Kit de survie de l’étudiant camerounais

J’étais à la soutenance d’une de mes petites l’autre jour, elle venait d’obtenir son doctorat. Après les longs discours et les cérémonies cérémonieuses, elle est venue me remercier pour tout le matériel que je lui avais fourni pendant ces dures années de labeur.

Voici le matériel en question :

 

nos étudiants attendent les déstockages pour pouvoir se procurer des livres

nos étudiants attendent les déstockages pour pouvoir se procurer des livres

 

  • UN RÉVEIL

Mais bien sûr ! Vous croyez qu’elle aurait franchi tous ces paliers si je ne lui avais pas donné mon vieux réveil-là ? (et en plus j’avais même rechargé les piles).

Dans nos universités, les TD ont lieu à toute heure. On peut te dire que c’est à minuit oooh ! On peut t’appeler à 14h pour te dire que c’est à 14h30 oooh ! C’est ton problème si tu n’as pas l’heure.

Mais surtout, mon réveil servait pour les cours qui ont lieu à six heures et quart du matin. Le genre que ton sommeil est encore sucré jusqu’ààààààà… Et là il te faut absolument une alarme qui te chauffe correctement dans les oreilles !

 

  • UNE PAIRE DE JUMELLES

Heureusement que j’ai mon oncle qui est commissaire, sinon j’aurai trouvé ça où ? Hein ? Vous avez déjà vu une paire de jumelles dans les rues de Douala ?

J’ai donc offert ça à ma petite quand elle entrait en année de licence, pour qu’elle puisse bien voir ses résultats lorsqu’on affiche ça minguili-minguili sur le babillard. Et puis ça lui a aussi servi quand elle arrivait en retard, et qu’elle devait s’asseoir au fin fond de l’amphi. Le genre de place que tu ne peux même pas lire ce que le professeur gribouille là-bas sur son minuscule tableau vert…

 

  • UNE PAIRE D’ÉCOUTEURS

Attention hein, je ne lui ai pas donné mes écouteurs beat for Dre pour qu’elle parte suivre la musique avec. Nôôô. Je lui ai plutôt donné le genre que quand tu mets ça sur tes oreilles, tu n’entends plus les bavardages qu’il y a autour de toi. Et donc la nuit, quand tous les snack-bars de la cité universitaire étaient en train de faire du boucan comme d’habitude, ma petite était tranquillement chez elle en train de revisiter ses leçons…

 

  • UN TÉLÉPHONE iTEL

Quand elle a obtenu son master, je lui ai offert un téléphone iTel de seconde main. Pas pour la joindre hein, elle a déjà un téléphone deux-puces pour m’appeler.

C’était surtout pour le restaurant universitaire, parce que quand tu arrives là-bas tant pis si tu as oublié ta cuiller ou ta fourchette à la maison…

Et donc ma petite n’avait plus de souci, elle enlevait le derrière de la coque de son téléphone iTel, et elle utilisait ça comme une cuiller (vous voyez même ce que je veux dire ?). C’est avec ça qu’elle a donc mangé les poulets à la dioxine, les sauces d’arachide sans arachides, les riz parfumés qui n’avaient aucun parfum dans l’odorat… Et les bobolòs qui étaient costauds comme les muscles de Schwarzenegger !

 

Enfin, je lui ai remis un paquet de préservatifs, lorsqu’elle a entamé son année de doctorat. Il y a quoi ? Même si elle a couché avec un professeur, est-ce que c’était alors un nouveau professeur ?…

Et donc je lui avais dit que je savais qu’elle allait être la cible de ses encadreurs académiques, et qu’ils allaient la harceler et la menacer sérieusement de freiner même son avancement.

Résultat : elle ne m’a jamais montré le reste du paquet…

 

l'activité principale de nos étudiants, ce sont les jeux universitaires...

l’activité principale de nos étudiants, ce sont les jeux universitaires…

 

KIT DE SURVIVANCE ESTUDIANTINE CAMEROUNAISE

Et maintenant nous sommes en joie, après ces longues années de labeur. La petite est venue me remercier pour tout le matériel que je lui avais fourni, pendant ces durs moments.

 

Je lui avais aussi remis un gros sac de tapioca, avec quelques paquets de sucre.

Je lui avais fait cadeau d’une lampe-tempête des temps anciens, pour qu’elle puisse parfois réviser ses enseignements dans l’obscurité.

Je lui avais donné des tas de fascicules photocopiés, et puis aussi une vieille paire de tennis, pour les nombreuses marches qu’on allait lui faire subir là-bas au campus…

 

Et puis je lui avais demandé de rester calme, de ne pas se décourager. De ne pas escompter une quelconque bourse ni un quelconque subside de notre gouvernement, mais de travailler seulement.

Parce que les universités camerounaises c’est des monstres sans visage. Elles engloutissent nos enfants sans jamais se rassasier, et chaque année elles en redemandent.

Nos universités nous fabriquent des « bavardeurs » comme Jacques, le fameux Ndongo. Elles nous produisent des resquilleurs et des photocopieurs. Nos universités sont devenues des foyers de prostitution et du chômage. Des bureaux de l’homosexualité. Des terreaux des jeux de hasard. Des réseaux de recrutement pour les sectes ésotériques et autres mysticismes.

 

Mais ce n’est pas grave, puisqu’on dit qu’en 2035 il y aura déjà l’émergence…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

WhatsApp: (+237) 696.469.637

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9 réflexions au sujet de « Kit de survie de l’étudiant camerounais »

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