Pourquoi personne ne veut parler de Bamenda ?

Depuis plus de trois semaines, les anglophones manifestent à Bamenda. Pourquoi ai-je l’impression que ça ne vous intéresse même pas un peu ? Puisque la CRTV n’en parle pas, le Gouvernement n’en parle pas, et les Francophones vivant à Yaoundé et Douala se comportent comme si rien de tout ça ne s’était jamais passé… Continuer la lecture

Au Cameroun de Paul Biya, les borgnes sont des ministres

Je viens de lire la biographie de notre chef de l’État (Le code Biya, de François Mattéi). J’y ai appris beaucoup de choses. Par exemple, que notre cher président a eu son premier enfant à l’âge de 38 ans (pourquoi les gens me mettent alors la pression ?). J’ai aussi appris qu’il a toujours été le meilleur élève de sa classe, le fonctionnaire le plus discipliné, et que « à moins un », il allait même devenir prêtre.

Pau Biya n’est pas si incompétent que vous pensez; il faut plutôt chercher le problème du côté de ses ministres…

 

Paul Biya et son épouse Chantal Biya, de retour d'un séjour privé à l'étranger

Paul Biya et son épouse Chantal Biya, de retour d’un séjour privé à l’étranger

 

ON A UNE FEMME BORGNE AU MINISTÈRE DE L’ACCULTURE

J’ai bien dit l’acculture, et non la culture. Parce que si vous me dites que la femme-là connaît la culture du Cameroun, je vais vous dire qu’elle vous a donné le gombo !

Sérieusement, on n’a pas de ministère de la Culture. Tout ce qu’ils savent faire là-bas, c’est envoyer les danseuses quand les Lions partent jouer les coupes d’Afrique à l’extérieur. Tout ce qu’ils savent faire pour les musiciens, c’est acheter les vieilles guitares et venir distribuer ça devant les vieilles caméras de la CRTV ; alors qu’on les attend plutôt pour redistribuer les droits d’auteur !

La femme du ministère de la Culture, c’est une borgne ! Qu’est-ce qu’elle a déjà fait pour les dessinateurs dans ce pays ? Hein ? Pour les peintres, pour les sculpteurs, pour les cinéastes, pour les littérateurs ? Hein ? À part aller se disputer avec les administrateurs de la Socam…

Est-ce qu’elle sait que dans ce pays-ci il n’y a pas de salle de cinéma ? Hein ? Alors qu’à notre époque il y avait le Fohato, il y avait l’Abbia, il y avait le Wouri, il y avait le Capitole, il y avait le Moungo, etc.

Est-ce qu’elle sait que c’est à elle d’organiser les grands spectacles, de mettre sur pied les universités des beaux-arts, de nous faire construire des opéras, et de redonner de la lumière à nos traditions villageoises ?

ON A UN INTELLECTUEL ILLETTRÉ À L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Je demande hein, ce typ croit qu’il parle le français plus que les qui ? Hein ? Je parle du fameux Jacques ! Toujours en train de contorsionner les adverbes, comme s’il allait pouvoir nous épater. Toujours en train de tenir des discours laudateurs envers le chef de l’État qui, semble-t-il, serait son véritable créateur (donc il n’a pas fêté Pâques).

Dernièrement il y a eu les bisbilles de l’Iric, où les gens faisaient la magouille pour faire réussir leurs enfants frauduleusement. Qu’est-ce qu’il en a dit ? Hein ? N’est-ce pas, il a seulement mangé la bouche ?

Et puis je me demande même s’il est déjà descendu dans nos universités pour voir les étudiants. Pour voir comment ils sont serrés dans les amphithéâtres. Pour voir comment ils se mettent dans un long rang pour donner leur argent au gouvernement. Pour voir comment ils mangent la nourriture qui n’est même pas bien préparée dans les restaurants universitaires. Pour voir comment à la fin de leur formation en doctorat, ils récupèrent leur parchemin pour devenir de bons photocopieurs.

 

ON A UN GRIOT QUI CHANTE LES LOUANGES LÀ-BAS AU MINISTÈRE DE LA COMMUNISATION

J’ai bien dit communisation, et non communication. Parce que vrai-vrai je pense que le type là veut déjà nous rendre communistes ! Il bavarde le matin, à midi et le soir. Toutes ses phrases commencent par des remerciements au type qui habite loin là-bas à Yaoundé. Il dit toujours que le Cameroun se porte bien. Il est persuadé qu’on sera même émergents avant 2035. Il est clairvoyant, il est optimiste, il est intelligent. Il habite ici avec nous, mais il sait tout ce qui se passe là-bas à Kolofata…

On a un borgne au ministère de la Communication ! Sa première mission, c’est d’intimider les journalistes, et de faire un lavage de cerveau à la population camerounaise. Je ne sais pas pourquoi, mais sa propagande me rappelle étrangement celle de Joseph Goebbels !

 

ON A UN MINISTRE DES SPORTS QUI PORTE LE NOM DE LA VILLE DE COTON SPORT

En réalité, il n’est pas le seul borgne, il y a aussi les gens qui sont là-bas au comité de normalisation de la Fecafoot (surtout le type qui a les favoris là). Des agrégés en droit qui n’arrivent même pas à tenir droit dans leurs idées. Tout ce qu’ils savent faire, c’est proroger leur mandature et amener leurs petites copines à la Coupe du monde 2014 au Brésil…

Franchement, il y a un bon borgne au ministère de la Jeunesse et des Sports ! Il n’arrive pas à mettre de l’ordre dans nos fédérations sportives. Les karatékas se battent entre eux, les boxeurs se donnent des coups de poing, les cyclistes ont même déjà envie de jeter leur petite reine sur le goudron…

Dans nos équipes de sport, il y a toujours deux présidents. Que ce soit en handball, en football, en basket-ball, en volley-ball. Et quand l’un des présidents se fâche, il quitte le bateau pour aller créer son propre club.

Et puis en ce qui concerne les infrastructures, c’est encore nécessaire qu’on en reparle ? On n’a pas un vrai stade de football. On n’a pas de piste d’athlétisme. Le palais des sports est devenu le palais des forts (c’est là-bas que les riches se marient). Les stades de tennis, c’est pour les gens qui ont les gros moyens. Quand on veut nager dans une piscine olympique, on part se plonger dans les marigots du village…

Et puis toutes nos équipes nationales fonctionnent comme au Moyen Âge : problèmes de primes, agenda désorganisé, maillots qui n’ont pas de nom sur le dos, joueurs qui sont abandonnés à l’aéroport, etc. etc.

La date de la finale de la Coupe du Cameroun n’est jamais connue à l’avance (ils ne sont même pas capables de faire un simple calendrier).

Et quand tu vas vouloir ouvrir la bouche pour contester tout ça, on va te dire qu’ « impossible n’est pas camerounais »… Tsuip !

 

Issa Tchiroma, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement

Issa Tchiroma, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement

 

ICI DANS LE CAMEROUN DE PAUL BIYA, CE SONT LES BORGNES QUI SONT DES MINISTRES

On va même parler de quel ministère et laisser quel ?

 

Les ministres de la Promotion de la femme, n’ont jamais rien fait pour que la femme s’émancipe dans notre pays-ci.

Les ministres de l’Education de base se fichent pas mal de notre éducation de base, parce que nos enfants de la maternelle connaissent déjà « le cul de ta mère »

Les ministres de la Santé ne veulent même pas savoir si nous sommes en santé ou pas. Et c’est comme ça qu’ils laissent les faux médicaments s’emparer de notre territoire…

 

À la Finance, à la Justice, à l’Administration territoriale jusqu’aux plus petites entreprises, tous nos ministères se fichent pas mal de notre sombre visage. Et les gens qui sont à leur tête, c’est-à-dire les ministres de Paul Biya, n’ont qu’une seule idée dans leur petit cerveau de fonctionnaires : se remplir les poches le plus rapidement possible !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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La démocratie, ça n’a jamais développé quelque chose

J’ai un sérieux problème avec les Noirs. Les Africains, je veux dire. Ils sont toujours en train de penser que tout ce qui vient de l’Occident est forcément bon. Qui leur a dit ça ? Hein ? Qui leur a dit que l’homosexualité c’est bon pour nous ? Hein ? Qui leur a dit que nous on avait besoin du diabète et de l’hypertension ici ? Hein ? Et surtout, surtout, qui leur a même dit que nous avions besoin de la démocratie pour commencer à nous développer ?… Continuer la lecture

Non, le cinéma camerounais n’est pas mort !

On dit comme ça hein, les Camerounais-là bavardent beaucoup. Ils disent qu’il n’y a pas de salle de cinéma dans ce pays, mais ils sont toujours en train d’acheter les billets pour aller voir les films camerounais à Douala Bercy…

L’autre jour c’était Le Blanc d’Eyenga 2 qui devait y passer. Ce qui est sûr, c’est que c’est un film de Noir ! Le réalisateur est en même temps réalisateur, acteur, promoteur, cadreur, metteur en scène. Le réalisateur a promis qu’il va produire (il est aussi producteur) des films au prix d’une bière, mais on a payé plus de 10 bières sans pour autant avoir une seule image…

 

Et là moi je dis stop ! stop ! stop ! Les Camerounais n’ont pas besoin d’aller perdre leur temps (ni leur argent) dans les salles de cinéma (qui n’existent pas), parce que NOUS AVONS DEJÀ LE VRAI CINÉMA TOUS LES JOURS AUTOUR DE NOUS. Je m’explique.

 

LE DÉCOR

Si tu as déjà habité à Doualawood ou à Yaoundéwood, tu dois savoir que nos décors ici sont très changeants. Tu peux sortir le matin avec un parapluie, et puis tu l’oublies dans un bar parce que la tornade a laissé la place à un soleil ardent. Tout ça dans la même journée. Et c’est très pratique pour réaliser n’importe quel type de scène.

 

LES COSTUMES

Ce sont les habillements que tu veux voir ? On trouve tous types de costumes dans nos ruelles. Les filles qui s’habillent sexy, qui mettent des dos-nus, des matelots et des minijupes. Des pseudo-intellectuels, qui portent des lunettes pour se montrer plus intelligents. Et puis, question coiffure, la palme d’or revient à nos magistrats qui sont noirs comme le charbon, mais qui portent des perruques blanches comme la neige…

 

LES ACTEURS

Le vrai cinéma camerounais, il est partout autour de nous. Les acteurs sont les vendeuses de nourriture, les bendskineurs, les call-boxeuses. Tous ces gens-là sont doués comme pas possible, lorsqu’il s’agit de jouer leur rôle. Tu entres dans un taxi et une femme t’insulte pour rien comme ça ! Tu te promènes dans un marché et un commerçant essaye de t’entourlouper. Tu te rends dans une entreprise, ou un service public, et on te fait clairement savoir que tu n’es pas le bienvenu !

 

LE SCÉNARIO

Nos scénarios (les gens aiment dire scénarii pour se rendre plus intéressants) sont imprévisibles. Tu pouvais savoir, toi, qu’on peut se chamailler avec son propre professeur ? Tu pouvais imaginer qu’on puisse tromper sa femme avec sa propre sœur ? Et puis celle-ci avec une autre cousine ?

Quand tu vis au Cameroun, chaque seconde est inattendue. Tu peux subitement devenir ministre sans t’y attendre, tout comme tu peux te retrouver prolétaire ou non grata en moins de 48 heures. Regarde Samuel Eto’o, regarde Marafa Hamidou, regarde nos anciens ministres. Regarde un ancien opposant farouche qui est devenu porte-parole du gouvernement qu’il combattait…

 

LES BRUITAGES

Les fonds sonores de toutes nos scènes, ce sont les bavardages. Le matin, à midi, le soir, la nuit, c’est le kongossa. Que tu dormes ou que tu te réveilles, tu vas entendre les gens chuchoter autour de toi. Les acteurs camerounais sont toujours en train de malparler d’autres acteurs. Et puis quand ils se retrouvent, ils sont incohérents. Les dialogues dégénèrent rapidement en esclandres. « Tu me connais même ? » « Tu es né quand ? » « on t’a dit que c’est ta sale maman qui m’a accouché ? »…

 

NON, LE CINÉMA CAMEROUNAIS N’EST PAS MORT !

Moi je pense que nous n’avons pas besoin de salles de cinéma dans ce pays ! Et je pense que nous avons même le meilleur cinéma du monde, parce que ce que nous vivons ici est exceptionnel !

Le Cameroun est une salle de cinéma géante, où les spectateurs sont eux-mêmes des acteurs. Où le scénario n’est jamais connu à l’avance. Où tu peux voir les actions en 4D. Où il y a des catastrophes permanentes, des accidents de circulation, des homicides « un » volontaire…

Le Cameroun est un film qui tourne presque au ralenti, et qui n’a pas d’acteur principal. Tout le monde rêve paradoxalement d’être le méchant. On veut prendre la place des autres, on veut être les califes à la place des califes qui sont déjà là.

Et ça fait déjà plus de cinquante ans que ça perdure…

 

The End.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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