Le nouveau président du Cameroun s’appelle Bongo

Samedi 27 août 2016 le peuple gabonais élisait son président. Mais pendant qu’on votait là-bas à Libreville, les Camerounais se chamaillaient ici et se disputaient pour savoir qui allait l’emporter.

Jusqu’à j’ai même pensé qu’il s’agissait déjà du successeur de Paul Biya

 

Jean Ping, opposant gabonais qui est persuadé d'avoir remporté la Présidentielle - (c) Visionguinee.info

Jean Ping, opposant gabonais qui est persuadé d’avoir remporté la Présidentielle – (c) Visionguinee.info

 

LA CAMPAGNE

Pendant la campagne électorale, toutes les télévisions camerounaises étaient braquées sur les neuf provinces gabonaises. Et c’est ainsi que j’ai pu découvrir le candidat qui s’appelle Ping, leader de la coalition contre le président en exercice. J’ai aussi découvert un autre visage d’ Ali Bongo : proche de son peuple, taquin, imitateur de Mohamed Ali et très-très-très déterminé…

Les Camerounais se sont tellement passionnés qu’ils ont même commencé à réclamer l’acte de naissance du « fils » de Patience Dabany. Et certains ont demandé ce qu’il a déjà réalisé depuis 2009 qu’il est au pouvoir.

 

LES ÉLECTIONS

Les élections ont commencé le samedi 27 août. Mais pendant que eux ils votaient là-bas à Libreville, nous on était assis dans les bars de Douala en train de dire que « C’est Bongo qui va gagner », « Non, c’est Ping qui va l’emporter ». Jusqu’à j’ai même failli croire à un moment qu’il s’agissait du successeur de notre Paul Biya…

Le soir, les gens de Bafoussam ont branché leur radio pour entendre la CENAP dire que les résultats seront connus le mardi 30 août à 17 heures. Mince alors ! Jusqu’à trois jours pour faire le dépouillement de six cent mille bulletins seulement ? Hein ? C’est encore quelle magie ça ?

Et c’est comme ça qu’on a commencé à percevoir la tension à partir de Kolofata. Pendant ces 72 heures d’attente, c’est tout le Cameroun qui était en ébullition. Même quand je partais saluer ma voisine pour lui demander quelques allumettes, elle me demandait d’abord de patienter jusqu’à mardi soir à 17 heures !

 

LES RÉSULTATS

Avant même les résultats, il y a eu un candidat de l’opposition qui s’était déjà autoproclamé vainqueur sur Twitter ! Est-ce que c’est comme ça qu’on fait ? Et quand l’autre candidat a aussi communiqué pour riposter, les Camerounais ont commencé à avoir peur. On a pensé qu’il y aurait deux présidents au Gabon comme il y avait eu deux présidents en Côte-d’Ivoire

Et donc le mardi à 17 heures, la tension était à son paroxysme. Les Camerounais étaient remplis dans les brocantes et dans les gargotes. Moi-même-ci qui vous parle, j’ai eu de la peine à me procurer un minuscule tabouret pour m’asseoir. Et quand on la CENAP a repoussé son communiqué à 19 heures, on était toujours là pour attendre. 23 heures, toujours là. Et comme on pensait que les résultats allaient tomber dans la nuit pendant que les gens somnoleraient déjà, les Camerounais n’ont pas dormi justement. C’est pour ça que nous étions fatigués le lendemain quand ils ont déclaré que c’est Ali Bongo Ondimba qui l’avait finalement emporté avec 49,80% des suffrages.

 

LES CONTESTATIONS

Comment pouvait-il en être autrement dans une élection présidentielle sur notre pauvre continent ? Hein ? Parce que même si on me bande les yeux, je sais déjà que le scénario en Afrique centrale c’est élection-proclamation-contestation-répression. Je sais aussi que si l’Union Africaine ne te condamne pas, tu pourras te maintenir selon le principe du « Qui ne dit rien consent ».

Au Gabon, les populations ont commencé à mettre le feu dans les grandes villes. Ali Bongo a encerclé le quartier général de Jean Ping, mais ce dernier réclame toujours le recomptage des bulletins. On a limogé un conseiller de Ouattara qui incitait le peuple gabonais à semer le trouble. Les manifestants ont fait des pillages et des règlements de comptes cambriolages, ils ont brûlé une partie de l’Assemblée Nationale, et c’est la Garde Présidentielle (en personne) qui est descendue dans les rues pour répondre à leur violence par une autre violence…

 

Il y a eu de violentes manifestations après la proclamation des résultats par la CENAP - (c) L'express.fr

Il y a eu de violentes manifestations après la proclamation des résultats par la CENAP – (c) L’express.fr

 

LE NOUVEAU PRÉSIDENT DU CAMEROUN N’EST PAS UN CAMEROUNAIS

Donc pendant que les élections se déroulaient là-bas au Gabon, nous au Cameroun on observait ça avec la plus grande des circonspections. Parce que vrai-vrai hein, j’ai même pensé à un moment qu’ils étaient en train de désigner le futur Président de notre Cameroun

Le nouveau président du Cameroun s’appelle Bongo (comme son père) ! Parce que quand nous on regarde ce qui se passe là-bas, on ne sait pas si le futur dictateur de Yaoundé s’appellera aussi Biya.

L’un de nos anciens présidents s’appelait Kadhafi ! Parce que si les Blancs nous enlèvent Paul Biya comme ils ont tué enlevé le Libyen-là, qu’est-ce qui nous dit qu’on ne va pas aussi basculer dans la guerre civile et le chaos ?

Les meilleurs présidents de l’histoire du Cameroun, ils s’appellent encore Thomas Sankara, ou bien Laurent Gbagbo, ou pourquoi pas Nelson Mandela ?

 

Parce que pour vous dire la vérité, les Camerounais vivent leur démocratie et leur décolonisation par procuration. Ils fantasment sur le Ghana, le Sénégal et le Nigeria parce que ceux-là ont maîtrisé leur alternance. Ils se reconnaissent dans Robert Mugabe parce qu’il a dit non à l’impérialisme. Ils sont fiers des peuples tunisien, béninois et burkinabé parce que ces gens-là ont renversé leurs dirigeants. Et quand ils regardent ce qui se passe au Gabon avec autant d’ingérence de concentration, c’est simplement parce qu’ils sont en train de se regarder dans un miroir.

Que va-t-il se passer après Paul Biya ?

 

Ecclésiaste DEUDJUI, mon président est un Camerounais

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