J’ai perdu ma grand-mère
Ma grand-mère est décédée le jour du nouvel an, le mercredi 1er janvier 2025.
Elle avait quatre-vingt-quatre ans !
J’ai perdu ma première mère
Ma grand-mère a été ma toute première mère ! Comme toute bonne grand-mère, d’ailleurs. Je me souviens que je suis né dans sa maison à Foumban ; et que c’est avec elle que je passais toutes mes grandes vacances, lorsque je faisais encore les cycles élémentaires et la maternelle.
On l’appelait Maman Gisèle. Elle avait choisi de me rebaptiser « Kouogang Salvador » au lieu du « Deudjui Ecclésiaste » que m’avait donné mon géniteur, parce que Kouogang était surtout le nom de mon grand-père. Et ainsi elle me considérait comme son propre mari, elle me traitait comme son propre époux puisqu’elle m’avait d’ailleurs considéré comme le successeur de ce dernier…
J’aimais beaucoup maman Gisèle, même si je ne le lui démontrais pas beaucoup. Elle représentait pour moi la maman idéale, la grand-maman parfaite, et en plus elle était la mère biologique de ma merveilleuse mère à moi. Elle ne m’avait jamais battu, jamais grondé, elle m’avait appris la dignité et la persévérance dans la difficulté, et elle m’avait surtout enseigné de ne jamais me plaindre. D’ailleurs il n’y a qu’à voir comment elle a éduqué et élevé mes oncles et mes tantes, pour s’apercevoir du genre de femme honnête et intègre qu’elle représentait…
Je n’ai pas dit au revoir à ma grand-mère
Je ne démontrais pas beaucoup à ma grand-mère que je l’adorais, et cela restera comme l’un de mes plus grands remords. D’ailleurs je m’en veux à cet instant précis, puisque j’avais prévu de la rencontrer dans les prochains jours qui viennent. Elle m’avait téléphoné il y a quelques semaines, elle avait demandé à me rencontrer personnellement et à me toucher, puisque, malgré tout, je demeurais tout de même son unique et seul mari. Et pourtant sans le savoir, c’était la toute dernière fois que je rigolais ainsi avec ma grand-mère…
Je m’en veux exagérément. J’aurai pu dire à ma grand-mère que je l’aimais autant qu’elle me protégeait, mais je ne l’avais presque jamais fait. Elle était pourtant la meilleure grand-maman du monde. J’aurai dû la chercher régulièrement à Yaoundé ou bien à Foumban, la revoir continuellement ou lui téléphoner, puis lui procurer quelques rares moments de familiarité et de bonheur.
Je sais qu’elle attendait que je me marie avant de mourir, et que je lui augmente ses nombreux petits-enfants. Mais hélas ! Elle voulait aussi me voir devenir quelqu’un d’important dans la société, comme ses enfants, comme ses neveux qu’elle a élevés, et comme son défunt mari qui était un homme important et qui s’appelait Kouogang Joseph.
Mais au contraire moi je l’aimais à distance. Elle entendait parler de moi par personnes interposées, et je sais aussi qu’elle m’expédiait ses innombrables bénédictions à distance. Je m’en veux terriblement de ne pas avoir su profiter de la chaleur de ma grand-mère, durant ces années où elle avait dramatiquement besoin de me voir à ses côtés […]

Ma grand-mère a eu une belle vie
Malgré tout, elle aura eu une belle vie, ma grand-mère. Je dirais même une très-très belle vie. Longue, d’abord, puisqu’elle aura survécu pendant presque quatre-vingt-quatre ans !
Mais aussi belle ensuite, puisqu’elle aura eu de nombreux enfants, dont certains sont devenus des personnalités influentes de ce pays, et d’autres ont également pu se fonder un foyer, une famille, une progéniture bien encadrée et bien éduquée, etc.
Ma grand-mère a également eu des petits-fils et des petites-filles, mais aussi de très-très nombreux arrières petits-enfants. Elle avait constitué une descendance prodigieuse, elle a pu observer ses nièces et ses neveux grandir jusqu’à vieillir, ses petits cousins qui sont devenus des adultes, ses enfants adoptifs et une multitude d’autres personnages qu’elle aura considérés comme étant de sa propre famille…
C’était une maman que personne ne détestait. Elle aura eu une vie pleine, remplie d’épreuves mais aussi de beaucoup de réussites. Elle était du genre à ne jamais se plaindre (c’est elle qui m’a appris cela), elle avait toujours le regard lointain, elle avait connu les difficultés du Cameroun sous l’époque du maquis puis de la décolonisation. Et malgré tout cela, Maman Gisèle avait quand même réussi sa vie au-delà de ses espérances. Et je crois aussi qu’elle méritait amplement d’aller tranquillement se reposer.
J’ai perdu ma grande mère
Donc ma grand-mère est précisément décédée le jour du nouvel an, le mercredi 1er janvier 2025 aux environs de 17 heures.
Elle venait d’avoir quatre-vingt-quatre ans !
J’ai perdu ma grand-mère ! Je suis à la fois chamboulé par la disparition de cette brave dame que j’idolâtrais, mais en même temps je suis très honoré d’avoir pu la connaître comme étant ma grand-mère.
J’ai perdu mon épouse ! Elle me considérait comme son propre mari qui est pourtant décédé depuis 1973, et moi je l’ai considérée comme ma fiancée depuis 1982 que je suis arrivé au monde.
Je viens de perdre l’une des femmes que j’admirais le plus au monde, même si malheureusement je n’ai jamais su lui dire combien je l’aimais…
Parce que Maman Gisèle était réellement une femme extraordinaire ! Je la considérais comme un véritable modèle. Elle était une maman attentionnée, mais encore plus une grand-mère incroyablement affectueuse et maternelle. Elle a su élever une dizaine d’enfants toute seule, perdre sa fille aînée malgré la disparition de mon grand-père, et elle les a transformés en des citoyens courageux qui savent rester honnêtes face à n’importe quelle difficulté.
C’est pour cela que la terre de nos ancêtres lui sera obligatoirement légère…
Ecclésiaste DEUDJUI, adieu maman Gisèle !
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