Ecclésiaste Deudjui

Quoi que les Camerounais te disent, il ne faut pas les écouter

Hum ! Quand je dis souvent que la langue camerounaise est l’une des plus complexes au monde, les gens pensent toujours que je blague. N’est-ce pas voilà un Français qui s’est fait escroquer l’autre jour, à cause d’une erreur de sémantique ? Les arnaqueurs lui ont dit : « On est ensemble, attends-nous là, on arrive. »

Et l’imbécile s’est mis à les attendre sur place comme un idiot…

 

Les Camerounais (dé)tournent les mots pour atteindre leurs objectifs
Les Camerounais (dé)tournent les mots pour atteindre leurs objectifs

 

QUAND ILS DISENT « merci beaucoup », IL NE FAUT PAS TE RASSURER

Ici chez nous, le merci n’a rien à voir avec un remerciement. Et quand on ajoute « beaucoup » à côté, ça veut dire que la personne est très-très-très énervée. Si quelqu’un te dit « merci beaucoup », il faut vite te dépêcher d’aller réparer toutes tes erreurs…

 

QUAND ILS DISENT « tu m’as bien regardé ? », IL NE FAUT PLUS LES REGARDER

N’est-ce pas si tu es nouveau tu vas commencer à le regarder des pieds à la tête ? Alors qu’il attend plutôt que tu ne le regardes plus ?

« Tu m’as bien regardé ? » est une expression d’indignation. Ça veut dire que même si je viens de te demander le transfert de 250, ne pars pas croire que je suis à 250 francs près…

 

QUAND ILS DISENT « j’arrive », IL NE FAUT JAMAIS LES ATTENDRE

Ou c’est Jésus-Christ qui nous a contaminé oooh ! En tous cas quand un Camerounais te dit qu’il arrive, ça veut dire qu’il n’arrivera jamais. Mais s’il ajoute « attends-moi là ! », ça veut dire qu’il va revenir avec une arme bien tranchante…

De toute façon si un Camerounais te dit qu’il arrive et que tu restes là pour l’attendre, c’est ton problème !

 

QUAND ILS DISENT « ne me dis pas », IL FAUT PLUTÔT LEUR RACONTER

Voilà encore un paradoxe du langage camerounais. Quand quelqu’un te dit « ne me dis pas », c’est pour te dire de tout dire. C’est la formule que nos kongosseuses utilisent dans les sous-quartiers et dans les centres de beauté, pour malparler des gens à longueur de journée. « Çaaaaaaah ! Donc vrai-vrai il sortait avec les deux femmes-là au même moment ? Ne me dis pas ! »

 

QUAND ILS DISENT « mon frère, je suis où ? », IL NE FAUT PAS LES ORIENTER

Ce n’est pas la peine d’aller chercher ta boussole si un gars te demande où il se trouve. En réalité, cette question est beaucoup plus philosophique que géographique. On l’utilise pour démontrer qu’on est négligeable dans ce pays qui écrase tout sur son passage, et qu’on est prêt à tout accepter. On l’utilise aussi quand on est en train de quémander quelque chose : « Trouve-moi même 200-là mon frère. Je suis où ? »

 

Les Camerounais mentent sans avoir froid dans le regard
Les Camerounais mentent sans avoir froid dans le regard

 

QUOI QUE LES CAMEROUNAIS VOUS DISENT, IL NE FAUT PAS LES ÉCOUTER

Donc voilà, je comprends maintenant comment on a entourloupé le Français d’autrui. Achouka ngongoli, ça va lui apprendre à prendre toutes nos phrases au premier degré.

 

Ici chez nous si une fille te dit « laisse-moi », ça veut dire qu’il faut plutôt la caresser.

Ici chez nous si un homme appelle sa femme « la bonne dame », ça veut dire qu’elle est plutôt mauvaise.

Ici chez nous quand tu as beaucoup d’argent, les gens disent que tu as un peu.

Ici chez nous quand les gens te demandent si tu vois clair, ce ne sont pas des opticiens, c’est seulement pour savoir si tu t’en sors.

 

On déforme la réalité, on masque les mots, on dit le contraire de ce qu’on pense. Et tant pis pour ceux qui nous écoutent sans réfléchir…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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alcoolisme : faire-quoi faire-quoi, ils vont vous amener à boire

Hum ! Le gouvernement camerounais m’amuse hein. J’entends dire partout qu’ils veulent faire passer une loi contre le terrorisme. Ils connaissent quoi dans le terrorisme ? On leur a dit que c’est seulement Boko Haram ?

Depuis 1948 et l’arrivée des Brasseries, il y a un groupe de terroristes qui sèment la terreur dans toute la population camerounaise. Voici leurs méthodes :

 

distraction préférée des Camerounais, le bar. Crédit: Ecclésiaste DEUDJUI
distraction préférée des Camerounais, le bar. Crédit: Ecclésiaste DEUDJUI

 

« ON T’A OPÉRÉ ? »

Ça c’est leur phrase préférée. Lorsqu’ils t’invitent à leur table, ils te balancent cette question-là pour te fragiliser, et pour t’amener à prendre une grande bière. Même lorsque tu leur dis que tu es sous traitement antibiotique, et qu’il te faut de l’eau minérale, eux ils restent de marbre : « Un malade vient chercher quoi au bar ? Si tu es malade tu pars te coucher à la maison… »

 

« ON NE DOUBLE PAS LE JUS »

Si par mégarde tu as réussi à commander un jus d’ananas devant ces nouveaux terroristes, eh bien sache que c’est ta première et ta dernière bouteille. Mais oui ! Tous les Camerounais savent qu’on ne double pas le jus ! Sois tu changes la couleur de ta bouteille dès que tu finis, sois tu rentres tranquillement te coucher chez toi ; et tu laisses les vraies personnes faire leurs affaires. Dis-donc ! On t’a vraiment opéré ?

 

« TU LÈCHES SEULEMENT ? »

Voilà alors ce qu’ils disent quand ils ont réussi à te faire rester à leur table, et à remplacer ta bouteille de jus par une bouteille plus sombre… Entre-temps ils prennent la peine de t’observer, pour voir si tu bois rapidement ou pas. Histoire de te faire comprendre que si tu crois que tu vas siroter une bière pendant que nous sommes déjà à 5 ou bien à 6, hum, comment te dire ça… TU AS MENTI !

 

« ON EST OBLIGÉS DE PAYER, MAIS ON N’EST PAS OBLIGÉS DE FINIR »

Ça c’est quand ils ont réussi à te convaincre de boire rapidement, et que tu te demandes comment tu vas enchaîner avec les trois autres bouteilles qu’ils ont ajoutées devant toi. C’est alors qu’ils te disent ça pour te rassurer, parce qu’ils sentent que tu paniques un peu. On n’est pas obligés de finir, ne t’inquiète pas, il faut boire à ton rythme.

Mais petit à petit tu te retrouves en train de « finir » toutes ces bières…

 

« LE REMÈDE DE LA BIÈRE C’EST LA BIÈRE »

Ici c’est le matin. Vous avez déjà bu pendant toute la soirée, et tu ne sais par quel miracle tu as réussi à boire toutes ces grandes bouteilles… Tu as la gueule de bois, tu es bourré, tu es fatigué, tu ne vois même plus très bien, il te faut de l’eau fraîche ou une bouteille de jus bien congelée.

Mais nos terroristes t’en empêchent, ils te disent que le remède de la bière c’est la bière ! Ou on apprend ça dans quelle école de médecine oooh ? En tous cas ils te convainquent, et te voilà qui dit à la serveuse de t’ajouter deux médicaments bien glacés sur la table…

 

Tous les jours les brasseries du pays ravitaillent les bars camerounais
Tous les jours les brasseries du pays ravitaillent les bars camerounais

 

FAIRE- FAIRE-QUOI FAIRE-QUOI, ILS VONT NOUS AMENER À BOIRE

Donc c’est comme ça, la population camerounaise boit plus qu’elle ne se cultive. Elle se saoule plus qu’elle ne s’informe. Et elle s’abrutit plus qu’elle ne s’éduque…

 

Au Cameroun, il y a des terroristes d’un nouveau genre. Ils t’intimident, ils t’hypnotisent, ils te conditionnent, ils t’impressionnent. Tout ça pour t’amener à boire…

Ils te conseillent de ne pas boire la bière des femmes (massa ! c’est encore quelle qualité de bière ?)

Ils te demandent quel est ton record dans les alcools (est-ce que tu peux même finir un casier ?)

Ils veulent savoir si tu as déjà bu les vrais whiskies, les vrais scotchs, les vraies liqueurs, les vrais vins rouges…

Ils se multiplient tous les jours, ils sont de plus en plus nombreux, ils sont partout, ils sont incontrôlables.

 

Et ils ont réussi à prendre tout un pays en otage !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Au Cameroun, l’espérance de vie est de 90 minutes

Tant pis pour ceux qui n’aiment pas le football ! Moi j’ai fait un constat qui est clair, c’est que la vie d’un Camerounais ressemble de plus en plus à un match du championnat français. Mais c’est vrai ! Il y a la période d’observation, il y a les interruptions intempestives, il y a les coups de pieds arrêtés, il y a les hors-jeu et tout le tralala. Il y a même les prolongations, quand notre chef de l’Etat tente de s’éterniser au pouvoir…

 

des jeunes sans emplois qui s'adonnent aux jeux-vidéos

 

LA PÉRIODE D’OBSERVATION

Ça c’est quand l’arbitre donne le coup d’envoi, c’est-à-dire à ta naissance. Dans un match du championnat français tu as presque 25 minutes pour étudier le jeu de l’adversaire, mais ici chez nous on te donne jusqu’à 14-15 ans. Le temps d’apprendre comment il faut te bagarrer dans la cour de récréation, comment il faut mémoriser nos proverbes à la con, comment il faut mentir à tes parents et à tes grands-parents, comment il faut escroquer tes camarades de classe, comment il faut insulter la maîtresse d’école.

Cette période-là est très-très importante pour nous autres, parce que si tu la loupes tu vas croire que tous les Camerounais sont honnêtes. Et on va te remplacer avant même la 1ère mi-temps…

 

LES INTERRUPTIONS INTEMPESTIVES

N’est-ce pas je vous ai dit que c’est comme dans le championnat français ? Ennuyeux ? Donc même si le vent fait seulement semblant de te frôler, l’arbitre va sauf que interrompre le jeu. Chez nous ici, on va plutôt siffler la fiesta ! Pour un oui pour un non, on organise de grandes manifestations. Tu te maries, tu célèbres ! Tu divorces, tu célèbres ! J’ai même déjà vu des femmes ici qui ont carrément déterré leur vie de jeune fille…

Sérieusement, les Camerounais font la fête pour n’importe quoi. Et c’est comme ça qu’ils peuvent perdre la possession de balle à tout moment. Tu vois un gars qui était déjà (multi)millionnaire, mais le-voilà qui recommence sa vie à zéro parce qu’il avait tout dépensé dans l’anniversaire de sa cousine…

 

LES COUPS DE PIED ARRÊTÉS

Ceci alors c’est le cœur du jeu. Quand l’équipe du Cameroun exerce un pressing haut (coupures d’électricité, eau non potable, formalités administratives, factures…) sur ta vie, il faut savoir rester calme et résister. Car si tu n’arrives pas à bien gérer les temps forts et (surtout) les temps faibles de ta vie, c’est que tu as déjà perdu le match ! Les coups de pieds arrêtés qu’on subit au Cameroun, il y en a plusieurs :

Les pénaltys : ça c’est quand le gouvernement vient détruire ta maison sans même te dédommager.

Les coups-francs directs et indirects : ça c’est quand tu as des problèmes avec ton bailleur qui veut t’expulser là-là-là, ou quand tu viens de perdre ton 4ème emploi.

Les corners : ça c’est quand tu tombes malade et que tu dois te rendre dans nos hôpitaux mortifères. Hum ! Il y a de simples corners qui finissent par des buts encaissés hein…

Les remises en jeu : ça c’est fréquent, et ce n’est pas vraiment grave. C’est quand les impôts viennent pour sceller ta boutique, ou quand la police t’interpelle en route. Tu relances simplement le jeu en leur donnant une ou deux bières…

 

LES HORS-JEU

Voilà enfin une partie du jeu qui peut te faire apprécier le football. Le hors-jeu, c’est quand tu te crées une occasion inattendue dans la défense imperméable du Cameroun, et que si tu es fort tu réussis même à marquer le but (construire une maison, faire un enfant, épouser une femme, aller à l’étranger). Un pari sportif peut te mettre en situation de hors-jeu. La feymania peut te mettre en situation de hors-jeu. Un vol dans les deniers publics peut te mettre en situation de hors-jeu. Un cambriolage à main armée peut te mettre en situation de hors-jeu. Même la nzatt (le hasard) peut te mettre en position de hors-jeu, parce que je vois des gars ici qui refusent les buts que eux-mêmes ils ont marqués avec les filles…

 

dans nos marchés, ça cafouille de gagne-petits

 

LA VIE D’UN CAMEROUNAIS, C’EST COMME UN MATCH DE FOOTBALL

Donc c’est comme ça ici, les Camerounais vivent pendant 90 minutes. Ceux qui sont malhonnêtes marquent des quintuplés avec leurs immeubles. Ceux qui sont bons parleurs marquent des doublés ou des triplés avec leurs mariages. Ceux qui sont dans le gouvernement marquent plus de 30 buts avec leurs enfants. Et ces enfants marquent plus de 50 buts avec leurs voyages…

 

Dans la vie d’un Camerounais, on déteste le temps additionnel. En général on a déjà soixante ans dans les arrêts de jeu, on n’a pas de pension retraite, et on s’inquiète pour l’avenir de ses enfants.

On repense encore à cette fameuse mi-temps il y a trente ans, quand on pensait encore qu’on allait changer le cours de la rencontre, et obtenir au moins le point du match nul…

Qu’est-ce que nous étions naïfs !

 

En réalité, on a assisté au match de notre vie comme si on était des spectateurs, parce que l’aire de jeu ne nous permettait pas de s’exprimer. Nous étions des attaquants, mais nous passions tout notre temps à nous défendre ! On prenait des cartons jaunes avec le choléra et le paludisme, et on voyait notre entourage prendre le rouge direct, dans des accidents vasculaires de la circulation…

On multipliait les contestations arbitrales, on revendiquait nos droits civiques (bourses, salaires, etc), on contredisait les résultats électoraux. Avant de comprendre que l’arbitre de la partie ce n’était pas la Justice, c’était plutôt l’Injustice ! Et que ses deux assistants c’étaient la Corruption généralisée et l’Impunité la plus totale…

 

Au Cameroun, l’espérance de vie n’est que de 90 minutes. Mais bizarrement, personne ne souhaite que ça s’allonge.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Comment impressionner une Camerounaise ?

J’ai un ami qui a failli se suicider l’autre jour. Il était sur le pont du Wouri (le 2e), je l’ai trouvé bizarre… Je lui ai saisi la main avant de lui demander ce qui n’allait pas. Il m’a appris que sa copine venait juste de le quitter et qu’il était déçu par l’amour.

Ma réponse a fusé, si c’est seulement pour ça, viens je vais te dire comment tu peux récupérer ta Camerounaise…

 

avec une voiture, c'est plus facile de séduire les Camerounaises
Avec une voiture, c’est plus facile de séduire les Camerounaises

 

1-       ACHETER UNE VALISE À ROULETTES

Mais bien sûr ! Au lieu d’aller risquer sa vie sur un pont qui est encore (et toujours) en construction, il ferait mieux d’aller s’acheter une valise à roulettes. Le genre de valise que quand tu roules ça sur le goudron, les filles croient seulement que tu sors tout droit de l’aéroport. Même s’il n’y a rien à l’intérieur, peu importe. Si tu veux même tu gardes tes bâtons de manioc là-dedans. Ce qui compte, c’est que de loin tu ressembles à un voyageur !

 

2-       CHANGER SA PHOTO DE PROFIL SUR FACEBOOK

Mais tu ne vois pas comment les gars font ? C’est quoi cette histoire que tu ne changes jamais ta photo de couverture ? Les filles vont te remarquer comment ? Il faut te filmer avec David Eto’o (Samuel c’est trop compliqué), il faut te filmer dans le bureau de ton meilleur ami, il faut profiter quand ton oncle prend sa douche dans la salle de bain, pour aller rapidement te filmer dans son salon Louis XIV…

 

3-       DEMANDER LE PRIX DU CARBURANT

Mais pas n’importe comment hein, dis donc. Il faut être technique. Il faut montrer à la petite que l’augmentation du prix de l’essence, ça t’énerve jusqu’àààààààà… Comme ça même si tu n’as pas encore de voiture, elle va au moins comprendre que ça fait déjà partie de tes projets.

 

4-       ACHETER UNE PUCE NEXTTEL

Même si les Vietnamiens viennent d’arriver, ça fait quoi ? Il te faut une puce Nexttel coûte que coûte ! Comme ça, ça va t’obliger à acheter un 4e téléphone chinois, en plus de ton Orange (j’ai pas dit pamplemousse), de ton MTN (vaut mieux que deux tu l’auras), et de ton téléphone Camtel (je rigole, personne n’utilise Camtel au Cameroun…).

Nos filles aiment bien quand leur gars s’assoit quelque part en déposant cinquante téléphones sur la table !

 

5-       BOIRE LA GRANDE GUINNESS

Mais je dis hein, on t’a opéré ? C’est même normal que tu cherches à te suicider… Comment tu veux gagner le respect d’une Camerounaise, et surtout son cœur qui est dur comme le caillou-là, si tu te mets à boire les jus d’ananas lorsque tu es avec elle ? Il faut lui montrer que tu es un Homme, un vrai ! Soit tu enchaînes 3 ou 4 grandes Guinness devant elle, soit tu lui promets que si on te laisse toute une journée du matin jusqu’au soir, tu pourras finir tout un casier de Beaufort ordinaire de façon tout à fait extraordinaire…

 

les gars jouent les caïds dans les soirées, pour impressionner les filles
Les gars jouent les caïds dans les soirées, pour impressionner les filles

 

COMMENT IMPRESSIONNER UNE CAMEROUNAISE ?

Donc voilà, voilà ma part de conseils que je peux donner à l’enfant d’autrui. Ou qui lui a même dit que l’amour existe encore oooh ! En tous cas, pour impressionner une Camerounaise, c’est la chose la plus facile du monde. Tu peux t’adosser sur une grosse moto, tu peux utiliser un passeport ou une carte de crédit périmés, tu peux passer à la télé dans les émissions où on tend le micro à l’homme de la rue (vous entendez même ? Homme-De-La-Rue !).

Tu peux dire à la fille que tu habites à Bonapriso, ou bien à Santa Barbara. Tu peux lui dire que tu connais le cousin de la mère de la femme qui taille le gazon dans les jardins de la présidence de la République, et elle va seulement tomber sans glisser. Tu peux utiliser des mots savants qu’elle ne comprend même pas très bien (ni toi-même d’ailleurs). Tu peux marcher avec des formats A4, ou pourquoi pas avec des classeurs et des photocopies, pourvu que tu lui donnes l’impression d’être quelqu’un de vraiment très intelligent.

Tu peux te promener avec de gros écouteurs Beat for Dre, ou avec des tablettes iPad et des iPhones, pour(vu) qu’elle sente que tu es un gars qui n’est pas né de la dernière technologie.

 

Dis donc ! Il y a quoi de compliqué dans cette histoire ?

 

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Rituels funéraires : les Bamilékés ont tout compris

Les Bamilékés ont compris la mort !

Cette idée m’est venue toute seule, comme un miracle. Ça m’est venu aux funérailles de ma belle-sœur. Les gens dansaient tout autour de moi, et d’autres battaient dans un tam-tam qui ne leur avait pourtant jamais rien fait de mal…

Sérieusement, ça m’est apparu comme la Vierge Marie apparaît souvent à certains esprits lubriques ! Il y avait des ténors qui tapaient dans le tam-tam, donc, et puis il y avait un rang qui était en réalité un cercle. Les gens entraient dans ce cercle en désordre, et puis en ressortaient. De temps en temps ils reprenaient en chœur les paroles des animateurs, en patois, et puis ils accéléraient la cadence de leur danse qui consistait à taper les pieds dans la terre, et qu’on appelle au Cameroun le bend-skin.

Il était minuit trente.

 

enterrement du cercueil

 

Dans nos enterrements et dans nos funérailles, les gens arrivent de tout le pays. Ils prennent leur voiture personnelle et ils accélèrent en compagnie de leurs enfants. Ceux qui n’ont pas de véhicule prennent les cars, les cargos parfois, les racolages. Ils voyagent comme ils peuvent, ils s’asseyent en petits chauffeurs dans les coasters ou sur les escaliers dans les gros porteurs, peu importe. L’essentiel c’est d’arriver au deuil, parce qu’il ne faut surtout pas manquer l’enterrement au village…

Chez nous les Bamilékés, on se salue comme si la veille nous nous étions vus, pourtant il y a parfois dix années qui nous séparent. Et la dernière fois, c’était déjà à un enterrement…

Chez nous au village, quand on se retrouve dans une cérémonie funéraire, on passe le temps à rigoler. On oublie que la vie en ville est difficile, on se rend compte de la chance qu’on a d’être encore sur ses quatre membres. On ne sait pas si le prochain enterrement ou bien le prochain recueillement, ce sera en l’honneur de notre mémoire…

On passe le temps à manger et à boire de la bière. Il y a toujours des femmes qui sont en train de préparer le repas sur les feux de bois et qui lèvent la tête et te demandent si tout va bien. Il y a la gastro-entérite qui n’est pas loin de te (re)prendre parce que tu mélanges toutes les nourritures et que tu ne te laves même pas les mains. Il y a les petits neveux de la famille qui te montrent déjà comment on boit la grande Guinness… Il y a des villageois qui viennent te faire des présentations de telle ou telle personne avec leurs dents jaunâtres, et puis vous vous esclaffez ; vous bavardez. La nuit venant, vous somnolez comme vous pouvez sur des chaises bancales ou bien sur des tables mal équilibrées…

Chez nous quand tu meurs on tape le tam-tam deux fois. D’abord la nuit pour le vrai deuil, ensuite le matin pour dire au revoir à tous ceux qui sont venus pour apporter leur soutien.

La nuit, tu vois comment les gens entrent en transe. Ils accompagnent les batteurs comme un seul homme, comme une seule personne. Ils entonnent des chants funéraires et mortuaires comme pour commémorer la disparition d’un être cher, d’un être très-très-très cher…

Alors qu’il est 2 heures du matin, dans un coin perdu du globe, tu te sens fier d’être bamiléké. Tu t’en fous de ton costume ridicule qui est là pour te protéger du froid. Tu te moques de la poussière que tu soulèves avec tes pas de danse grotesques. Tu donnerais tout ce que tu possèdes pour communier avec le reste des danseurs, si et seulement si ça pouvait ramener tous ceux qui nous ont quittés…

Chez nous les Bamilékés, le deuil de chacun c’est le deuil de n’importe qui. Le deuil de quelqu’un c’est le deuil de tout le monde. Si tu regardes bien les yeux des gens pendant les rituels, tu vas voir que tout le monde pleure. Derrière notre apparente crédulité face à la mort, il y a une grande tristesse que nous essayons de camoufler. Il y a que nous ne voulons pas accepter le sort qui nous est réservé, et que c’est pour cela que nous disons NON à la mort en disant OUI à la vie. C’est pour cela que nous banalisons l’existence pendant nos funérailles : en buvant, en dansant, en mangeant, en s’amusant, en bavardant. Et en oubliant !

Chez nous quand on pleure pour le mort, en réalité on pleure pour toutes les morts du monde !

À LA FIN, IL N’Y A MÊME PAS DE FIN. Il y a des gens qui tirent des coups de fusil traditionnel, lesquels coups symbolisent des marques de déférence envers le défunt. Il y a les proches du disparu qui portent des chapeaux bizarres sur la tête, et qui partent se mettre à genoux devant les notables de la chefferie. Il y a des gens qui cessent de danser et de pleurer et qui poussent des cris stridents en mettant une main sur la bouche, et l’autre main pointée vers le ciel…

À la fin, c’est chacun qui rentre chez lui avec ses remords et ses chagrins, sans même dire au revoir à personne, en se demandant à quoi ça sert de courir pendant toute la vie, si c’est pour se coucher ainsi pendant toute la mort…

 

victuailles pendant les funérailles

 

Les Bamilékés ont tout compris !

J’ai cessé de me moquer, et de railler. Je comprends maintenant pourquoi tous les week-ends tu les vois sur les axes lourds, aller dépenser toutes leurs économies de la semaine.

C’est parce que les deuils de chez nous, ça ne concerne pas seulement la mort, ça concerne aussi (et surtout) la vie.

Les funérailles de chez nous, c’est pour se poser la question : « Et puis quoi ? ». C’est pour célébrer les morts, les personnes disparues il y a dix ans, il y a vingt ans, il y a trente ans, il y a quarante ans. C’est pour leur dire qu’on ne les oubliera jamais. C’est pour remercier nos ancêtres, qu’on n’a jamais vus, mais dont on sait qu’ils seront toujours là. C’est pour revoir les membres de la famille, car on ne sait jamais à quel moment ils nous diront adieu. Ou que nous leur dirons adieu.

La vie est ainsi faite, et c’est comme ça.

Alors les Bamilékés mangent, les Bamilékés rient, les Bamilékés dansent, les Bamilékés s’amusent. Les Bamilékés chantent pendant toute la nuit, et ils pleurent en même temps. Les Bamilékés préservent la seule chose qui pour eux a encore un sens dans ce monde pourri, et qui s’appelle la Transcendance.

Tout le reste n’est que fioriture.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Dictionnaire amoureux de la drague camerounaise

 

Dernièrement encore je discutais avec une camarade Allemande. Elle nous reprochait d’être si abrupts dans la drague, d’être moins romantiques, et de ne pas du tout savoir comment est-ce qu’il faut s’adresser à une femme.

Quoi ça ? Nous les Camerounais, ne pas savoir comment il faut s’adresser à une femme ?

J’ai tout de suite décidé de lui démontrer qu’elle avait tort…

 

l'amour c'est de trouver la bonne personne

 

« BONJOUR MA CHÉRIE »

C’est à cause de cette phrase d’attaque qu’elle prétend que nous sommes des goujats ? Hein ? Elle ne sait pas que nous ici, nous brisons la glace avec des marteaux piqueurs ? Qu’est-ce qu’il y a même d’anormal à appeler quelqu’un « ma chérie », même si c’est la première fois qu’on la rencontre ?

 

« TU BOIS QUOI ? »

Déjà il y a le tutoiement qui surgit à l’improviste, mais c’est tout à fait normal. Ici chez nous, on tutoie n’importe qui n’importe comment : dans le taxi, dans les bureaux, dans les restaurants… Et en général c’est même pour t’insulter.

Donc si un gars te demande ce que tu bois, il faut plutôt retenir le verbe boire. Et puis la boisson n’est qu’un prétexte, c’est juste un moyen de s’asseoir dans un bar pour discuter. Car il n’y a pas d’espaces publics dans notre Cameroun !

 

« JE TE REMARQUE QUELQUE PART »

Mais évidemment qu’il te remarque, puisqu’il vient de te voir il y a cinq secondes… Où est le problème si tu ne l’avais jamais vu (aupar)avant ?

J’avoue que c’est un peu bateau quand même comme méthode, parce que ça manque d’improvisation. Mais je trouve que ça reste une marque de considération considérable, parce que les gars qui s’en foutent passent directement à la phrase suivante.

 

« ON PART VOIR LA MAISON ? »

Je dis hein, c’est la maison d’Elvis Presley à Graceland ? Pourquoi est-ce que les Camerounais aiment parler de leur maison comme ça aux filles, comme s’il s’agissait d’un monument historique ! C’est une nouvelle maison ? Il y a quoi dans la maison-là qu’on n’a jamais vu nulle part ?

Mais il ne faut pas trop mal le prendre, parfois c’est simplement parce qu’ils ne savent pas s’y prendre…

 

« MA MAISON N’EST PAS UN MUSÉE »

Ça c’est quand la fille refuse de l’embrasser sur la bouche, alors qu’elle était simplement venue pour « voir la maison ». C’est là que le gars lui sort alors les formules philosophiques du genre « Un garçon n’est pas l’ami d’une fille ». Si on te dit que c’est le gars-là qui était muet pendant toute la soirée, tu vas sauf que mettre ta main au feu de bois…

 

« TU ÉTAIS OÙ ? ET AVEC QUI ? »

Même si le ton de ces questions est en général péremptoire (et parfois suivi d’une bonne gifle), il faut les prendre comme des marques d’affection. Parce que le Camerounais moyen ne sait pas dire « Je t’aime » à sa copine. Pour connaître ses sentiments, il faut (sa)voir s’il est jaloux ou pas. Et s’il est radin. Car on n’est jamais radin avec La Femme qu’on aime…

 

« MON SANG NE COLLE PAS »

Ça c’est la formule des tripatouilleurs. « Mon sang ne colle pas avec ta famille », « Mon sang ne colle pas avec le mariage », « Mon sang ne colle pas avec les enfants… »

Si un gars commence déjà toutes ses phrases de cette façon, il faut le quitter. C’est simplement quelqu’un qui a déjà obtenu ce qu’il voulait, et qui cherche une échappatoire pour se départir de vous.

S’il veut commencer son baratin-là, il faut lui répondre : « C’est le super-glu ? Est-ce que ça avait d’abord collé un jour ? »

 

deux dragueurs se disputant une conquête

 

POURQUOI DRAGUE-T-ON AU CAMEROUN ?

Donc voilà, les Camerounais sont des mauvais dragueurs. Ils ne savent pas dire à une femme qu’ils l’aiment, ils ne savent pas la faire rêver, ils ne savent même pas la faire respecter dans leur entourage…

Les Camerounais draguent comme ils vivent, c’est-à-dire en désordre, c’est-à-dire à l’improviste, c’est-à-dire sans vraiment savoir ce qu’ils recherchent…

Les Camerounais draguent les femmes parce que c’est le seul moyen pour eux d’accéder à l’acte sexuel…

 

Les Camerounais ne sont pas respectueux, les Camerounais ne sont pas honnêtes. Ils draguent parfois les femmes pour leur argent. Ils engrossent les filles du quartier et ils déménagent ensuite. Ils séduisent les femmes dans la rue, ils multiplient les conquêtes, ils leur font miroiter monts et merveilles…

Dans la vraie vie ils sont des crapauds, mais dans la drague ils se font passer pour des princes.

 

Tsuiiiiiiip ! Est-ce que quelqu’un peut alors m’aider à traduire tout ceci en allemand ?…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Cameroun : il faut supprimer la philosophie en Terminale !

 J’ai le droit de proposer norr ? Puisqu’on dit tous les jours à la radio que le Cameroun nous appartient nous tous ! Alors, même si le ministre-prisonnier-là ne va pas m’écouter, je propose qu’on garde le Probatoire mais qu’on supprime la philosophie en terminale. En voici mes raisons :

 

élèves de terminale C au lycée classique de Bafoussam. Copyright: Ecclésiaste DEUDJUI
élèves de terminale C au lycée classique de Bafoussam. Copyright: Ecclésiaste DEUDJUI

 

NOTRE PHILOSOPHIE FORME DES « INTELLECT-TUEURS »

Je vous ai déjà parlé de cette race d’intellectuels qu’on a ici au pays, et qui nous tuent plutôt l’intelligence. Je suis parti du constat que quand un Camerounais en cravate veut te démontrer quelque chose, il te parle en latin. Est-ce qu’il y a le latin dans les langues Camerounaises ? Je ne comprends pas cette manie que pour parler d’économie, de football ou bien des bendskineurs, nos administrateurs doivent te citer des gens que tu ne connaissais même pas avant. Et qui sont déjà morts pour la plupart…

Quand on leur parle du prix du plantain au marché (ou du pétrole), ou de la raréfaction des bouteilles de gaz, ils te répondent que « Descartes avait dit que… », « Socrate avait dit que… ». Dis-donc ! Est-ce que nous sommes dans la Grèce antique ici ? Ou même dans la France du 17ème siècle ? Si Descartes disait qu’il « était » parce qu’il était en train de « penser » quand il le disait, c’était parce que ses enfants avaient suffisamment de quoi manger à la maison…

Nous, pas !

 

Le problème avec la philosophie camerounaise en terminale, c’est qu’elle n’a rien de philosophique ! Elle est plutôt rhétorique, elle est plutôt sophiste (voire sophistiquée), elle est plutôt linguistique. Elle est plutôt bavardage, elle est plutôt « blabladage ». Elle permet à nos différents ministres de jouer avec les mots, et de (ne pas) répondre à nos préoccupations par des tournures langagières (n’est-ce pas ils ont appris la maïeutique ?)… Elle leur permet de se pavaner à la télévision, de frustrer les petites gens, et d’aligner des citations alors que ce n’est même pas ça qu’on leur a demandé…

La seule chose qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils ne savent rien !

 

 

TOUS LES CAMEROUNAIS SONT DÉJÀ PHILOSOPHES

Est-ce qu’il y a besoin d’une école pour apprendre à philosopher au Cameroun(ais) ? Est-ce qu’il y a besoin d’une université pour nous apprendre à s’interroger sur notre « nous » ? Sur l’Univers ? Sur le Monde ? Sur la Mort ? Et sur Dieu ?

Les Camerounais sont déjà assez philosophes comme ça, je vous assure ! Ils sont déjà assez matures pour comprendre le sens des questions : « Tu me connais même ? », « Où est l’homme ? », « Je sais ? », « Tu es qui ? », « Moi quoi ? ». Ils sont déjà assez pertinents pour te dire que « Le Cameroun c’est le Cameroun », et que si toi tu essaies de dire la même chose avec un autre pays, eh bien cette phrase n’aura plus du tout aucun sens…

 

Le concept le plus complexe de la philosophie, c’est-à-dire l’Existence (qui précède l’essence), nous l’intégrons tous les jours dans notre langage, sans même nous en rendre compte… Nous sommes toujours en train de nous étonner, de mettre des questionnements dans nos réponses, et de parler de la Mort et du Futur comme si c’étaient des sujets très ordinaires…

En ce qui concerne Dieu, nous L’avons partout : dans les crânes, dans les objets, dans la nature… Nous Le multiplions parfois. Nous sommes des animistes polythéistes, nous sommes des transsubstantiationnistes… Nous importons même les dieux des autres, et nous leur trouvons une place dans notre panthéon qui n’a jamais cessé de s’agrandir…

Ce n’est pas de la philosophie religieuse, ça ?

 

IL N’Y A PAS D’ÂGE POUR PHILOSOPHER

Et donc, et je le redis comme je le pense, il faut supprimer la philosophie en terminale ! À la limite, il faudrait la mettre au cours préparatoire ou à la maternelle. Il ne faut plus qu’elle soit considérée comme une matière d’élite, et que nos gars de la Terminale cessent de l’utiliser pour mieux draguer les filles de la cinquième…

Il faudrait qu’on démontre à nos types qui ont de longues cravates là, que ce n’est pas leur long français de la Sorbonne qu’on mange. Et que si la philosophie ne sert pas à faire avancer une communauté, eh bien il ne sert à rien qu’on l’instaure dans nos enseignements…

 

le ministre Owona, un des pontes du régime actuel
le ministre Owona, un des pontes du régime actuel

 

Car être philosophe, c’est seulement s’interroger sur son propre avenir. Être philosophe, ça ne veut pas dire qu’on a quarante-quatre diplômes. Être philosophe, c’est être moral, c’est être bon, c’est être généreux, c’est être humanitaire…

Être philosophe, c’est avoir de la mesure dans toute chose (Protagoras), et non pas de la démesure, comme tous ces charognards qui nous engloutissent l’argent du contribuable.

Être philosophe, c’est se demander ce qu’on peut faire pour que notre pays avance, et aussi quel est le pays que nous allons laisser à notre pauvre progéniture.

Être philosophe, c’est simplement être quelqu’un qui pense, quelqu’un qui est calme, quelqu’un qui est sage, et qui essaie de dire les choses aux autres de la manière la plus simple possible.

Mais j’ai l’impression qu’il n’y a jamais eu de véritable philosophe au Cameroun !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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