Au Cameroun, il y a aussi le « business » de l’éducation

Le premier caramel que j’ai mangé dans ma vie, je l’avais acheté à ma maîtresse du cours préparatoire. Et comme elle vendait aussi les bonbons et les sucettes pendant les cours, c’est toujours chez elle que notre argent de beignets finissait pendant la récréation… Tsuip !

Au Cameroun, il y a un truc que j’ai déjà remarqué dans tout notre système éducatif : c’est le business !

 

on change les livres scolaires chaque année

on change les livres scolaires chaque année

 

IL Y A LE COMMERCE DES INSTITUTRICES

Comme j’achetais mes caramels à Nkongsamba en 1989, c’est aussi comme ça que vos enfants achètent leurs caramels à leur maîtresse de l’école primaire.

Quand tu arrives dans certaines écoles, tu vas voir les bonbons-sifflets remplis sur la table de la maîtresse. Et dès que la récréation arrive, c’est cette dernière qui vous impose de venir vite consommer sa marchandise…

Dans nos écoles primaires, tout commence d’abord par le business ! L’instituteur vous vend les cahiers, il vous vend les crayons, il vous vend la craie et il vous vend aussi le Bic rouge (il est libraire ?). Parfois même son fournisseur n’est personne d’autre que votre directeur !

IL Y A LES ASSOCIATIONS DE PARENTS ESCROQUÉS

Les APEE (Associations des parents d’élèves et enseignants) comme on les appelle. Au départ on avait créé ça pour dissimuler la paresse de notre gouvernement, mais aujourd’hui c’est devenu du n’importe quoi !

Dès que tu inscris ton enfant dans un collège ou dans un lycée, on va te demander les frais de couture ! Quand il va rentrer de l’école le 1er jour alors qu’il n’a même pas encore tous ses cahiers, il va te demander les frais d’informatique ! Après quatre jours de cours seulement, on va te dire qu’il lui faut absolument une tenue de sport comme pour Michael Jordan, sinon le prof de sport va commencer à le mettre dehors pendant les cours d’histoire…

Les APEE, ce sont de véritables machines à sous ! Car non seulement la pension est chère, les livres sont inaccessibles, la ration de l’enfant est insupportable, mais ces gens-là trouvent toujours moyen de vous exiger des frais exigibles.

Et vous savez pourquoi ? C’est parce qu’ils utilisent votre enfant comme une simple monnaie d’échange !

IL Y A LA MAGOUILLE DANS LES ENSEIGNEMENTS SUPÉRIEURS

Est-ce que vous savez qu’au Cameroun, tu peux acheter ton doctorat comme si tu achetais un pantalon dans un prêt-à-porter ? Hein ? Est-ce que vous savez que le prix pour que ton enfant devienne un enseignant, c’est 2 millions de francs CFA, et le prix pour le concours de l’Enam c’est plutôt 4 millions qu’il faudra débourser ? Hein ?

Dans nos universités, les professeurs vendent sexuellement les résultats à certaines jolies filles. Ils donnent leurs meilleures leçons pendant les cours de répétition. Ils organisent des travaux dirigés, et tout le monde sait que si tu donnes 5.000 francs CFA au chef de votre groupe, on va te déclarer « présent » pendant le reste du semestre…

Et puis je ne vous dis pas, les écoles supérieures coûtent encore très-très-très cher ! Je ne vous parle même pas des publicités à la télévision, où chaque établissement vient dire qu’il a eu 100 % aux examens. Je ne vous raconte même pas ce qui se passe dans les salles de composition du BTS, où le surveillant vient dire que « Donnez-moi mille-mille francs, et je vais vous laisser tricher comme vous voudrez ! »

IL Y A AUSSI LE « BUSINESS » DES MINISTÈRES DE L’ÉDUCATION

Comment est-ce que dans un pays, on peut avoir quatre ministères pour s’occuper de la même chose ? Hein ? Est-ce qu’on ne peut pas mélanger l’éducation de base, les enseignements secondaire et supérieur, ainsi que le ministère qui s’occupe de la formation professionnelle ? Hein ?

Au lieu de ça on nous impose un système éducatif qui ne cadre pas avec nos réalités, notre histoire, notre culture, et encore moins avec nos besoins technologiques !

Parce que dans chaque rentrée scolaire, on nous fait acheter de nouveaux livres ! Tu ne peux même pas laisser ton manuel à ton petit frère qui te suit directement. Tu ne peux même pas aller échanger tes bouquins au « poteau » comme auparavant. Tu ne peux même pas comprendre le système LMD qui te donne la DMLA, parce que nos fonctionnaires ne sont là que pour effectuer des négociations avec les éditeurs…

Partout où il y a l’argent de notre éducation qui circule (livres, tenues scolaires, jeux universitaires…), eh bien c’est là-bas que tu vas les voir !

 

cours de répétition au quartier - Crédit: Ecclésiaste Deudjui

Cours de répétition au quartier – Crédit: Ecclésiaste Deudjui

 

L’ÉDUCATION NATIONALE EST DEVENUE UNE GRANDE ENTREPRISE

Donc quand je fréquentais à l’école publique Saint-Martin de Nkongsamba, je ne sortais jamais pendant la récréation. La maîtresse vendait le pain-haricot, les chewing-gums, les gros beignets qu’on vend avec le sucre, et elle avait aussi le ndjindja qu’on vend souvent dans les petites bouteilles de foleré…

En 2002, Paul Biya avait dit que l’école primaire serait gratuite ; mais les prix ne font que s’incrémenter depuis.

En 1990 sous l’effet de la crise économique, notre gouvernement a carrément supprimé la bourse universitaire.

Depuis l’opération Coup de Cœur en 1994, les proviseurs sont devenus des vendeurs de places dans les établissements secondaires.

Et comme je vous raconte tout ceci, c’est parce que voici la rentrée scolaire qui arrive ! Il y aura des parents qui vont stresser, d’autres qui vont s’endetter, d’autres encore qui vont se surpasser. Mais puisque nous sommes au Cameroun, je suis désolé de vous avouer qu’il y en a d’autres qui vont profiter pour s’enrichir.

 

 

Ecclésiaste DEUDJUI

WhatsApp: (+237) 696.469.637

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