Cameroun : comment reconnaître un fonctionnaire fictif ?

Comme je ne rends pas trop visite aux membres de ma famille, certains cousins m’ont dit l’autre jour que je suis un cousin fictif.

Hum ! Fictif comment ? Hein ? Parce que s’il faut même voir, mon nom ne figure pas sur la liste des fonctionnaires fictifs qu’on a recensés au Cameroun.

D’ailleurs je vais vous expliquer comment les reconnaître… Continuer la lecture

Un jour, moi aussi je deviendrai un courtisan Camerounais

Avant, quand mon père n’était pas encore parti à la retraite, il y avait toujours au moins 15 personnes autour de lui ! Les gens lui disaient qu’il était beau, qu’il était propre, qu’il avait raison, et qu’il était même très sage. C’est comme les types qui disent aujourd’hui que Paul Biya est l’homme le plus intelligentissime du monde !

Un jour, vous allez comprendre que ces gens-là ne sont que de bons flatteurs… Continuer la lecture

J’ai testé les nouvelles mesures de sécurité au Cameroun

Le week-end dernier j’étais à Makénéné pour notre réunion de famille. Ce qui m’a surpris dans ce pays qui est en guerre, c’est que je n’ai même pas été contrôlé pendant mes multiples voyages.

La seule fois où la police nous a interpellés, c’était au niveau de Nkongsamba. Et pendant que je fouillais ma poche arrière pour voir si je n’avais pas oublié ma carte d’identité, le chauffeur est venu nous dire : « C’est bon ! »

Il venait de mettre 1.500 francs à l’intérieur de son permis de conduire…

 

les voyages en bus se font sans véritable sécurité

Les voyages en bus se font sans véritable sécurité

 

J’AI TESTÉ LES DÉTECTEURS DE MÉTAUX

Vrai hein, les premiers jours j’ai d’abord cru qu’on était dans un film américain. Quand il y a eu attentat-suicide à Maroua la 2e fois, Douala est subitement devenue une zone de couvre-feu ! À la rue de la Joie, j’ai vu comment les gens s’alignaient devant les boîtes de nuit pour qu’on les contrôle. J’ai même vu un vigile envoyer ses grosses mains dans le caleçon d’une fille androïde, les gens qui étaient dans le rang ont seulement dit : « Mon frère ! C’est toujours pour la sécurité comme ça ? »

Quand j’ai changé de milieu pour aller boire le vrai vin dans la zone estudiantine, on nous a fait passer à un détecteur de métaux. Et comme j’avais les clés de ma chambre dans la poche de mon pantalon, le détecteur a fait « pip-pip ». Les gens se sont écartés de moi comme si j’avais attrapé la maladie de la vache folle… Tsuip !

Mais ce qui est surprenant, c’est que le videur m’a laissé entrer sans même vérifier que c’étaient effectivement ce signal était dû aux clefs. Quand j’ai voulu les lui montrer, il m’a hurlé dessus : « Entre là-bas, dis donc ! On t’a dit que j’ai du temps à perdre ? »

J’AI TESTÉ LA FERMETURE DES BARS À 19 HEURES

Quand nous sommes arrivés à Makénéné il était presque 19 heures, les bars étaient en train de s’ouvrir ?

Je suis entré dans un bar et j’ai demandé à la serveuse de m’apporter vite une Mützig avant qu’on ne vienne fermer l’établissement. Elle ne voulait pas être précipitée : « Tu ne vois pas que le commissaire lui-même est en train de boire ses Gold Harp là-bas à côté ? Tu es pressé pour aller où ? »

Non, franchement, aucun bar ne ferme à 19 heures au Cameroun ! Ça doit être un poisson d’avril en retard. Ça doit être une plaisanterie pour détendre un peu l’atmosphère pendant ces moments de tension. Ça doit être un préfet qui ne savait pas comment faire pour passer au journal de la CRTV à 20 heures. Parce que je vais le redire encore ici, aucun bar ne ferme à 19 heures dans le pays.

C’est vrai que parfois la police peut surgir au milieu de la nuit dans un snack-bar et vous demander vos pièces d’identité. Mais comment les policiers vont voir vos papiers avec nos multiples jeux de lumière ?

J’AI TESTÉ LES COMPORTEMENTS SUSPECTS

N’est-ce pas, on vous a dit qu’on avait attrapé 2 gars à l’église de Bépanda parce qu’ils étaient suspects ? Hein ? Pourquoi on ne vient pas aussi vous dire qu’on les a déjà relâchés ?

Franchement, votre suspicion, c’est vous seuls qui savez comment la définir. Mais de grâce, ne venez pas nous faire plonger dans la paranoïa ici au Cameroun !…

Parce que si c’est comme ça, il faudrait d’abord soupçonner toutes les filles qui attachent leur ceinture au niveau de leur ventre… Je suis sérieux ! Qu’est-ce qui nous prouve que les larges ceintures-là ne sont pas des explosifs ?

Et puis, ce n’est pas parce que quelqu’un a la tête en l’air que vous allez penser que c’est un terroriste ! Prenons mon cas par exemple ! L’autre jour j’avais rendez-vous avec une araignée à Bonamoussadi, et comme la go ne venait pas j’ai commencé à m’impatienter. Après 15 minutes seulement, je transpirais déjà à grosses gouttes. J’ai commencé à regarder les gens de façon bizarre, et j’ai même commandé une Malta Guinness (il n’y a pas plus suspect qu’un homme qui boit la Malta Guinness).

À un moment donné, mes mains sont carrément devenues moites. Et je vous jure que si la fille n’était pas venue dans les secondes qui ont suivi, quelqu’un allait composer le 1500 et se décider à me dénoncer à la gendarmerie…

J’AI TESTÉ L’INTERDICTION DE LA BURQA

Franchement je n’ai pas testé l’autre, là ! Je vais d’abord m’approcher d’une femme qui a la burqa par rapport à quoi ? Hein ? Qu’est-ce qui me prouve même d’abord que c’est une femme qui est à l’intérieur ?

Non, sérieusement, je pense que celui qui a interdit la burqa ne devait pas s’arrêter en si bon chemin. Il devait aussi interdire le jogging et les pull-overs. Il devait interdire les kabas que nos grand-mères portent dans les villages. Il devait aussi interdire les longues robes de mariage. Il devait demander aux femmes qui marchent avec les vibromasseurs-là que « Je demande hein, est-ce que vous êtes même d’abord obligées de maigrir ? »

Le type qui a pris sur lui d’interdire la burqa dans son territoire de commandement, il devait d’abord interdire la gandoura à notre président de l’Assemblée nationale; parce que c’est ce dernier qui avait dit que « les terroristes sont parmi nous ». Comment est-ce qu’il a fait pour savoir ce genre de choses ?

De toute façon là-bas à Makénéné, je n’ai vu personne arborer la burqa ! Les gens buvaient eux leur bière à côté du commissaire qui buvait ses Gold Harp, et personne n’est venu nous turlupiner avec ses histoires de détecteurs de métaux.

Vous voulez venir changer la vie des gens ?

 

la fermeture des bars à 19h n'est qu'une rigolade

La fermeture des bars à 19 h n’est qu’une rigolade

 

CAMEROUN : J’AI TESTÉ LES NOUVELLES MESURES D’INSÉCURITÉ

Donc quand je farfouillais ma poche arrière pour voir si je n’avais pas oublié ma CNI là-bas à Douala, c’est là que le chauffeur est venu nous dire que « C’est bon ! J’ai déjà donné l’argent, donc asseyez-vous on part ! »

Quand j’avais pris le ticket de Douala pour Bagangté, le chef d’agence nous avait dit que « Tous ceux qui n’ont pas leur carte d’identité doivent me donner 1.000 francs CFA. »

Quand je m’étais installé au milieu du gros porteur, aucun passager ne savait même ce qu’il y avait dans mon sac à dos.

Quand on a donc rencontré la police sur le chemin du retour, à Nkongsamba, j’ai entendu un brigadier dire à son collègue : « Chef ! Le chauffeur t’a déjà donné les 1500-là ? »

Et c’est comme ça que nous on fonctionne avec la sécurité ici, dans un laxisme qui n’a même pas d’équivalence. Parce que dans les lieux publics, dans les transports en commun, dans les domiciles et même dans les villages, personne de nous ne fait preuve de vigilance !

Et si tu viens leur dire que le Cameroun est dans une période de crise, ils vont te regarder comme si tu étais un marabout : « Donc on ne doit plus vivre parce qu’il y a Boko Haram ? »

 

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Montre-moi ton bureau camerounais, et je te dirai qui tu es

J’étais dans le bureau d’un avocat l’autre jour, à Bonanjo. Ou le type voulait seulement me provoquer oooh ! Il m’a fait attendre plus de 25 minutes en face de lui, parce qu’il était en train de manipuler son ordinateur portable. Un Mac. À un moment il s’est arrêté et il m’a regardé, comme s’il voulait enfin m’adresser la parole. Puis il s’est remis à faire des bruits bizarres avec ses longues phalanges, sous prétexte qu’il dactylographiait avec la méthode aveugle… Tsuip !

Je suis sorti de son cabinet sans même lui demander la permission, car j’en avais déjà marre. Et si son but c’était de m’impressionner avec ses chaises Louis XIV qu’il y avait partout dans la pièce, je dois lui dire qu’il a menti !

Car je connais déjà tous les bureaux qu’il y a ici au Cameroun !

 

l'activiste Delor Magellan Kamga a utilisé la rue comme bureau de revendication

L’activiste Delor Magellan Kamga a utilisé la rue comme bureau de revendication

 

IL Y A LES BUREAUX DES NOUVEAUX MILLIONNAIRES

Je parle des gens que l’argent a surpris norr, vous ignorez quoi ? Les gens que quand ils étaient tout petits, ils vendaient le maïs avec les prunes à l’intérieur du marché central…

Les nouveaux riches, c’est très facile de reconnaître leur bureau ! Déjà que c’est plus vaste que leur propre appartement. Déjà qu’il y a la moquette dans leur bureau alors qu’il n’y a même pas le Gerflex dans leur maison. Déjà qu’il y a un grand canapé en cuir, mais également des fauteuils au mur et des chaises en face de sa table…

Les nouveaux riches, on dirait qu’ils veulent seulement impressionner les gens qui leur rendent visite. Sinon pourquoi il y a en même temps un split et un climatiseur ? Hein ? Ce n’est pas la même chose ? Pourquoi il y a un large écran plat sur le mur alors que personne n’a même le droit d’aller augmenter le volume ? Hein ? Pourquoi il y a aussi toutes ses photos de famille depuis qu’il a l’âge de 9 ans ? Est-ce que ça a un rapport avec le travail ?

 

IL Y A LES BUREAUX DES ENTREPRISES QUI NE PAYENT PAS LEURS IMPÔTS

Je parle de milliers et de milliers d’entreprises. Parce qu’on le veuille ou non, la plupart de nos entreprises sont essentiellement des esquiveuses fiscales !

Dans leurs bureaux, il y a une pagaille-là qui m’a toujours dépassé. Parfois tu vois quelqu’un concentré devant un ordinateur, alors que l’ordinateur-là est éteint. Parfois il y a déjà la poussière sur les dossiers qu’on a traités ça ne fait même pas encore 30 secondes. Parfois c’est le menuisier qui vient vous demander de vous lever d’abord, parce qu’il veut partir avec votre table. Parfois il y a deux ventilateurs qui tournent rapidement jusqu’ààààààà… mais qui ne vous donnent même pas une seule goutte d’air ! Parfois tu trouves les employés en train de taper eux leurs commentaires, ou bien en train de manger eux leur pain-haricot. L’avocat-là croit qu’il va me montrer quoi que je n’ai pas encore vu ici ?

 

IL Y A LES BUREAUX DES CRÉATEURS D’ENTREPRISES

Est-ce que ce sont même des bureaux ? Il y a plein de gars, ici qui te disent qu’ils ont monté leur entreprise, mais va alors leur demander de te recevoir ! Tu vas voir comment ils vont commencer à manger la bouche : « Heu… c’est-à-dire que… le premier ministre a dit que… » Philémon Yang a quoi à y voir avec ton bureau qu’on te demande ?

Je ne leur en veux pas, c’est parce que leur bureau se trouve dans leur mallette ! Quand le gars a gagné un marché, il ouvre son sac et tu vois alors les agrafeuses, les trombones, les papiers en-tête… Si tu insistes trop pour qu’il te reçoive, il va aller quémander le studio de son grand-frère qui est installé là-bas à Bali !

Donc si un jour vous traitez business avec un Camerounais qui vous reçoit toujours dans les snack-bars et dans les glaciers modernes, ne cherchez plus où se trouve son bureau : c’est juste en bas de votre table !

 

IL Y A LES BUREAUX DE NOS TECHNICIENS ET DE NOS RÉPARATEURS

A’aka ! Je n’ai même pas envie de perdre le temps sur la qualité de bureaux là. Quand c’est un bailleur, c’est la véranda de sa maison. Quand c’est une call-boxeuse, c’est son parapluie avec sa chaise en bois. Quand c’est un contrôleur routier, c’est un bungalow qu’on a confectionné avec les vieux bambous de Chine. Quand c’est un colleur de roues, le gars est lui gaillardement installé sur le siège d’une voiture qui a perdu toute sa carrosserie. Quand c’est un réparateur de vélos, tu vois comment ton type se noie dans une montagne de vieux vélocipèdes abandonnés, et après il sort sa grosse tête pour te demander que « Je te cherche même combien de cylindres ? ».

Et c’est la même chose avec les réparateurs de frigo, ainsi qu’avec les réparateurs de téléviseurs. Ils aiment quand ils travaillent à côté des vieux appareils gâtés jusqu’ààààààà…

Mieux encore les coiffeurs que quand il n’y a pas de client dans son salon, il peut au moins s’amuser à tourbillonner avec sa modeste chaise roulante.

 

IL Y A LES BUREAUX DES FONCTIONNAIRES CAMEROUNAIS

Je n’aime pas trop la politique hein, pardon. Je sais seulement que quand tu entres dans le bureau d’un fonctionnaire camerounais, il y a toujours la photo de Paul Biya quand il accédait encore au pouvoir (donc le type là aura toujours 49 ans ?). Parfois il y a aussi la casquette du RDPC sur la table de bureau, ou alors l’écharpe du CPDM si c’est un fonctionnaire du Sud-Ouest. Mais dans tous les cas il y a des tonnes de documents qui ne servent à rien, parce que je n’ai toujours pas compris pourquoi les Camerounais refusent de s’informatiser, et donc de tout décentraliser… Tsuip !

Pour savoir que tu es dans un bureau de fonctionnaires, les gens arrivent à 10 h, ils sortent manger à 11 h, ils reviennent prendre leur sac à 14 h, et ils sont déjà chez eux à 15 h.

Mon avocat-là veut même me montrer que quoi ?

 

le bureau de certains vendeurs d'aliments, c'est sur l'axe-lourd

Le bureau de certains vendeurs d’aliments, c’est sur l’axe lourd

 

MONTRE-MOI TON BUREAU CAMEROUNAIS, ET JE TE DIRAI CELUI QUE TU PEUX ÊTRE…

J’ai donc claqué la porte de cet avocat-là en catimini, et je suis rentré chez moi sans même regarder mon derrière. Comment ça !

 

Dans les bureaux camerounais, il y a toujours une cafetière alors que personne n’aime boire le Nescafé ici.

Dans les bureaux de Yaoundé et même de Douala, les gens passent le temps à s’intriguer et à raconter le kongossa les uns sur les autres.

Dans les bureaux du Grand-Nord, ou bien dans ceux du Grand-Sud, il y a toujours un vigile maguida qui joue essentiellement le rôle de la secrétaire…

 

Et puis les gens sont toujours en costard pour les hommes, et en tailleur pour les dames ; comme s’ils avaient besoin d’une cravate et d’une jupe droite pour bien réfléchir. Alors que ce qu’il nous faut ce sont des ateliers de fabrication, des chaînes de montage, des usines de production. Il nous faudrait aussi de vastes plantations et des hectares de champs, parce que notre développement passera forcément par une excellente agriculture.

Et par les bureaux qui seront mis en place pour soutenir ce genre d’initiatives !

 

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Radioscopie du tribalisme à la camerounaise

Je discutais avec un étudiant de Ngoa-Ekellé l’autre jour. Je crois qu’il doit faire sociologie. Il m’expliquait comment le Cameroun est un pays qui ne connaît même pas la xénophobie (ah bon ?). Je n’ai pas eu besoin d’un laser pour lui prouver que nous sommes un vrai peuple de tribalistes.

J’ai juste eu besoin de quelques rayons X. Continuer la lecture