Douala, la ville où on te « frappe » sans te toucher

Le 27 mai 2009, j’ai voulu jouer au bon samaritain. Pendant que le Barça était en train de remporter la Champions League, moi j’étais dehors en train de discuter avec deux gars qui me disaient qu’ils venaient du Mali.

Ils m’ont présenté un sac rempli de « dollars », qu’il fallait convertir en francs CFA. Et quand j’ai voulu les aider, je me suis retrouvé sans argent, sans téléphone, sans portefeuille, sans ordinateur portable.

Et après ça, ils ont disparu dans la nature…

 

 un gang de frappeurs de la ville de Douala

Un gang de frappeurs de la ville de Douala

 

À DOUALA, IL NE FAUT PAS TROP T’HABITUER À JOUER AU DAMIER

Tu peux jouer au damier de temps en temps, avec tes amis du quartier. Mais attention ! Si un jour tu es dans un bar, ou dans une boulangerie, ou dans un tourne-dos, il ne faut surtout pas t’intéresser aux gens qui vendent les tableaux de damier !

Ces gens-là ils viennent devant toi te proposer une position où tu es sûr de gagner (ils te donnent même 2 chefs parfois), et ils te demandent de miser quelque chose. Je ne sais pas comment ils font ensuite, mais ce qui est sûr c’est que c’est toi qui vas perdre.

 

À DOUALA, IL NE FAUT PAS ALLER COUCHER AVEC LES FEMMES N’IMPORTE COMMENT

Parfois une fille t’embrouille en boîte de nuit, et elle « t’angoize ». Tu es sûr que la fillec » te ya mo » parce que tu es mignon jusqu’à, jusqu’à, et après ça elle t’amène à l’auberge. Et par-derrière ses gens volent ta voiture…

Parfois elle t’emmène dans sa soi-disant chambrette, et elle te drogue pour que des homosexuels musclés viennent correctement te sodomiser le derrière…

Parfois encore elle te laisse bien te déshabiller. Et dès que tu enlèves ton caleçon, tu entends comment un monsieur fracasse votre porte. Il te dit qu’il est son mari, et il te demande ce que tu fais dans sa maison.

Je te laisse imaginer la suite.

 

À DOUALA, IL NE FAUT MÊME PAS AVOIR PITIÉ D’UN ENFANT QUI PLEURE

Même les enfants qui pleurent hein, hum, il ne faut pas avoir pitié ici à Douala.

Tu veux aider un gamin de huit ans que tu crois abandonné, et c’est lui qui t’amène à l’endroit où on va bien t’agresser. Tu veux porter secours à une grand-mère qui est en train de traverser la route, et c’est elle qui te pulvérise un parfum somnifère dans les narines. Tu vois une jolie jeune fille qui est belle, bio, propre, sophistiquée, et c’est à cause d’elle qu’on va te poignarder dans le taxi où tu pars entrer là…

 

ICI À DOUALA, IL FAUT TE MÉFIER DES « HOMMES D’AFFAIRES » ET DES « HOMMES POLITIQUES »

Les « hommes d’affaires », ce sont les feymens. Ne vous en faites pas, ils ont tout ce qu’il faut pour vous impressionner : costard, cravate, billets d’avion, relations au port de Douala, grosses voitures, etc. Parfois même ils vous donnent de l’argent pour vos petites affaires. Mais une fois qu’ils ont réussi à bien vous escroquer, ne vous inquiétez pas : vous n’allez plus jamais les revoir !

Avec les « hommes politiques », ce n’est pas trop différent. Ils entrent dans ton bureau pour te dire qu’ils vont t’installer au comité central du RDPC, et blablabla et blablabla. Quand tu leur donnes beaucoup d’argent, ils te disent même qu’ils vont te faire rencontrer Paul Biya. Ou bien qu’ils vont te faire entrer au Sénat. Ou bien que tu vas devenir secrétaire général à la présidence de la République…

 

ce sont parfois nos proches qui nous poignardent dans le dos

Ce sont parfois nos proches qui nous poignardent dans le dos

 

CAMEROUN : LE PAYS OÙ ON TE « FRAPPE » SANS MÊME TE TOUCHER

Donc depuis le 27 mai 2009 qui était aussi le jour de mon anniversaire, je suis devenu un gars très, très circonspect. Et j’ai décidé de ne plus jamais rater les finales de Champions League.

 

Ça m’amuse quand je rencontre une femme dans la rue, et qu’elle me dit qu’elle a ses trois enfants qui sont en train de mourir à l’hôpital.

Ça m’amuse quand un soi-disant marabout m’interpelle sous un arbre, et qu’il me demande de lui donner tout ce que j’ai sur moi (sinon je vais toujours marcher avec la malchance).

Ça m’amuse quand un pasteur réveillé me demande de lui donner la moitié de mon salaire.

Ça m’amuse quand on nous dit qu’il faut cotiser pour nos valeureux soldats qui sont là-bas au front, pour nous dire demain que tout ce que les Camerounais ont collecté là, ça se trouve quelque part entre Yaoundé et Kolofata…

 

Ça m’amuse, ça m’amuse, ça m’amuse. Les fausses assurances, les taxes qu’on te demande à l’aéroport ou à la douane, le prix du taxi qui augmente tous les jours, ainsi que celui de la téléphonie et même de la nourriture…

Parce que quand on y réfléchit bien, le Cameroun est le seul pays où les gens sont capables de te frapper correctement, en public, en plein jour. Ils sont capables de te dépouiller sans même te menacer, et d’ailleurs c’est même toi qui leur donnes ta chose.

Et après quand ils sont partis, c’est là que tu commences à réfléchir. Tes idées se remettent en ordre, tu commences à comprendre ce qui s’est passé. Tu as perdu ta moto, tu as perdu ton argent, tu as perdu ta bouteille de gaz, tu as perdu un membre de ta famille.

Mais ce qui te fait mal dans cette histoire, c’est qu’ils t’ont frappé comme ça sans même te toucher !

Ecclésiaste DEUDJUI

WhatsApp: (+237) 696.469.637

Tous mes articles sur http://achouka.mondoblog.org

15 réflexions au sujet de « Douala, la ville où on te « frappe » sans te toucher »

  1. Comme on dit chez nous, erreur for mboutoukou na damé for ndoss (une version un peu plus brutale de « tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute). Il faut avoir « le sense » quand on est dans les villes comme Douala, Yaoundé, etc.

    La fin est très intéressante: ici au Cameroun, les vrais frappeurs sont en costume cravate, avec de gros postes au gouvernement. Ils augmentent le prix du carburant, ils installent les péages sur les routes, ils collectent l’impôt aux débrouillards, ils reçoivent les frais d’inscription des élèves et des étudiants… Et ils nous frappent correctement et bien.

    On s’en rend compte quand ils montent leurs immeubles, achètent des grosses cylindrées comme on achète le pain à la boutique et inscrivent leurs enfants dans les grandes écoles privées tandis que les nôtres se serrent à plus de 100 dans les écuries qui nous servent de classes. Ceux-ci hein, ils te frappent sans même te voir, ni te parler.

  2. C’est à croire, on ne peut rien faire à Douala sans craindre la « foudre » de gauche à droite? C’est quand même ironique, comique et surtout un peu pathétique cette situation du Cameroun que tu viens de décrire avec « brio ». J’espère que cela changera « UN JOUR ». Chapeau encore Ecclésiaste, cordialement 🙂 !

  3. Mais ce qui te fait mal, c’est qu’ils t’ont frappé sans te toucher. C’est qu’ils t’ont fait passé pour quelqu’un de bête. C’est que tu t’es fait avoir avec ton consentement.

    Ce constat est général. Même qu’à Lomé actuellement, une rumeur circule comme quoi il y a des hommes qui se font passer pour des parfumeurs et te balancent un coup de spray au nez puis tu t’endors. En réalité, ce n’est pas du parfum mais du somnifère.

    Beau billet.

  4. Hédjé! Sacrée Douala. Ce sont des conseils précieux en tout cas, des fois qu’on passerait à Douala. Mais Oh, sans « dame », et sans « dames », l’homme fait comment pour se détendre un peu dans votre ville même!? 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *