4 novembre 1982 : et si Ahidjo n’avait pas démissionné…

Le mois dernier j’ai fait un papier sur les Camerounais de ma génération, c’est-à-dire ceux qui ont presque trente ans (Cf. Le Renouveau des trentenaires). C’était parce que je sentais poindre ce fameux 6 Novembre, qui marque à la fois les 32 ans de gouvernance de l’Homme-Lion, les 29 ans de folklores RDPCistes, mais surtout, surtout, le départ du tout premier président du Cameroun…

 

Je n’étais pas né hein, pardon, on m’a seulement raconté. Mais il paraît que la nouvelle de sa démission avait sonné comme un choc sur les ondes du Poste National, quand le président Ahmadou Ahidjo avait annoncé qu’il se retirait du pouvoir.

Je n’étais pas né hein, attention ! Mais on rapporte que malgré sa dureté, malgré sa sévérité, les gens avaient beaucoup pleuré quand il avait dit à la radio : « Je me retire définitivement de la Présidence de la République, mais soyez rassurés, parce que je vous la laisse entre de bonnes mains… »

 

Moi je n’ai pas connu le président Ahidjo. Tout juste, je peux me prononcer sur son choix d’avoir choisi son premier ministre pour lui succéder. Mais quand même, quand je pense à ce qui se passe au Burkina Faso, quand je me rappelle ce qui s’est passé pendant les révolutions maghrébines, je me dis que nous, ici, nous aurions peut-être connu pire si Ahidjo n’avait pas démissionné…

 

32 ANS DE POUVOIR ALLAIENT ÊTRE 52 ANS DE POUVOIR…

Notre premier président a pris le pouvoir en 1960. S’il n’avait pas démissionné, on serait aujourd’hui en train de fêter ses 52 ans de pouvoir ! Et donc il aurait battu le record de Kadhafi et de Omar Bongo de plus de 10 ans…

 

LE SDF ET LES PARTIS D’OPPOSITION N’ALLAIENT PAS EXISTER !

C’est bien vrai que les pays africains ont senti souffler la démocratie au début des années 1990, mais ce n’était pas forcément du goût de leurs dirigeants. Si Ahidjo était resté au pouvoir, qui sait si l’UNC (le seul parti à la l’époque) n’aurait pas été érigé en parti-Etat ? Avec comme corollaire les interdictions de manifester, la censure dans les médias, et une répression violente des mouvements d’humeur. Rappelons que de son temps, il y a eu les maquis Bamilékés et Bassa’a, qui ont causé beaucoup-beaucoup de morts…

 

LA CAPITALE ALLAIT ÊTRE GAROUA

Dis-donc ! On peut dire tout ce qu’on veut sur notre Régime, il y a quand même les bons côtés. Et quoi de plus sexy que de boire sa bière quand on veut, où on veut ? Mais surtout à Douala et à Yaoundé ? La force de notre Renouveau est qu’il nous permet de vivre comme nous le voulons. Si la capitale était Garoua, qui sait si des mouvements extérieurs n’auraient pas tenté de convertir le Grand-Sud ? de force ? Au lieu de ça on peut se divertir le samedi soir, et même les six autres soirs, on peut avoir un pasteur qui en réalité n’est que le voisin, et on peut rêver aussi de partir découvrir le reste du monde…

 

investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.

investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.

 

Oui, en un mot comme en mille, personne ne sait ! Si Ahidjo n’avait pas pris son micro ce 4 novembre 1982, on ne serait pas là en train de fêter le 6 novembre avec le RDPC. On ne serait pas là au carrefour en train de boire nos bières et de bloquer la circulation. Si le 4 novembre la radio n’avait pas annoncé que notre président se retirait, peut-être que nos Lions Indomptables n’auraient jamais été champions d’Afrique. En 1984, en 1988, en 2000, puis en 2002. Si Ahmadou Ahidjo n’avait pas confié son poste à ce jeune fonctionnaire aux dents longues, Paul Biya, peut-être que notre pays aurait basculé dans le chaos, dans la gabegie, et dans une successivité de coups-d’états…

On ne sait pas.

 

Et au lieu de ça nous sommes toujours en train de nous plaindre, de nous plaindre. Pourtant nous avons la paix, pourtant nous avons la nourriture, pourtant nous avons les jolies femmes. Pourtant nous avons la liberté d’orientation religieuse, et même la liberté de penser. Pourtant nous avons la liberté de critiquer…

 

En tous cas je vous ai déjà dit hein, moi je suis dehors en train de boire ma bière !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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2 réflexions au sujet de « 4 novembre 1982 : et si Ahidjo n’avait pas démissionné… »

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