Paul Biya, viens je vais te dire comment ils vivent

Parfois quand je discute politique, certains gens me disent de fermer ma bouche parce que je ne serai jamais le Président du Cameroun… Tsuip ! Est-ce que je leur ai dit que ça m’intéresse ?

Et puis s’il faut même voir, je ne suis pas sûr que nos dirigeants se préoccupent de nos compatriotes comme moi je regarde ces derniers. Hein ? Donc laissez-moi dire à Paul Biya comment les Camerounais vivent !

 

Paul Biya lors du traditionnel discours de fin d'année

Paul Biya lors du traditionnel discours de fin d’année

 

PAUL BIYA, VIENS JE VAIS TE RELATER CE QUI LEUR ARRIVE

Quand je dis que je m’intéresse à mes compatriotes, c’est parce que moi aussi je vis avec eux. C’est parce que quand quelque chose leur arrive, ça m’arrive à moi aussi. Donc Paul Biya, pardon, laisse ce que tu es en train de ne pas faire et viens écouter ce qui nous arrive.

Ici, on a parfois des inondations qui remplissent toute notre maison. Ça nous fait perdre tous nos biens, tous nos diplômes, toutes nos marmites, tous nos caleçons. On monte sur la toiture pour tenter de sauver notre téléviseur peau, mais on perd quelques enfants. Et ensuite on doit recommencer toute notre vie après le déluge !

Paul Biya, parfois on a aussi des incendies ici. Tu rentres chez toi un vendredi soir, et tu trouves que toute ta famille a été calcinée ! Brûlée. Incinérée. Tu vois un peu ce que je veux dire ? Parfois c’est plutôt ta boutique qui a été consumée intégralement, alors que tu avais emprunté beaucoup d’argent pour te ravitailler en marchandises…

 

PA’A PAUL, PARDON VIENS ENTENDRE COMMENT ILS FONT POUR (SUR)VIVRE

Est-ce que tu sais même comment on fait pour vivre au Cameroun, Paul Biya ? Je ne te parle pas des bendskineurs que tout le monde connaît hein, ni même des call-boxeuses. Je ne te parle pas de tous ces diplômés qui vont devenir des photocopieurs. Je ne te parle pas de nos serveuses de bar sur qui on tape les mains sur les fesses, et qui viendront ensuite se déshabiller dans notre petite chambre. Nôôô !

Paul Biya, est-ce que tu sais même comment nous on se débrouille ? Est-ce que tu sais que nous on fouille les caniveaux pour voir si les gens n’ont pas oublié leur argent dedans ? Hein ? Est-ce que tu sais que nos mères font semblant de te demander un renseignement, et ensuite elles te demandent de leur glisser une pièce de 100 FCFA ? Hein ? Est-ce que tu sais que nos enfants mangent le feu avec le zoua-zoua dans les cabarets, au péril de leur mâchoire ? Et que quand ils crachent le feu-là devant nous, on leur donne les cinq-cinq francs CFA pour survivre ?

Est-ce que tu pouvais savoir qu’on a des vendeurs de bonbons sur l’axe-lourd ? Des nettoyeurs des orteils dans les sous-quartiers ! Des gens qui commencent à vendre leurs beignets-haricot à partir de 4h du matin…

 

HEIN LE PÈRE, EST-CE QUE JE PEUX TE RACONTER LEURS BÊTISES ?

Ne reste plus enfermé dans ton palais hein, Paul Biya. Arrête de dire que « Ne dure pas au Pouvoir qui veut, mais qui peut ! ». Car l’important n’est pas de durer au Pouvoir, mais pouvoir faire durer son peuple c’est important.

Par exemple je vais te dire, toutes les filles de 22 ans ont déjà accouché ici ! Je ne mens pas hein ! Tous les gars de 24 ans ont déjà deux enfants dehors (au moins). Et avec des mères différentes s’il te plaît…

La prostitution est devenue un formalisme. On dévierge dévirginise les petites filles en leur donnant quelques chawarmas. Les gens sont devenus infidèles, en amitié mais surtout en amour. En religion ils sont plutôt très hypocrites. Ils prient en public, mais par derrière ils mentent, ils calomnient, ils envient, ils volent, ils violentent. Dans notre pays-ci, j’ai vu un neveu qui a tapé son oncle jusqu’à son oncle-là a passé quatre mois à l’hôpital !

Ils violent. Sous nos toitures, il y a des pères qui baisent encore leurs propres filles. Il y a des gens qui souhaitent la mort de leur papa parce qu’ils veulent boire la bière avec son héritage. Il y a des adolescents qui sont devenus des fumeurs de mbanga, et qui vont te massacrer si jamais tu ne leur remets pas ton téléphone portable !

 

PAUL BIYA, LAISSE-MOI T’EXPLIQUER COMMENT ILS PENSENT

Les Camerounais n’ont pas confiance en eux, le père ! Si tu savais comment nous on pense, tu allais voir que nous ne connaissons même pas la définition du mot « République ». Tu allais voir que nous on se demande parfois à quoi on sert ! Parce que je vais te dire, il y a des gens ici qui pensent vraiment qu’ils sont venus sur la Terre pour accompagner les autres…

Paul Biya, laisse-moi t’expliquer comment ils pensent ! Ils sont sûrs que dans la vie ce n’est pas le travail qui donne la récompense, mais que c’est la chance et le hasard ! Ils sont persuadés que c’est Dieu qui t’a jeté là-bas à Etoudi, sans savoir que tu étais 1er de ta classe quand tu fréquentais encore au séminaire… Eux ils supportent les injustices qu’il y a dans notre Justice et parfois dans tes décrets, en disant seulement que « On va faire comment ? »

 

ça rigole beaucoup dans les sous-quartiers camerounais. Crédit: Sacha Ligths

ça rigole beaucoup dans les sous-quartiers camerounais. Crédit: Sacha Ligths

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, VENEZ JE VOUS DIRAI COMMENT LES CAMEROUNAIS VIVENT

Et donc chaque fois qu’on me dit de fermer ma sale bouche, je dis toujours aux gens-là que « Qui vous a même dit que j’ai envie de devenir Président du Cameroun ? Hein ? Je fais quoi avec ça ? Moi j’ai seulement envie que nos politiciens comprennent comment les Camerounais vivent… »

 

Paul Biya ! Est-ce que tu sais que quand nous on se lave, les gens qui passent en route peuvent voir comment nous on essuie le savon sur notre tête ? Hein ?

Monsieur le Président, est-ce que vous savez que nous on fuit les hôpitaux ? Pas parce qu’on est guéri mais parce qu’on n’a plus l’argent pour rester se soigner dans vos dispensaires…

Mon cher compatriote, est-ce que vous savez que nous on boit l’eau qui n’est pas potable, et qu’on mange la nourriture qui n’est pas mangeable ?

 

Parce que si votre excuse c’était de dire que vous ne le saviez pas, moi je vais donc vous dire : les Camerounais sont pauvres, et ils ont faim. Les Camerounais ont envie d’un emploi décent pour protéger leur famille. Les Camerounais ont envie de profiter d’une bonne éducation. Les Camerounais ont envie de se loger sans réfléchir. Les Camerounais ont envie de se soigner facilement lorsqu’ils vont tomber malade. Les Camerounais ont envie que quand ils auront un problème à l’étranger, leur chef de l’Etat va venir personnellement prendre leur défense…

Et quand on aura tout ça, monsieur le Président, vous allez voir qu’on ne va même plus chercher à savoir combien de temps vous avez mis allez encore mettre là-bas au Pouvoir !

 

Ecclésiaste DEUDJUI, moi je vis avec les Camerounais

WhatsApp: (+237) 696.469.637

Tous mes articles sur http://achouka.mondoblog.org

17 réflexions au sujet de « Paul Biya, viens je vais te dire comment ils vivent »

  1. Le billet est bien fait avec une pointe d’humour mais je n’arrive pas en rire car le peuple souffre trop. Et ce que tu dis est la même chose que dans mon pays.
    Mais le seul but des dirigeants semble être : rester au pouvoir

  2. franck kemayou dit :

    .on cher! A te lire; on dirait que tu reviens de la planète « Nameck » (si tu as vu sangokou)! c’est beau de rendre compte de la vie « pas si miséreuse que ca » des camerounais à Paul Biya! ce que tu oublies; c’est que cette situation n’est pas le propre du cameroun! cesse de chercher les poux sur la calvitie! cette situation se vit dans plusieurs pays du monde entier! ne fais pas comme si paul biya est responsable des camerounais qui jettent les ordures sur la chaussée; qui falsifient les notes au lycée et à l’université, qui détournent des millions dans des ministères? Questce que toi aussi tu fais pour améliorer ces conditions?  » Si tout le monde balaie sa cour, tout le village sera propre  » dit le proverbe bamiléké ! après vous diriez que paul biya gère mal le mais co,,e si vous pouview faire le contraire!
    Kemayou Aurlus Franck/facebook

  3. Ah sacré ecclesiaste , merci pour cette peinture acerbe mais non moins humoritisque de la société camerounaise. Heureux de te relire non sans penser aux moments fous qu’on a partagés à dakar. N’oublies surtout pas le billet sur la valise que dis je l’armoire de muyembé

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