Je dis hein, vous vous retrouvez même ici au Cameroun ?

Une petite m’avait invité à la veillée de sa grand-mère, mais je n’ai pas pu la rencontrer ! Pourtant la fille m’avait bien dit de marcher tout droit, de traverser une borne fontaine, puis de contourner derrière l’église qui est située net-net en face de la boulangerie…

Après 45 minutes sans me retrouver, j’ai donc décidé de rentrer chez moi. Ensuite j’ai appelé la fille pour lui demander de m’oublier, et de ne plus jamais m’inviter quelque part !

Dis donc ! Vous faites même comment pour vous retrouver ici au Cameroun ?

 

les marchés camerounais sont des capharnaüms - crédit: Ecclésiaste Deudjui

les marchés camerounais sont des capharnaüms – crédit: Ecclésiaste Deudjui

 

JE DEMANDE HEIN, VOTRE MONTRE-LÀ EST MÊME À L’HEURE ?

Franchement, c’est comme si on avait cassé la montre de tous les Camerounais ! Je vous dis vrai ! C’est comme si quand un Camerounais entre dans une horlogerie, le vendeur lui demande : « Vous voulez qu’on casse votre montre maintenant ou bien après l’avoir achetée ? »

Je suis sérieux hein, je ne plaisante pas. C’est comme si quand tu pars acheter ton pendule à Yokadouma ou bien ton réveil à Yagoua, le brocanteur te demande que « Tu veux un décalage de combien d’heures ? Hein ? Tu veux avoir l’heure des Philippines alors que tu habites au Cameroun ? »

Parce que sinon, dites-moi pourquoi est-ce que les Camerounais n’arrivent jamais à l’heure ! Tout le monde a une montre Swatch au poignet, mais personne n’arrive jamais à l’heure ! Même le marié qui a mis sur les billets que son mariage va commencer à 19 heures, lui-même il arrive à 23h30 ! Même la fillette de trois ans dont vous organisez l’anniversaire, vous voulez qu’elle s’endorme à quatre heures du matin ? Ya’ah ! Même là-bas dans nos télévisions, parfois tu attends une émission à 20h mais ça va commencer vers les vingt-et-une heures et trente…

Franchement, soyons sérieux ! Dans les enterrements, on enterre toujours le cadavre en retard (c’est vrai qu’il n’est pas pressé mais…). Dans les réunions de travail, on commence toujours le briefing à l’heure du débriefing. Dans les veillées comme celle où j’ai failli assister l’autre jour si je m’étais retrouvé, on te fait venir à 18h mais c’est à 22h30 qu’on va te distribuer le Nescafé…

 

JE DIS QUE HEIN, VOUS N’AVEZ PAS LES ADRESSES SUR VOS MAISONS-LÀ ?

Je me suis séparé avec la fille-là pour rien comme ça, parce qu’elle n’arrivait pas à m’indiquer la maison où il y avait la veillée de sa grand-mère.

Ici au Cameroun, on ne regarde jamais sur la carte ! Si tu parles du Nord à quelqu’un, il va directement voir Fotokol et Kolofata. Si tu lui parles de l’Ouest, il va te dire que c’est le village des Bamilékés et des Bamouns… Non, ici au Cameroun on ne regarde jamais la boussole ! Si tu veux même parler d’un plan à quelqu’un, il va se dire que tu veux l’embarquer dans un plan pour aller cambrioler l’une de nos microfinances…

Ici chez nous, on connaît plutôt « derrière la mosquée ». Vouaaaaaaala ! Si tu dis qu’on te laisse à l’« entrée Bépanda », il y a plus de 300 entrées mais le bendskineur va savoir là où tu pars. Mais si tu viens dire qu’on te dépose à « 341, Avenue des Cocotiers », hum, j’espère que tu n’as pas un malade qui t’attend à l’hôpital…

Franchement, nos destinations m’ont toujours dépassé ! Quand tu vas dire « Feu-rouge » sans préciser, on va te déposer là-bas à Déido. Quand tu vas dire « Rond-point » sans rien ajouter, on va toujours te déposer là-bas à Déido. Quand tu vas même dire « École publique », malgré les centaines d’écoles publiques qu’il y a ici à Douala, le taximan va seulement te dire : « Dedans ! »

Parce que comme tu n’as rien précisé, n’est-ce pas ça signifie que ça se trouve là-bas à Déido ?

Et puis il y a aussi un truc qui m’interloque. Quand Petit-Pays construisait à côté d’un rond-point à Makèpè, c’est devenu le « rond-point Petit-Pays ». Quand la mère de Samuel Eto’o habitait dans un carrefour à Bonamoussadi, c’est devenu le « carrefour Samuel Eto’o ». Il y a même un quartier qui s’appelle Nylon (rien à voir avec le plastique), et qu’on retrouve à la fois à Bafoussam, à Douala et à Yaoundé.

Donc vous voulez me dire que les noms de quartiers sont finis ici dehors ?

 

PARDON DITES-MOI ! VOUS TERMINEZ TOUJOURS VOS CHOSES PAR LE COMMENCEMENT ?

Je ne sais pas comment les gens font pour se retrouver ici au Cameroun ! Eux ils commencent toujours leurs choses par la fin, et ils terminent toujours leurs choses par le commencement.

Le gars qui vient te dire qu’il a déjà envie d’apprendre à conduire, sois en sûr qu’il possède déjà son permis de conduire… Le gars qui vient te dire qu’il ne sait pas comment il va faire pour obtenir son permis de bâtir, sois-en sûr qu’il a déjà commencé à bâtir… Le gars qui vient te dire que « wèèèh ! Je vais même faire comment pour me marier avec la fille-là éééh ? », sois en sûr qu’il a déjà quatre enfants avec la fille en question, qu’il habite avec elle depuis les attentats du 11 septembre, et qu’il est même déjà parfaitement (re)connu dans la belle-famille !

Tu vois, moi-même j’ai dit « belle-famille » alors qu’il ne l’a même pas encore épousée

 

ESSAYEZ DE M’ÉCLAIRER SUR VOTRE NOMENCLATURE…

Quand Charles Ateba Eyené contestait notre nomenclature, on était là pour dire que « A’aka ! Lui aussi il bavarde trop. »

Vous-même dites-moi, voici les noms de nos carrefours : Sorcier, Sans Caleçon, Famlà’a, Trois Bordelles, Tournant-Dangereux, Mille Problèmes, Immeuble De La Mort, etc…

Si un enfant grandit dans un carrefour comme « Matango », comment voulez-vous qu’il devienne un non-saoulard ? Hein ? Dites-moi ! Si vous élevez votre enfant dans un carrefour comme « J’ai raté ma vie », vous pensez vraiment qu’il va réussir la sienne ? Hein ? Si pour aller à Village (qui n’est même pas ton village pour commencer), tu peux traverser Brazzaville, Dakar et Madagascar, comment tu auras encore l’envie de demander le visa normalement ? Hein ? Vous ne savez pas que les noms-là jouent sur notre psychologie ?

 

certaines pistes sont impraticables

certaines pistes sont impraticables

 

VRAI-VRAI HEIN, COMMENT VOUS FAITES MÊME POUR VOUS RETROUVER ICI AU CAMEROUN ?

Donc je n’ai plus jamais rappelé la fille de la veillée, même si je reconnais que ce n’était pas de sa faute. Ou alors disons que j’ai profité de cette histoire pour définitivement me séparer d’elle […]

 

Je dis hein, pourquoi c’est quand le feu passe au rouge, que tous les bendskineurs de Douala commencent à accélérer subitement ? Hein ?

Je demande hein, pourquoi c’est toujours le Chef de l’Etat qui choisit le coach des Lions Indomptables ?

Je veux savoir hein, pourquoi quand il faut acheter les avions de la Camair-Co, on confie ça aux gars de la Primature et de la Présidence, alors qu’ils ne connaissent rien de bon dans l’aéronautique ? Hein ?

 

Et dans tous les domaines c’est pareil, parce qu’on ne met jamais les bonnes personnes aux bons endroits. On organise toujours les choses à la dernière minute, et on est très-très à l’aise dans le désordre. J’ai même parfois l’impression que nos dirigeants achètent leur calendrier à Yokadouma…

« Vous voulez un décalage de combien d’années ? Vous voulez avoir la date du Moyen-Âge alors que nous sommes déjà au 21ème siècle ? Hein ? Comment vous faites même pour vous retrouver là-bas au Cameroun ? »

 

 

Ecclésiaste DEUDJUI

WhatsApp: (+237) 696.469.637

Tous mes articles sur http://achouka.mondoblog.org

7 réflexions au sujet de « Je dis hein, vous vous retrouvez même ici au Cameroun ? »

  1. Ah! Voici l’Ecclésiaste qui se comporte en vrai camérounais à l’égard d’une fille qu’il a toujours cherché à larguer.T’avais qu’à acheter GPS pour retrouver l’adresse exacte de la veillée où tu fus convier.Lol

  2. Excellent! Mais ça me surprends toujours hein, le ressemblance entre nos deux pays!
    « Le gars qui vient te dire qu’il a déjà envie d’apprendre à conduire, sois en sûr qu’il possède déjà son permis de conduire » #Mortderire

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