À Souza, c’est un peu comme le reste du Cameroun…

Chaque fois que je retourne à Souza, on m’informe toujours que quelqu’un est mort ! Soit c’est Bakary avec qui je jouais au foot pendant le championnat de vacances, soit c’est mon ancienne petite amie qui s’appelait Sonia. En fait, j’ai constaté que ce qui se passe à Souza est un peu comme ce qui se passe dans le reste du Cameroun.

 

En compagnie de mes amis de Souza, en 2008

En compagnie de mes amis de Souza, en 2008

 

IL Y A TOUJOURS DES GENS QUI DISPARAISSENT

Chaque fois que je retourne à Souza, on m’informe toujours que quelqu’un est mort. Pourtant je suis assez régulier là-bas hein ! Mais à chaque fois que j’y retourne, on va toujours m’informer qu’il y a un plombier qui était resté mourir par derrière…

À Souza, les gens meurent comme les arachides. On me dit que Bakary était resté grabataire pendant presque huit mois de maladie, avant de trépasser finalement en décembre 2014. On me dit que pour Sonia qui était une asthmatique de naissance, elle avait clamsé comme ça en septembre 2009 pendant l’une de ses crises…

À Souza, chaque vendredi soir il y a les veillées. Sur les poteaux de la Sonel ou bien du câbleur, tu vas voir qu’on a collé les annonces de décès au format A4. Et ce qui m’étonne chez les gens qui meurent, c’est qu’ils n’ont même pas un âge : ça va de 6 mois comme le bébé de ma voisine, jusqu’aux femmes qui meurent en accouchant, jusqu’aux hommes qui meurent à 90 ans comme le type qui habitait derrière la borne fontaine…

 

LES FILLES NE SONT PLUS BELLES COMME AVANT

J’ai remarqué qu’à Souza, les filles s’enlaidissent avec le temps. Soit parce qu’elles se marient et qu’elles ne prennent plus trop soin de leur corps, soit parce qu’elles ont déjà accouché. Soit c’est parce qu’elles sont entrées dans la vie active de façon brutale, alors que la vie active ne nous donne même pas le lait ici au Cameroun !

Chaque fois que j’y retourne, il y a toujours beaucoup de filles qui me faisaient fantasmer auparavant, qui ne me font même plus fantasmer dorénavant. Parfois c’est à ce moment-ci qu’elles veulent véritablement s’amouracher avec moi, mais moi je préfère juste leur amitié. Je préfère taper les commentaires avec la fille qui vendait les beignets-haricot au carrefour, en me souvenant de ses anciens atours. Parce que pour vous dire vrai, il y a des fois où je partais à Souza rien que pour voir la fille qui vendait les beignets-haricots au carrefour !

 

LES GENS NE TE REMARQUENT MÊME PLUS…

Si on dit à quelqu’un que j’ai fréquenté au lycée de Ndikiniméki en 1998, il ne va même pas te croire ! Parce que quand je suis retourné là-bas vers l’année 2014, personne ne me reconnaissait ! Il n’y a même pas quelqu’un qui est venu me demander que « Hé ! Ce n’est pas par hasard toi le gars qui dansait Michael Jackson ? »

Au Cameroun, les gens choses changent vraiment très rapidement. Quand tu joues au FC Barcelone comme Samuel Eto’o avec les Ronaldinho, tout le monde t’appelle le « Pichichi ». Quand tu diriges la Sitabac comme James Onobiono qui était un milliardaire, c’est tout le monde qui voulait être ton ami. Mais ensuite…

À Souza, les gens étaient contents quand ils voyaient mon ami Njoh René avec l’Union de Douala. Il a même joué la finale de la Coupe du Cameroun et il a salué notre Président. Mais…quand il passe aujourd’hui en route, les gens l’insultent comme une ordure parce que quand tu brilles au Cameroun on t’adule, mais dès que tu ne brilles plus ce sont les mêmes gens qui sont là pour te démantibuler…

 

LES DESTINS SONT IMPRÉVISIBLES

Ce qui me surprend à Souza, c’est que presque tout me surprend ! Par exemple, tu peux arriver comme ça pour un week-end, et on te dit que tes anciens collègues sont dorénavant en prison !

Vrai-vrai hein, je ne plaisante pas. Parfois tu vas trouver que c’est un ancien millionnaire qui a fait faillite et qui est devenu un prolétaire. Parfois tu vois que le stade où vous jouiez vos petits-goals autrefois, c’est là-bas que quelqu’un a construit son « église ». Parfois tu laisses un gamin qui faisait le Cours Moyen 2 comme je laisse souvent mes propres petit-frères, mais quand tu reviens on te dit que le gars vient d’obtenir son Master 2 en littérature…

Ce qui me surprend à Souza, c’est que rien n’est prévisible. J’avais un ami qui voulait devenir un grand footballeur, mais il est devenu un petit soudeur ! Rien n’est pré-lisible. J’ai vu des gens qui sont partis s’installer au village pour ne plus jamais revenir, mais qui sont revenus, et j’ai vu des gens qui sont partis se chercher à Yaoundé avant de revenir, mais eux ils n’ont même plus envie de remettre leurs pieds ici à Souza…

 

Portrait de Paul Biya, filmé dans un domicile de Foumban

Portrait de Paul Biya, filmé dans un domicile de Foumban

 

À SOUZA, C’EST BEAUCOUP COMME LE RESTE DU CAMEROUN…

Donc quand j’étais à Souza l’autre jour, j’ai vu qu’on a créé une nouvelle station d’essence. J’ai retrouvé mes anciens amis qui sont toujours bendskineurs comme je les avais laissés. J’ai appris que la femme de mon cousin vient de décéder. On m’a aussi confirmé que le prix du terrain a augmenté, parce qu’il paraît qu’on va construire l’Université de « Douala » là-bas aux environs de 2035…

 

À Souza, les gens me disent que le banditisme a augmenté jusqu’à-jusqu’à, et qu’on arrache même déjà le téléphone des gens partir de 18h30 !

À Nkongsamba où j’étais petit, on m’a dit qu’on a fermé tous les supermarchés qu’il y avait au centre-ville. Y compris les deux manèges ainsi que le cinéma Le Moungo.

Dans la ville de Foumban où je suis né, à Njissé, quand je pars là-bas les gens me parlent seulement des 34 ans de Paul Biya en sanglotant.

 

Parce que quand le type-là remplaçait Ahidjo en 1982, nos parents se réjouissaient que « Voilà enfin un intellectuel qui arrive au Pouvoir ! » Mais au contraire le chômage s’est multiplié, la pauvreté s’est agrandie, la prostitution a gagné du territoire. Les Camerounais sont devenus de plus en plus vicieux, escrocs et malhonnêtes. Ils sont même devenus ingrats et aigris, parce qu’ils ont l’impression que le pays-ci n’appartient même plus aux gens qui sont dans le bas-peuple… Tsuip !

Je ne généralise pas hein, je dis seulement ce que j’ai vu à Souza. Mais je vous jure que c’est exactement comme ça dans le reste du Cameroun.

 

Ecclésiaste DEUDJUI, je suis comme le reste des Camerounais

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10 réflexions au sujet de « À Souza, c’est un peu comme le reste du Cameroun… »

  1. Fabrice Nouanga dit :

    Eh oui, Souza c’est un peu comme à Lolodorf chez moi hein. Chaque fois que j’y retourne, quelqu’un a disparu. Les choses ont changé jusqu’à.

  2. je ne sais pas quoi faire pour arrêter de lire les billets du djo-ci. C’est comme la drogue dont petite j’étais obligée d’humer le parfum tous les soirs dans mon Bilonguè natal qui s’est avéré être aussi comme le reste du Cameroun. Tu es trop fort dèhhhh.

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