23 mai 2022

Demain j’aurai vingt ans

Vendredi prochain c’est mon anniversaire. Mais curieusement, cela me rappelle plutôt l’époque où je venais de célébrer mes vingt ans…


Demain j’irai à l’université

J’ai obtenu mon baccalauréat à l’âge de dix-neuf ans, lors de ma deuxième tentative. J’étais au lycée classique de Bafoussam. Mon père m’avait récompensé en me donnant 235 000 francs CFA en espèces, et il m’avait enregistré à l’université de Ngoa-Ekellé.
J’ai ensuite emménagé chez mon grand-frère qui vivait au quartier Ngousso, à Yaoundé. J’avais choisi de m’inscrire dans la filière Informatique, mais le recteur m’avait plutôt réorienté vers la filière Mathématiques. Nous étions dans un amphi de 500 places qui contenait plus de 3 500 étudiants ! Et pour assister à un cours qui devait débuter à midi, j’étais parfois obligé de me réveiller aux environs de 4 h 30…
J’ai abandonné l’université au bout de quelques mois seulement. J’ai quitté la maison de mon grand-frère parce que ses voisins commençaient déjà sérieusement à me casser le système. Je suis allé m’installer chez mes amis Florian et Fabrice qui vivaient vers la zone universitaire, et puis j’ai commencé à faire du porte-à-porte pour vendre des louches, des cuillères, des montres, des brosses à dent, des rallonges électriques, etc.


Demain je serai un footballeur

J’ai toujours rêvé de devenir un joueur de football. Encore plus quand j’avais vingt ans, puisqu’à cet âge-là j’étais en pleine possession de toutes mes potentialités.
J’ai d’ailleurs raté mon baccalauréat la première année quand j’étais encore au Lycée bilingue, parce que je m’entraînais avec l’équipe-réserve du Racing de Bafoussam. Avant ça j’avais évolué dans l’équipe première de Ndikiniméki, et j’ai aussi côtoyé les meilleurs athlètes lorsque je faisais la classe de Troisième au lycée bilingue d’Edéa
À Yaoundé, j’ai rencontré un ancien joueur qui s’appelait Oyono, et ensuite il est devenu mon manager. J’étais la « pépite » du championnat de vacances qui se déroulait à Obili, et les spectateurs se bousculaient pour venir me voir évoluer. J’ai ensuite intégré des formations comme Jeunesse Stars (de l’inoubliable Dave Obateba), Friendship ou encore le Canon sportif de Yaoundé, grâce au grand-frère Ndongo Mpessa qui était intervenu pour faciliter ce transfert. J’avais brisé le rêve de mon père qui voulait absolument que je devienne un fonctionnaire, et pourtant moi je m’entraînais sans relâche parce que mon seul objectif c’était de disputer la prochaine Coupe du monde.


Ecclésiaste Deudjui à Bafoussam avec Tchinda Guy Alain
Avec mes amis de Bafoussam, à l’approche de mes vingt ans. Source: Ecclésiaste Deudjui /CC-BY

Demain je tomberai amoureux

J’ai connu les femmes relativement tardivement. Pour preuve, j’étais encore un puceau invétéré lorsque je venais de célébrer mon vingtième anniversaire […]
J’avais pourtant connu beaucoup de femmes auparavant : Nadège, Albertine, Anne-Marie, Koumiss, Denise, Mouandjo, Hyacinthe, Sonia, etc. J’étais même tombé sous le charme d’une petite fille qui s’appelait Armelle, lorsque je fréquentais au cours préparatoire à l’école publique Saint-Martin de Nkongsamba…
Demain je serai marié ! Ou du moins, c’est ce que j’envisageais. J’étais à un âge où le romantisme était à son paroxysme. Je vivais à une époque où il n’y avait pas encore la frivolité des réseaux sociaux. Je ne possédais pas de téléphone portable quand j’avais vingt ans, et donc les seules armes —de séduction— que nous possédions c’étaient la parole, la ponctualité, l’assiduité, la politesse, le respect, l’amour vrai, la patience, la vertu, la responsabilité.
Nous lancions des cailloux sur les toitures pour faire sortir nos filles. Nous les emmenions dans les bals et dans les festivals. Tu pouvais flirter avec une demoiselle pendant des semestres et des semestres, sans jamais oser lui voler un simple petit baiser.
Je sais de quoi je parle ; j’étais éperdument amoureux d’une fille à Ndikiniméki qui s’appelait Donatella…


Demain je deviendrai un écrivain

Je suis devenu un écrivain parce que je voulais ressembler à un grand journaliste. Puisque comme j’aimais beaucoup le football, je lisais le magazine Onze Mondial et je regardais les émissions de sport tous les samedis et tous les dimanches.
J’étais fasciné par les grands reportages. J’étais subjugué par les beaux articles. J’étais interloqué par les manipulations de la langue française et de sa grammaire ; et je me disais que moi aussi, un jour, je finirais inéluctablement par devenir un bon journaliste.
J’ai ensuite découvert des écrivains comme Alain Mabanckou qui est aujourd’hui mon idole absolue. Mais j’étais aussi un lecteur de Charles Dickens, de Raymond Radiguet, de Victor Hugo, de Jean-Paul Dubois, de Cervantès, de Frédéric Beigbeder, d’Ahmadou Kourouma, de Francis Bebey, de Ferdinand Oyono, de Guillaume Oyono Mbia, de Sévérin Cécile Abega, etc.
J’ai été nourri par les mots lorsque je sortais de ma puberté, et c’est presque tout naturellement je suis devenu un blogueur. La langue me permet désormais de décrire mon environnement, de laisser un héritage intellectuel à la postérité camerounaise, de transporter mes émotions et mes maux lorsqu’ils me font souffrir, bref, de me positionner comme un véritable écrivain.


Le lendemain j’aurai vingt ans

Donc vendredi prochain c’est mon anniversaire. Mais paradoxalement, cela me rappelle surtout l’époque où je venais de célébrer mes vingt ans…

Demain j’irai à l’université ! J’ai finalement fait des études d’informaticien et de développeur web à l’institut Siantou supérieur (Yaoundé), même si c’est à ISMA (Douala) que j’ai obtenu l’essentiel de mes diplômes universitaires.
Demain je serai un footballeur ! J’étais un fan inconditionnel de David Beckham, d’ailleurs il y avait ses posters sur mes murs à côté de Roberto Carlos, Zinedine Zidane, Robert Pirès, Roberto Baggio, Diego Maradona, etc.
Demain je rencontrerai la femme de ma vie, puisque j’étais encore à un âge où le romantisme était vraiment à son paroxysme…

Et puis je deviendrai surtout un grand écrivain comme le poète Pierre La Paix Ndamè, même si au départ je voulais plutôt ressembler à un vrai journaliste. Je voulais à tout prix disputer la Coupe du monde 2006 qui aurait lieu en Allemagne, mais mon père voulait d’abord que je devienne un polytechnicien ou un ingénieur. Et quand je vous parle de ma biographie de cette manière, c’est pour vous montrer comment ce temps-là est passé rapidement et d’une façon quasi-insaisissable.
Parce que hier j’avais vingt ans, et demain j’en aurai le double. Pourtant la date est restée la même et le 27 mai restera toujours le jour de mon anniversaire…


Ecclésiaste DEUDJUI, demain j’aurai quarante ans
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Je vous dirais qu’a mon avis, les elections presidentielles passees, nous voici a nouveau dans les camerounaiseries. L’acte est consomme, je demande aux camerounais de ne pas se lamenter. Le reseau de dirigeants qui ont profite de l’urgence pour engager en majorite des cas une mafia sur les possibles retro-commissions et surfacturations est plus puissant et plus filou que la MIDA. Le Cameroun n’est pas et ne sera pas pret. Laisser la Chimere. Reveillez-vous loin de vous ce sentiment que je ressens en vous. La mal gouvernance est plus qu’une realite. Voici pour moi un des plus gros coups du renouveau en 36 ans d’existence. Si des sanctions ne sont pas prises de la part du chef d l’etat, il aura alors plus que jamais trahi les camerounais. En rappelle cette CAN a coute jusqu’a present au Cameroun pres de 1500 Milliards soit 60 000 Fcfa aux bas mots a chaque camerounais. Je dis bien chaque camerounais meme aux nouveaux nes. Je salue l’acte panafricain de Sieur Ahmad. Il vient de faire eviter une tragedie nationale ou une potentielle humiliation nationale au pays de Roger Milla. De mon humble avis les conditions ne sont pas reunies pour feter cet evenement « on ne mange pas chez quelqu’un qui a faim ». et ca Ahmad l’a compris. D’ailleurs un homme l’a si bien dit : ‘’le Cameroun est mendiant de la paix’’