autre job, comment est-ce que tu vas réussir à solder toutes ces nombreuses factures qui ne font que se multiplier et s’accumuler devant ton paillasson ?

J’ai perdu mes collègues

Ce qui m’a fait mal, c’est que j’avais des collègues qui avaient vraiment manifesté de la colère. Puisque quand ils ont appris la mauvaise nouvelle (ça va très vite hein, c’est comme pour les annonces de décès), certains m’avaient directement appelé pour me dire que « Courage, gars ! », « Sois fort ! », « Je suis désolé » ou encore « Je sais que tu vas t’en sortir. »

J’ai vraiment eu mal pour certains de mes collègues. Parce que même si moi je suis un je-m’en-foutiste à 100 %, il y a beaucoup de mes collaborateurs qui m’aimaient bien. Et c’est pour ça que quand tu perds ton boulot dans une entreprise ou bien dans une boutique, tu vas constater qu’il y a des gens que tu prenais pour des collègues mais qui étaient en réalité de vrais amis. Certains vont te téléphoner pour te demander quelle sera la suite de ton aventure. Et en fait hein, certains collègues ne sont même plus réellement tes collègues : ils sont déjà devenus tes compagnons de vie pour l’éternité !

coup de pied aux fesses
Il y a des licenciements qui sont un peu violents. Dessin: Lardon Source: skyrock.net /Image reproduite sous autorisation

J’ai perdu la pression du travail

J’avais un boulot exagérément stressant. Vraiment très-très-très stressant même ! Puisqu’on pouvait me téléphoner le week-end, me faire un e-mail à minuit, me commissionner pendant les heures de pause, etc. On pouvait même me renvoyer un jour férié et c’est ce que mon patron avait eu la malencontreuse idée de vouloir me démontrer…

Vrai-vrai hein, j’étais hyper tendu (rien à voir avec l’hypertension !). Je gérais plusieurs dossiers et je rentrais toujours à la maison très-très tardivement. Cela va un peu me manquer. Car même si les Camerounais se plaignent toujours que leur travail est difficile, et que c’est fort, il y a quand même une adrénaline sous la pression qui peut te donner la dépression si tu te réveilles un beau matin et que tu constates que tu seras dorénavant au chômage !

J’ai perdu le respect de mon entourage

À commencer par mon propre père ! Parce que quand il avait appris que j’avais été licencié, il a commencé à me téléphoner dix fois par jour comme si j’étais devenu sa petite amie. Et donc moi ça m’énervait, et donc parfois je ne décrochais même plus.

Et c’est d’ailleurs pour ça que je n’aimais plus trop dire aux gens que j’avais perdu mon travail. Puisque même mes propres amis allaient se fâcher. Puisque même mes copines allaient me lâcher (si, si). Puisque même les membres de ma famille qui me voyaient déjà comme un baobab allaient me demander que « Tonton Ecclésiaste, qu’est-ce qui ne va pas ? ». Sans compter mes voisins qui avaient l’habitude de me voir sortir tous les matins avec ma grosse moto, alors que dorénavant je me réveille parfois vers les 11 heures ou bien vers les midi. Et c’est à 13h que je pars souvent demander à ma voisine si elle peut un peu me prêter quelques bûchettes d’allumettes…

doigt d'honneur de démission
Certaines personnes quittent leur job d’elles-mêmes. Source: monbonpote.com /Image reproduite sous autorisation

Je viens de perdre mon boulot !

Donc le jour de votre fête du travail, c’est ce jour-là que je venais de perdre le mien. Mon patron m’avait envoyé un texto qui me disait que « Ecclésiaste, Tu es viré ! » Et puis il m’a téléphoné le lendemain pour me demander de passer au bureau afin que je puisse quand même récupérer toutes mes affaires…

Je viens de perdre mon travail, comme tous ces nombreux Camerounais qui sont congédiés tous les jours et qui ne bénéficient pas de la protection de notre société.

Je viens de perdre mon fauteuil de Directeur, mais parfois une porte se ferme et dans quelques temps tu vas voir comment de nouvelles autres magnifiques portes vont s’ouvrir.

Je viens de perdre mon travail comme Pierre La Paix avait perdu son travail le 21 avril de l’année 2016, mais je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à en devenir malheureux.

Puisque quand je l’avais annoncé à ma mère, c’est elle qui m’avait dit que « Clesio, dans la vie il y aura toujours des hauts et des bas ». C’est elle qui m’avait rendu confiant et zen. C’est elle qui m’avait dit que je pourrai gagner beaucoup d’argent dans ma vie sans nécessairement travailler pour quelqu’un. Et si donc je peux me permettre un conseil, c’est de vous demander de vous reposer et de profiter de la vie avant de repartir au combat. Car ce n’est pas parce que vous avez perdu votre travail que vous allez penser que votre travail ici sur la Terre est déjà terminé…

Ecclésiaste DEUDJUI, j’ai trouvé un autre job

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Voici comment Orange money a révolutionné le « grattage »

Auparavant lorsque quelqu’un te demandait de l’argent, tu pouvais l’esquiver en disant que « Je n’ai pas d’argent sur moi », « Aujourd’hui c’est férié », ou encore « Je vais faire comment pour t’envoyer ça loin là-bas à Fendjemenkouèt ? »

Mais si tu tentes encore de dire ça aujourd’hui à un Camerounais de l’année 2018, il va directement te répondre que « Mais je dis hein, tu ne peux pas rapidement me faire un Orange money ? »

 

réception d'argent via Orange money
Les kiosques Orange money sont disponibles à tous les coins de rue. Image: studiotamani.org /Image reproduite sous autorisation

 

Orange money a révolutionné le dépannage

Auparavant lorsque je demandais de l’argent à l’un de mes oncles qui vit là-bas à Yaoundé, je lui téléphonais souvent et il me répondait toujours que « Je n’ai pas le temps aujourd’hui pour passer à la banque ! » Et pourtant de nos jours je ne me casse même plus la tête : « Bonjour Tonton Jean-Baptiste. S’il te plaît est-ce que tu peux me faire un Orange money ? »

Et c’est la même chose avec mes amis fonctionnaires qui aiment souvent m’emprunter me demander de l’argent lorsque nous sommes déjà vers le 15 du mois. C’est la même chose avec mes nièces que je dépanne souvent lorsqu’elles ont besoin de quelques couches pour leurs nombreux enfants en bas-âge. C’est la même chose avec mes anciens amis que je rencontre souvent et qui sont restés dans la galère, mais qui aiment parfois me demander que « Je dis hein Clesio, il n’y a même pas un minguili petit Orange money pour les pauvres ? »

 

Orange money a révolutionné la pimenterie

Auparavant les vendeuses de piment avaient beaucoup de problèmes lorsqu’il fallait aller récupérer leur argent en cash chez le client. Parce que quand elle te disait qu’elle avait envie de s’acheter la greffe brésilienne, toi tu lui demandais de passer à la maison l’abattoir et c’est ensuite seulement que tu pouvais éventuellement lui remettre son argent des mèches…

Mais aujourd’hui ? Niètt ! Ce n’est plus la même chose dèh ! Une fille peut très bien rester tranquillement sur son WhatsApp et te demander que « Fais-moi un Orange money de cinquante mille francs CFA pour que je m’achète une greffe brésilienne. » Une fille peut te conditionner en te disant que « Envoie-moi d’abord mon argent de transport par Orange money avant que je ne me déplace. » Une pimentière expérimentée peut même te menacer au téléphone en te disant que « Tu dis quoi alors ? Hein ? Décide-toi vite ! Si tu ne veux pas m’envoyer l’argent-là par Orange money tu me fiches le camp ! »

 

grille tarifaire Orange money au Cameroun
Grille tarifaire des transferts d’argent par Orange money. Tableau: Le Mobile Au Kamer /CC-BY

 

Orange money a révolutionné les transactions

Moi je pars toujours sur les anciennes bases. Parce que dans l’ancienne époque technologie, tu venais sur le chantier pour donner l’argent à ton entrepreneur, et tu en profitais pour vérifier l’état d’avancement de tes travaux. Mais aujourd’hui ? Niètt ! Ce n’est plus du tout la même chose dèh !

Un ouvrier peut très bien t’appeler pour te mentir que le ciment vient de finir, parce qu’il sait parfaitement que tu es dans un bus pour Sangmélima. Un employé peut t’appeler pour te dire que les Impôts sont venus pour sceller votre boutique, et qu’il faut rapidement que tu lui fasses un Orange money là-là-là-là-là. Une ancienne petite amie (la mère de ton enfant, par exemple) peut t’appeler pour te demander la pension alimentaire, genre : « Tu vas alors m’envoyer l’argent de l’école de l’enfant-là par comment ? Hein ? Par Orange money ? »

 

Orange money a révolutionné le crédit

Je ne parle pas des gros crédits que les fonctionnaires prennent là-bas à la banque hein, nôôô ! Ça n’a rien à voir ! Ça n’a rien à voir avec les terrains titrés qu’on te demande là-bas pour ta garantie. Ça n’a rien à voir ni avec les hypothèques, ni avec les échéanciers. Parce que quand un Camerounais veut prendre le crédit aujourd’hui en l’an 2018, il ne passe pas par mille chemins : « Tu ne peux pas me faire un crédit d’argent par mon Orange money ? »

D’autres gens utilisent même cette technique-là pour encore mieux faciliter leurs « frappes ». Genre une fille me dit l’autre jour que « Je ne suis pas sortie avec  ma carte bancaire. Pardon envoie-moi vingt mille francs CFA avec ton Orange money et je vais te remettre ça la prochaine fois qu’on va se voir… »

Tu es sûre qu’on va se revoir ?

Et même mon ami Pierre La Paix m’avait escroqué comme ça en février 2017 lorsqu’il avait eu quelques problèmes, et jusqu’aujourd’hui je bois mes bières avec lui mais il n’a plus jamais évoqué le sujet d’un éventuel remboursement de cet argent que je lui avais pourtant envoyé via son Orange money…

 

mtn mobile money
MTN mobile money (alias MoMo) est le principal concurrent de Orange money au Cameroun. Source: monastuce.net /CC0

 

Voici comment Orange money a révolutionné le « grattage » au Cameroun…

Donc auparavant hein, lorsque quelqu’un te demandait les ronds tu pouvais très facilement t’en sortir. Mais aujourd’hui au 21ème siècle, niètt ! La personne va sauf que te harceler en te disant que « Mais je dis hein, ma sœur, qu’est-ce qui t’empêche même de me faire un Orange money là-là-là-là-là tout de suite ? »

 

Orange money a révolutionné le tourisme : les gars envoient l’argent de transport par Orange money et les filles prennent le bus VIP pour se rendre à Yaoundé ou bien à Douala.

Orange money a révolutionné la consommation : tu vois un écran plasma qui te plaît dans un grand magasin, et directement tu vides ton Orange money alors que tu avais réservé cet argent pour aller rencontrer ton futur beau-père.

Orange money a même aussi révolutionné l’alcoolisme ! Parce que quand moi je vais boire dans un snack-bar désormais, je demande toujours à la serveuse si leur établissement autorise les paiements par Orange money.

 

Ou bien alors par MTN Mobile money. Ou bien parfois par Express Union mobile. Ou bien alors si leur établissement possède un compte électronique Nexttel. Ou bien si elle préfère plutôt une monnaie virtuelle comme les bitcoins ou alors l’ancien système PayPal. Parce que ce qu’il faut surtout retenir avec cette nouvelle technologie électronique et monétaire, c’est que le mobile a vraiment révolutionné l’univers de la banque ici au Cameroun.

Et par ricochet il a aussi révolutionné le « grattage ».

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je ne gratte pas

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Comment se comporter avec une moto ici à Douala

J’ai acheté ma deuxième moto le samedi 11 février 2017 à l’école publique à Déido. Et depuis que je roule avec ça, mon comportement et mes habitudes ont changé jusqu’ààààààà… Jusqu’à j’ai même envie de vous expliquer comment il faut se comporter avec une nouvelle moto que tu viens d’acquérir ici dans la ville de Douala.

deux motos avec parapluie
Certaines motos sont équipées de parapluies. Crédit photo: JUMIA /CC-BY

Il faudra d’abord payer tes impôts

Je ne parle pas des timbres fiscaux ou bien de la vignette hein, je parle d’abord de tes blessures ! Parce que dans notre ville de Douala-ci, tout le monde sait parfaitement que tu dois d’abord faire au moins un ou deux accidents avant de commencer à rouler avec ta moto normalement…

Moi j’avais payé mes impôts vers Akwa-Nord, vers 7 heures du matin. Il y a un bendskineur* qui avait subitement freiné devant moi sans même me prévenir, et je me suis retrouvé en train de percuter le derrière d’un taxi qui était stationné juste à côté de lui… Résultat : une chemise déchirée, un pantalon déchiré, une blessure sur le genou droit et une autre blessure sur mon avant-bras gauche, mais également quelques égratignures sur la moto.

Mais malgré ça mes amis me disent que je n’ai pas encore totalement fini de payer mes impôts hein…

Il faudra aussi payer tous tes papiers

Là je parle des vrais papiers de ta moto. Donc il te faudra marcher avec la photocopie de ta facture, il te faudra marcher avec l’original de ton assurance et de ta vignette, il faudra aussi que tu marches souvent avec un exemplaire de ta carte grise ou bien avec une bonne copie de ton certificat de revente.

Pour le permis de conduire, ça dépend. Puisque même les gens qui te contrôlent n’ont jamais fait le permis de conduire pour conduire leur propre moto… Donc ça dépend. Mais si tu as au moins ton assurance et ta vignette, tu pourras présenter ça aux gens de la mairie qui se cachent souvent en civil dans les embouteillages et qui surgissent devant toi en te menaçant : « Présentez-nous les papiers de la moto ou bien on vous envoie à la fourrière ! »

J’ai eu ça norr. J’étais obligé de leur donner 5 000 FCFA puisque j’avais oublié tous mes papiers à la maison.

motos à la fourrière
Plusieurs motos moisissent dans les fourrières. Image: camer.be /CC0

Il faut faire attention aux voleurs, aux braqueurs et aux arnaqueurs

Selon une enquête faite par Interpol, les motos sont les objets les plus volés ici au Cameroun, juste derrière l’argent du contribuable. Surtout les motos neuves. Surtout les motos « tchalés ». Surtout les motos qui ont encore le plastique. Et c’est même pour ça que quand je venais d’acheter ma deuxième moto neuve là-bas à Déido, j’avais rapidement enlevé les papiers à bulle qu’il y avait sur les jointures et sur certaines pièces qui entourent le moteur…

Je suis sérieux hein, je ne suis pas en train de rire. Vous pensez qu’on avait volé ma première moto en 2014 comment ? Hein ? Vous pensez que quand quelqu’un un inconnu roule à côté de toi et qu’il te traverse en te conseillant que « Fais attention hein, ils sont dehors ! », vous pensez que c’est de qui qu’il parle ? Vous pensez que quand mes propres amis me demandaient de rentrer chez moi avant 21h15, vous pensez que c’est parce que j’étais encore un bébé qui devait rentrer chez lui téter son biberon avant d’attendre la fermeture du portail ?

Il faudra aussi apprendre à conduire hein

Normalement je devais même commencer par ici. Parce que quand on achète une nouvelle moto chinoise, c’est d’abord et avant tout pour faire le bendskin la conduire. Mais le problème c’est que dans notre ville de Douala-ci hein, il y a la conduite et il y a les conducteurs !

C’est-à-dire que si tu roules et que tu veux imiter les bendskineurs qui vont te traverser à toute vitesse alors que la route est bloquée juste là-bas devant, c’est ton problème ! C’est-à-dire qu’il ne faut pas faire attention aux gens qui vont t’insulter en route en te disant que « Quitte de là avec ton crédit scolaire ! ». C’est-à-dire que si tu vois des gens qui roulent à contresens et qui ne respectent pas les feux de signalisation, il ne faudra surtout pas que ça te surprenne. Parce que ce qui m’étonne le plus lorsque je circule avec ma deuxième moto neuve ici à Douala, ce sont les piétons qui traversent la route lentement et qui me font des menaces du genre « Essaie de me cogner norr, n’est-ce pas tu veux nous montrer que c’est toi le propriétaire de la route ? »

Ecclésiaste Deudjui sur sa moto scooter
J’ai aussi beaucoup galéré avec mon scooter ici à Douala. Crédit: Fabrice Sunday /CC-BY

Voici comment il faut se comporter avec une moto ici au Cameroun…

Donc le 11 février 2017 pendant la fête de la jeunesse, moi j’étais plutôt à Nanfah pour acheter un objet qui devait me servir pour ma nouvelle vieillesse. Et depuis que je roule avec cette moto-là, j’ai constaté que mon comportement a totalement changé lorsque je me lance ici sur les routes de notre Cameroun…

Avec une moto ici à Douala, la drague devient vraiment plus facile ; puisque je vous ai déjà dit mille fois que les filles camerounaises adorent sentir l’odeur du carburant.

Avec une moto qui est encore solide et neuve comme la mienne, tu peux transporter certaines personnes pour arrondir tes fins de mois lorsque tu rentres de ton boulot.

Avec une moto chinoise qui tombe en panne presque tous les jours, tu vas passer tout ton temps à parler seulement de la mécanique avec ton ami Pierre La Ndamè.

Et si par malchance tu es comme moi qui avais perdu ma première moto en 2014 parce que j’avais osé transporter un agresseur qui se rendait à Madagascar, tu vas devenir vigilant jusqu’ààààààà… Jusqu’à tu vas même condamner ta roue avant avec un gros cadenas et ensuite tu vas bloquer ton guidon, car les statistiques d’Interpol sont formelles : « Les motos chinoises sont les objets les plus volés sur l’étendue du territoire camerounais, juste derrière l’argent du contribuable qui arrive toujours évidemment en pôle position. »

Ecclésiaste DEUDJUI, je me comporte déjà comme un bendskineur

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*Taximen à moto


Le talentueux monsieur Biya

Le Conseil constitutionnel a déclaré Paul Biya vainqueur de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun. Mais entre nous, comment pouvait-il en être autrement ?

 

Elecam
Elecam est l’organe chargé d’organiser les élections au Cameroun

 

Le brillant Code électoral

Dès le lancement de ces présidentielles, tous les candidats –sauf Biya– se sont plaints du Code électoral. Ils ont contesté les bureaux de vote qui étaient installés dans des lieux non contrôlables comme les casernes militaires, les chefferies, les commissariats, etc. Et heureusement que ces lieux-là ont été remplacés à la veille du scrutin.

Mais ce qui me choque personnellement dans notre Code électoral, c’est que l’élection présidentielle se joue à un seul tour ! Et que dans son article 115 alinéa 3, il est stipulé que le procès-verbal d’Elecam est « supérieur » à la copie que détiennent les représentants des partis politiques. Sans oublier que pour être candidat, l’article 124(1) demande de verser une caution de 30 millions francs CFA alors que ce montant était préalablement fixé à 5 millions de FCFA seulement…

 

Les merveilleuses conditions de campagne

Déjà, le Cameroun comprend environ 360 communes sur toute l’étendue de son territoire. Et pourtant la campagne n’a été prévue que pour deux semaines seulement ! Quel homme ordinaire (en dehors de Pierre La Paix Ndamè) pouvait donc parcourir 25 villes en moyenne en moins de 24 heures seulement ? Hein ? Est-ce que ça fait sérieux ?

Surtout que pendant que les candidats (ordinaires, eux) étaient en train de morfler avec les maigres 15 millions qui leur avaient été alloués par l’Administration territoriale pour leur propagande, il y a un candidat surhumain qui bénéficiait d’un budget de campagne quasiment illimité illimitable ! Et c’est pour cela que ses grandes affiches et ses t-shirts se retrouvaient partout dans tous les coins de rues. C’est pour cela qu’il avait réquisitionné presque tous les fonctionnaires, ou en tous cas tous les véhicules administratifs puisqu’on les a retrouvés dans les centaines de meetings de campagne de son RDPC…

 

Paul Biya en campagne à Maroua
Discours de campagne du candidat Paul Biya à Maroua. Source: www.meyomessalainternational.com /CC-BY

 

Le fantastique candidat-président

Paul Biya est un homme talentueux, et donc il ne pouvait pas perdre ces élections. Puisque c’est lui qui avait fixé le calendrier électoral (c’est lui qui avait choisi toutes les dates). C’est lui qui avait nommé les Directeurs d’Elecam, et c’est lui qui avait désigné les onze juges du Conseil constitutionnel qui seraient chargé de proclamer le résultat de ces élections présidentielles… C’est bizarre, non ?

Paul Biya était le seul arbitre. Et en même temps le président. Puisque pour son déplacement à Maroua le 29 septembre par exemple (le seul, d’ailleurs), on a mobilisé toutes les forces de l’ordre. Son court discours a retenu l’attention de tous les médias du pays, pas parce qu’il était candidat mais davantage parce qu’il était président. Et c’est avec cette stature de « l’expérience » qu’il s’est placé au-dessus de la mêlée des autres candidats, et que pour dire vrai Paul Biya n’a jamais réellement agi comme s’il était un postulant qui était venu devant les Camerounais afin de nous solliciter nos suffrages.

 

Le bourrage des urnes

Je ne fais pas un procès d’intention. Je ne dis pas que Paul Biya ne peut pas gagner ces élections à la régulière (les Camerounais ont déjà le syndrome de Stockholm). Je ne nie pas que le RDPC est le parti politique le plus représenté sur le territoire national, mais c’est justement ça le problème !

Car dans les communes les plus isolées de notre territoire où il est le seul parti représenté physiquement, qui peut témoigner des résultats qui sont issus de ces bureaux de vote ? Dans des contrées en crise comme la zone anglophone du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui sont en guerre (il faut le dire), qui peut contester les chiffres que les gens d’Elecam nous ont sortis de là ? Hein ? Est-ce que les autres candidats avaient des observateurs et des représentants dans tous les bureaux de vote ? Non ! Est-ce que les déplacés de guerre sont retournés dans leur localité d’origine afin de pouvoir voter ? Je n’en suis pas si sûr !

Mais dans tous les cas hein, la machine est tellement bien huilée et les méthodes si imperturbables qu’on ne peut s’empêcher de penser que ce système dit « biométrique » n’est en réalité qu’un système électoral biyamétrique

 

le Conseil constitutionnel du Cameroun
Les membres du Conseil constitutionnel pendant le procès du contentieux électoral. Source: chateaunews.com /CC-BY

 

Le talentueux monsieur Paul Biya

Donc comme prévu hein, le Conseil constitutionnel a déclaré monsieur Paul Biya vainqueur de l’élection présidentielle qui a eu lieu ici le 7 octobre. Mais entre nous les Camerounais, est-ce qu’il pouvait même en être autrement ?

 

Le talentueux monsieur Paul Biya ! Car pendant que ses adversaires battaient campagne, le bon monsieur recevait-lui tranquillement Ahmad Ahmad et il se projetait déjà sur la CAN de 2019.

L’expérimenté monsieur Paul Biya ! Car pendant les procès sur le contentieux électoral, on a constaté une coalition étrange entre le Minatd, Elecam, le RDPC mais également le Conseil constitutionnel !

Le machiavélique monsieur Paul Biya, car ces élections n’étaient ni plus ni moins qu’un simulacre de légitimité.

 

Puisque tous les Camerounais le savent, la seule chose qui intéresse monsieur Paul Biya c’est sa longévité au pouvoir. C’est le seul sujet qui le préoccupe. C’est le seul objet pour lequel il peut se sentir concerné ou bien menacé. Et même si ça fait déjà trente-six ans que ce spectacle se perpétue, personne ne peut plus douter sur le vicieux talent de ce monsieur qui vient d’être « réélu » président du Cameroun.

Et personne n’en doutera en 2025 lorsqu’il s’agira une énième fois de se re-maintenir au pouvoir…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je n’ai pas le talent de Biya

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Post-électoral

Alors que la campagne électorale et l’élection présidentielle se sont déroulées dans le calme, les événements qui ont suivi ont un peu fait monter la tension au Cameroun. Et cela risque plonger le pays dans une crise post-électorale dont personne ici n’avait vraiment besoin…

 

liste des candidats à la présidentielle de 2018 au Cameroun
Liste des candidats à la Présidentielle de 2018 au Cameroun. Infograhie: lebledparle.com /CC0

 

La déclaration de Maurice Kamto

Dès le 8 octobre 2018 vers 14h (soit moins de 24 heures après le scrutin), Maurice Kamto a tenu une conférence de presse au quartier Odza à Yaoundé pendant laquelle il a affirmé avoir transformé son pénalty électoral. Il a ensuite déclaré avoir obtenu un mandat clair et net de la part du peuple camerounais, puis il a appelé le président sortant à organiser une transition pacifique afin d’épargner à notre nation une véritable crise post-électorale.

Et cette conférence de presse a mobilisé tout le sérail, puisque le ministère de la communcation, le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation
et le secrétaire général du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, le parti du président Paul Biya) ont dû monter au créneau pour condamner cette déclaration, qu’ils ont unanimement qualifiée d’appel à la révolte. Puis le 9 octobre, les candidats Cabral Libii et Serge Matomba ont aussi réagi pour condamner le Pr Kamto et pour s’autoproclamer vrais vainqueurs de cette élection. Mais c’était très improbable et donc ils n’ont pas été déchiquetés par l’opinion publique ni par les thuriféraires du régime de Paul Biya.

 

Les faux observateurs de Transparency

Ce même 8 octobre au soir, la CRTV (la télévision nationale) a diffusé dans son journal ses journaux un reportage dans lequel six Israéliens se faisaient passer pour l’ONG Transparency International, lesquels observateurs avaient trouvé le déroulé du scrutin vraiment « impeccable », organisé et exemplaire. Sauf que le pot-aux-roses a été découvert dès le lendemain matin sur Twitter, via un communiqué de Transparency (la vraie, cette fois) qui déclarait ne pas se reconnaître dans ces imposteurs et n’avoir nullement envoyé une mission d’observateurs pour ces élections présidentielles 2018 au Cameroun.

Et le pire c’est que depuis la découverte de cette supercherie, le gouvernement – si bavard, en général – est resté totalement muet. Les imposteurs blancs ont été exfiltrés du pays avec la protection du Bataillon d’intervention rapide afin qu’ils échappassent à la vindicte populaire. Aucune enquête n’a été ouverte. Personne n’a démissionné ni à la CRTV, ni dans notre gouvernement. Les gens du RDPC justifient cet imbroglio en le minimisant, et d’ailleurs leur botte secrète lorsqu’on leur parle de cette scabreuse affaire, c’est de demander : « Est-ce que ce sont les observateurs qui votent ? »

Le délai de proclamation des résultats

Voilà aussi un autre problème qui ne fait que rajouter à la tension ambiante, car certains trouvent le délai de proclamation des résultats trop long. Jusqu’à deux semaines ! Et notre Code électoral est encore sévère en la matière, puisqu’il interdit même de divulguer les tendances nationales. Et donc les Camerounais ont vite fait de constater que nous avons voté le même 7 octobre que le Brésil de Neymar, mais que ce même dimanche soir ils avaient déjà leurs résultats alors qu’ils sont plus de 207 millions alors que nous environ 25 millions…

D’autres disent que le délai de deux semaines entre les élections et la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel, c’est un délai pour pouvoir falsifier les chiffres afin de les mettre en faveur du candidat du RDPC. D’aucuns encore pensent que c’est une période nécessaire pour préparer les forces de l’ordre en cas de contestations publiques.

Bref, ça va dans tous les sens. Mais je n’ai toujours pas compris pourquoi au 21ème siècle, nous n’arrivons pas encore à proclamer les résultats d’une élection présidentielle en moins de 24 heures !

 

La psychose

Depuis la déclaration de Kamto qui s’était autoproclamé vainqueur, la psychose règne dans les méninges camerounaises. Surtout que le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) représente aujourd’hui un véritable vivier d’électeurs, très présents sur les réseaux sociaux mais visiblement aussi prêts à descendre dans les rues pour organiser les casses.

Et même le gouvernement le sait. Car depuis ce lundi « noir », ils ne font que multiplier les messages d’appels à la retenue. Ils ne font que prôner la paix. Ils savent que Kamto est presque capable de déstabiliser ce pays avec un simple mot d’ordre, et que les Camerounais aussi le savent. Et c’est pour ça que nous vaquons à nos occupations mais nous restons dans la psychose parce que nous ne savons pas encore ce qui va se passer après la proclamation des résultats le 22 octobre…

Crise post-électorale

Donc malgré une campagne électorale et une élection présidentielle qui se sont déroulées dans la tranquillité, il y a eu des événements qui ont fait monter la température ici au Cameroun. Et j’ai bien peur que cela plonge notre pays dans une crise post-électorale dont Pierre La Paix Ndamè n’avait absolument pas besoin…

 

 

campagne contre le tribalisme afin d'éviter une crise post-électorale
J’ai lancé une campagne contre le tribalisme afin d’éviter la crise post-électorale. Crédit: Ecclésiaste Deudjui /CC0

 

 

Crise post-électorale ! Les Camerounais veulent le changement, mais ils ne veulent surtout pas ressembler à la Côte d’Ivoire, au Gabon, au Kenya ou bien encore au Rwanda à cause d’un prétendu tribalisme.

Crise post-électorale ! Ce qui dérange surtout les Camerounais après cette élection, c’est que finalement rien ne va changer alors que cela dure déjà depuis bientôt 36 ans.

Crise post-électorale et crise camerounaise tout court, car j’ai l’impression que tôt ou tard les choses finiront par dégénérer.

 

Mais puisque nous sommes encore dans une période de psychose, je vais m’abstenir de vous révéler quand et comment surviendra ce changement. Puisque pour le moment nous proclamons la paix. Puisque moi aussi je veux une transition pacifique. Puisque la guerre ne bénéficiera à personne. Puisque personne ici n’a vraiment besoin de se retrouver paralysé par ce démon qu’on appelle généralement la crise post-électorale…

 

Ecclésiaste DEUDJUI, Je veux la Paix

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