Les Camerounais promettent le ciel et la lune, mais ils te donnent la terre

Aujourd’hui je suis triste !

Je suis en train de me demander si, par hasard, nous ne sommes pas la génération sacrifiée dont on parle dans les livres d’histoire…

 

On nous avait promis le changement, puis l’émergence, ensuite on a promis de changer notre émergence…

On nous avait promis les « Objectifs du Millénaire », puis la « Santé pour tous en l’an 2000 », mais ça fait déjà 14 ans que nous sommes entrés dans ce fameux millénaire, et depuis lors nous sommes toujours autant malades !

 

Je ne suis pas triste à cause de ces grands manitous. À la limite, ils ne font que leur job (mentir). Ce qui me gêne, c’est de vivre dans une société où tout le monde te fait des promesses à tort et à travers !… Continuer la lecture

Et si je vous disais que Dieu est un Camerounais ?

N’ayez pas peur hein, je ne suis pas là pour vous parler des doctrines agnostiques. Nôôô ! Je ne suis pas là pour revenir sur le concile de Nicée (en l’an 325), lors duquel la déité de Jésus avait été votée comme si on élisait un nouveau maire… Non moi.

Je ne suis pas là pour vous parler de Vishnu ou de Krishna, d’ailleurs je n’y connais pas grand-chose. Je sais juste que dans toutes les religions, quelles que soient les époques et quelles que soient les traditions, les dieux ont toujours eu les mêmes caractéristiques : Omniprésence, Omnipotence, Omniscience, Capacité à faire des miracles, Intemporalité, Religiosité.

Et je sais que nous avons un homme ici au Cameroun qui réunit toutes ces caractéristiques…

 

satan contre jésus

 

OMNIPRÉSENCE

Le type que je vous dis-là, il est vraiment omniprésent dans notre pays. Ou du moins dans nos esprits. Tu ne peux pas entendre deux Camerounais causer pendant trente minutes, sans que son nom ne revienne. Tu as des problèmes oooh, c’est de sa faute ! Tu n’en as pas oooh, c’est toujours de sa faute ! Je me demande même ce que les gens vont encore dire quand le type d’autrui ne sera plus là.

 

OMNIPOTENCE

L’omnipotence alors c’est sa chose ! Il sait tout faire. N’est-ce pas il est en même temps sportif numéro un, juriste numéro un, pacifiste numéro un ? N’est-ce pas c’est lui l’homme le plus dynamique du pays ? Et le Camerounais le plus jeune ? N’est-ce pas en même temps il a tous les pouvoirs ? C’est lui qui nomme au Sénat, à la Cour Suprême, à la Chambre d’organisation des élections ?

Qu’est-ce qui peut même le dépasser ? Quand il y a moindre problème à la Fécafoot ou à la Socam, on l’appelle sauf que pour le secours… Vous n’avez pas vu quand les Lions boudaient en pré-mondial pour les primes ? Qui leur a trouvé des milliards sur place-sur place ? Et un jour non ouvrable, s’il vous plaît !

 

OMNISCIENCE

Si c’est pour ça alors, le type-là est l’homme le plus intelligent du monde ! Vous n’écoutez pas souvent nos administrateurs à la télé ? Que ce soient nos députés, nos ministres, nos ambassadeurs, tout ce qu’ils entreprennent a été inspiré par le type que je vous dis là. Et ils sont toujours en train de le remercier.

C’est pour cela que je pense que ce gars-là a toujours eu de brillantes idées. Il maîtrise à la fois l’économie, la culture, le sport, les hydrocarbures, la physique nucléaire, et même les nouvelles sciences qui sont très pointues et qu’on appelle les nanotechnologies…

 

CAPACITÉ À FAIRE DES MIRACLES

Voilà alors son vrai point fort ! De même que Moïse avait divisé les eaux du Jourdain comme par enchantement, de même mon type que je dis-là peut faire disparaître tous les véhicules de la circulation. Quand il veut se déplacer, c’est comme si on avait lancé l’opération « rien ne bouge ». Et puis quand il doit prendre un avion, les aéroports passent en mode « personne ne décolle, personne n’atterrit ».

Vous-même dites-moi si ça ce ne sont pas des miracles de niveau ecclésiastique…

 

INTEMPORALITÉ

Je vais encore vous expliquer quoi sur ce point ? Vous-mêmes vous ne le voyez pas à la télé ? Est-ce que vous avez même l’impression que ça fait déjà longtemps que vous le connaissez ? Est-ce que vous avez même l’impression que vous allez vous séparer de lui un jour ?

Je dis hein, le type-là maîtrise le temps comme nous on maîtrise les boissons qui moussent. Il peut te laisser dehors pendant trente ans, et un beau jour il te barricade comme si vous vous étiez vus hier ! Pour ça au moins je lui donne le café. Il n’est pas comme nos papys du village qui n’ont soixante ou soixante-deux ans, mais qui sont déjà finis comme les funérailles…

 

RELIGIOSITÉ

Tout ce que j’ai dit en haut-là ne sert à rien, si après tout ça tu n’as pas des gens qui croient en toi comme un Dieu. Et ainsi il y a des gens qui croient en mon type, qui pourraient même donner leur vie pour mon gars-là. Il y a des gens qui lui souhaitent longue vie (vie éternelle), qui le trouvent irremplaçable, et qui le nominent même chaque année pour l’attribution du Nobel de la paix.

Il manque seulement qu’on lui dédie une cathédrale dans nos capitales politique et économique…

 

affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011

affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011

 

Et donc, pour toutes ces raisons, je me demande souvent si Dieu n’est pas un Camerounais par hasard. Pour toutes ces raisons, je veux savoir si c’est mon type-là qui fait comme Dieu, ou alors si c’est Dieu lui-même qui essaie d’imiter mon type-là.

Parce que le gars est beau, il est fort, il est propre, il est intelligent, il est imprévisible, il est miséricordieux.

Mais le test ultime, c’est que les vrais dieux sont censés régner pendant des siècles et même des millénaires…

Ecclésiaste DEUDJUI

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Si Biya veut l’émergence, il doit organiser une grande fiesta

L’autre jour, j’ai assisté à un mariage. Et pendant que les mariés s’échangeaient leurs microbes, moi j’étais tranquillement en train de penser à Paul Biya. Le type-là nous avait dit en 1982 qu’il y aurait la rigueur et la moralisation. En 1990, il nous a plutôt parlé du bout du tunnel. Et puis, à l’orée 2004, il a enchaîné avec les géantes ambitions et les gigantesques réalisations…

Moi je dis hein, c’est très facile de développer le Cameroun. Quand je regarde comment le mariage-là s’est déroulé l’autre jour, je me dis que Paul Biya devrait organiser une fiesta comme ça. Parce que dans les cérémonies camerounaises, il y a tous les ingrédients de l’émergence : concentration, ponctualité, rigueur, générosité, compte rendu, calendrier, travail, objectif communautaire, fierté, bilan, etc.

Voici donc ce que notre président devrait nous dire : Continuer la lecture

Ces dix proverbes qui ont assassiné le Cameroun

Je ne vous apprends rien, la société Camerounaise est une société qui a perdu presque toutes ses valeurs. Il y a la sauvagerie qui a gagné nos mentalités, il y a la pornographie qui a investi notre progéniture, il y a les incivismes qui sont ancrés au plus profond de notre personnalité.

J’ai essayé de comprendre pourquoi nous avons autant de facilité à vivre avec l’invivable. Et j’ai compris que dès le plus jeune âge, nous absorbons des proverbes qui nous ont conduits (à coup sûr) vers la dégénérescence actuelle.

En voici quelques-uns…

 

j'aime mon pays

 

1-       LA CHÈVRE BROUTE LÀ OÙ ELLE EST ATTACHÉE

Je dis hein, est-ce que vous vous rendez même compte de ce que ce proverbe signifie ? Hein ? Ça veut dire que quand tu es aux affaires, ta famille et tes amis et toi vous devez vous en mettre plein la bouche et plein les poches. Ça veut dire que vous devez satisfaire votre ventre administratif et votre bas-ventre. Vous devez « brouter là où vous êtes attachés » sinon vous êtes des idiots, sinon vous êtes des bons à rien, sinon les sorciers du village ils vous jettent beaucoup de mauvais sort.

C’est l’un des proverbes les plus nocifs de la société camerounaise, en ceci qu’il justifie le vol des deniers publics, et que nos plus jeunes enfants le connaissent dès la maternelle. Et avec ça vous croyez qu’on sera émergent en deux mille trente quelque chose ?

 

2-       UN VIEILLARD QUI MEURT EST UNE BIBLIOTHÈQUE QUI BRÛLE

Mais je dis hein, qui vous a raconté ces conneries ? Un vieillard qui meurt est un vieillard qui meurt, point barre ! C’est à cause de ce genre de clichés stéréotypés que les Africains n’écrivent rien. Ils sont toujours en train de dire que la sagesse et la connaissance sont dans le cerveau d’un bon buveur de bili-bili. Ça ne veut rien dire ! Et puis quand Sarkozy va dire que vous n’êtes pas assez représentés dans l’Histoire, vous allez partir vous plaindre. Il faut qu’on arrête de penser que les vieux sont plus intelligents que les jeunes. Ils ont plus d’expérience, mais c’est tout !

Et puis vous vous étonnez de la « longévicratie » dans nos institutions. Il faut qu’on apprenne qu’il faut apprendre par soi-même, et qu’il faut réfléchir, mais surtout qu’il faut écrire. La seule bibliothèque qui avait brûlé, c’était la bibliothèque de Toutankhamon en Egypte…

 

3-       QUAND YAOUNDÉ RESPIRE, LE CAMEROUN VIT

Elle est bien bonne celle-là ! Sauf que celui qui l’a inventée habitait (et même encore) à Yaoundé. Le développement du Cameroun, ça ne doit pas passer par une ville ou bien par deux. C’est à cause de cet aphorisme bidon qu’en plein 21ème siècle, on soit obligé de quitter de Maroua à Yaoundé pour faire signer un simple papier. Conneries ! À quoi nous sert l’internet alors ? Et les budgets de l’informatique ? Et puis, est-ce que nous avons les routes, pour déranger les gens de cette façon ? Comment expliquer que pour retirer ton baccalauréat que tu as passé à Ngog-Mapoubi, tu doives traverser tout le territoire Camerounais ?

J’ai vraiment mal quand je regarde notre pays-ci. Regardez une simple ville comme Douala (« Douala c’est le poumon économique du Cameroun »). Regardez combien il y a des bendskineurs et de call-boxeuses. Regardez combien de gens habitent dans les zones industrielles. Regardez combien de gens sont entourloupés par les agences immobilières. Tout ça parce qu’on a dit à notre peuple que pour exister dans ce pays-ci, il faut habiter à Douala ou bien à Yaoundé… Mais ce qui m’étonne, c’est que ces grands manitous ont quand même réussi à créer un ministère de la Décentralisation !

 

4-       LE CAMEROUN EST UNE AFRIQUE EN MINIATURE

Ça sonne bien, non ? Et puis ça nous flatte. Mais dites-moi : qu’est-ce qu’on a en commun avec la Mauritanie ? Ou bien le Maroc ? Ou bien l’Afrique du Sud ? Cette fichue assertion nous a fait croire pendant des décennies que nous étions le meilleur pays d’Afrique. Que nenni ! Le Cameroun est un Cameroun en miniature et puis c’est tout !

Au lieu de travailler, nous sommes là à nous contenter de nos climats divers, de notre position équatoriale, de notre bilinguisme… C’est ça qu’on mange ? Voilà la Guinée Equatoriale qui n’a rien de tout ça, mais est-ce qu’on peut alors lui parler fort ?…

 

5-       LES MORTS NE SONT PAS MORTS

Hum ! Je n’ai rien contre Birago Diop hein, mais je dois lui révéler que les morts sont bel et bien morts ! Tous. Même Mandela qui était grand-grand-grand là, eh bien il est vraiment mort !

Ce dicton a été récité par nous dès l’école primaire, et depuis lors on ne le lâche plus. On l’a même transformé en « Un lion ne meurt jamais, il dort ! ». Allez alors réveiller Marc-Vivien Foé et Charles Ateba Eyéné. N’est-ce pas vous dites qu’ils dorment seulement ?

Le jour où les Camerounais comprendront que les vivants sont plus importants que les morts, le jour-là, on pourra alors entamer la lente marche vers l’émergence. Et puis quand quelqu’un sera malade, on s’occupera de lui du mieux qu’on peut. Au lieu de le laisser mourir, et puis de repeindre sa maison ensuite, et puis de lui offrir un cercueil chryséléphantin, et puis de lui organiser des obsèques à coups de centaines de millions de francs CFA… alors que tout ce gaspillage aurait pu le sauver de son vivant, ou alors aider ceux qui sont encore en train de croupir dans nos hôpitaux qui sont déjà des cimetières…

 

maya angelou exceptionnel

 

6-       QUI NE TENTE RIEN N’A RIEN

Dites-moi : est-ce que dans un pays sérieux, on doit tenter quelque chose pour avoir ce qu’on mérite ? Est-ce qu’on doit se (com)battre pour avoir la chance d’aider son pays à avancer ? Est-ce que votre enfant doit tenter quelque chose pour que vous lui donniez l’argent de beignets ? C’est quoi ce système où on éprouve les gens et on les suce, avant de leur donner ce qui leur revient ? C’est quoi cette manière que la compétence soit transformée en subsistance ?

Moi je dis non, non, non ! Qui ne tente rien a tout ! Si un Camerounais mérite quelque chose, il n’a pas besoin de venir toquer chez vous à 2h du matin pour l’avoir. Donnez-lui sa chose ! Donnez à ce gars ce qui appartient à ce gars ! Il a déjà « tenté » en se débrouillant pour acquérir sa force, son intelligence, sa technique, son expérience, ou son talent. Vous voulez qu’il tente encore que comment ? En s’humiliant et en se rabaissant pour satisfaire votre instinct sanguinaire ?

 

7-       ON NE FAIT PAS LES OMELETTES SANS CASSER LES AUTRES

Les œufs, je voulais dire. Ça veut dire que pour un rien comme ça ou pour une route imaginaire, on va venir vous déguerpir et détruire vos maisons ! Wèèèkè ! Cameroun. Pourquoi ne pas reloger ces pauvres hères qu’on délocalise ? Et pourquoi ce sont toujours les mêmes qu’on scelle, qu’on rase, qu’on expulse, et qu’on démolit ? Pourquoi la route ne doit jamais passer sur la maison d’un député, ou d’un ministre, ou d’un ambassadeur ? Est-ce à dire que même l’urbanisation du Cameroun, ça a les yeux ?…

Et puis quand on va tendre un micro peinturluré à nos délégués du gouvernement, ils vont te dire qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs. Est-ce qu’on leur a dit que nous ont veut manger les omelettes ? Hein ? Il ne pouvaient pas plutôt faire les œufs bouillis à la place ?

 

8-       LE CHIEN ABOIE, LA CARAVANE PASSE

Quand on me parle de ce proverbe, je vois directement notre élite dirigeante. Elle se fout du peuple, elle se fout de nos revendications, elle s’en balance de nos réclamations. Au Cameroun, même quand le chien n’aboie pas, la caravane passe seulement. Et cette caravane sourde et méprisante continue sa route depuis des décennies, au détriment de sa population qui naît, grandit, vieillit et meurt dans l’indifférence.

Les chiens qui aboient, ce sont nos journalistes. Les chiens, ce sont nos opposants. les chiens, c’est la société civile. Les chiens, ce sont les médias, les artistes, les sportifs, les intellectuels qui se plaignent et qui dénoncent. Mais on ne les écoute jamais parce que dans la caravane, il y a Dieu !

 

9-       IMPOSSIBLE N’EST PAS CAMEROUNAIS

Dans la série foutage de gueule, on ne peut pas mieux faire que ce proverbe importé de la France. Qui vous a dit que Impossible n’était pas camerounais ? Vous l’avez déjà vu ? Est-ce que vous connaissez sa nationalité ? Et c’est à cause de ce paradigme loufoque que nos Lions vont dans des compétitions sans se préparer, parce que « leur échec ne sera pas camerounais ». Triple tsuip ! Au lieu de penser à l’impossible, pensez d’abord au possible et aux possibilités. Il faut travailler et se donner les moyens de réaliser de grandes choses, et non dormir sur des proverbes aussi endormissants. Et après ça tu vas voir nos jeunes dans la rue – et même nos vieux – qui ne savent pas ce qu’ils comptent faire de leur vie. Et qui ne sont même pas inquiets, parce qu’on leur a dit que « Impossible n’est Camerounais »

 

10-   LE CAMEROUN C’EST LE CAMEROUN

Voici alors le grand-frère des proverbes qui nous tuent le Cameroun, et qui nous empoisonnent les mentalités. Le Cameroun c’est le Cameroun ! Une lapalissade qui ne veut rien dire, mais qui nous a fait tolérer l’intolérable. Un ministre détourne de l’argent, le Cameroun c’est le Cameroun ! Nos administrateurs tentent de s’éterniser au pouvoir, le Cameroun c’est le Cameroun ! On nous prive d’électricité pendant plus de quatorze jours, le Cameroun c’est le Cameroun. On te demande de l’argent pour soudoyer les directeurs de nos grandes écoles, ou de nos guichets, ou de nos organisations sportives, ou de nos institutions étatiques, c’est normal, parce que le Cameroun c’est toujours le Cameroun…

 

les grandes choses ne sont pas réalisées par la force, mais par ma persévérance

 

Et donc je dis non, il faut qu’on sorte de ces proverbes avilissants. Il faut qu’on remette l’éthique au centre de notre développement. Il faut qu’on redonne de la valeur à nos mœurs, et à notre éducation civique. Il faut qu’on ne supporte plus ce qui n’est pas supportable, et qu’on cesse d’accepter ce qui n’est pas acceptable. Non, le Cameroun n’est pas le Cameroun, oui, impossible peut être camerounais, oui, le chien aboie et la caravane s’arrête, oui, on peut faire les omelettes sans casser les autres, oui, qui ne tente rien peut tout avoir, oui, les morts sont vraiment morts, non, le Cameroun n’est pas une Afrique en miniature, oui, quand Yaoundé ne respire pas, le Cameroun peut vivre, non, un vieillard qui meurt n’a rien à voir avec une bibliothèque, et puis non, non, non, bon sang de non, la chèvre n’est pas obligée de brouter là où elle est attachée…

Ecclésiaste DEUDJUI

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Faits divers: tous les Camerounais sont des sanguinaires !

On rit comme ça hein, mais les Camerounais sont des vampires !

Je suis parfois frappé que nos journaux télévisés commencent par des accidents de circulation. Je suis souvent interloqué quand dans la presse nationale, ce sont les histoires de sorcellerie qui occupent la page de couverture. Je suis toujours très déconcerté quand dans nos films, sur les réseaux sociaux et dans nos radios, ce sont les affaires de meurtres, de mœurs, de trafics d’organes et de mysticisme, qui ont la cote ici dehors…

 

La société camerounaise est pervertie ; pas à cause de la pornographie, mais à cause de la sauvagerie.

Il n’y a qu’à voir dans nos vidéos-clubs (il n’y a plus de salles de cinéma) : nos adolescents adorent les scènes d’éventration, ils adorent les scènes d’édentation. Ils sont même capables de manger leur pain chargé pendant un film d’horreur…

 

Nous sommes tous des sanguinaires, et c’est déplorable. C’est pourquoi les histoires comme celles de Vanessa Tchatchoua ont eu un succès médiatique. Qui avait volé son bébé ? Hein ? Nous aimons les histoires morbides, et c’est pourquoi nous regardons les émissions comme Regard Social qui nous exhibent les sujets tabous, les faits divers, et qui nous exposent des malformations physiques de certains Camerounais.

Nous aimons entendre qu’il y a des crimes rituels à Mimboman, que là-bas on enlève les parties des filles et qu’on part les revendre à l’étranger. Nous aimons les choses mystiques, nous aimons le monde irrationnel. C’est pour cela que le livre de Charles Ateba Eyéné (La dictature des loges…) a été un best-seller.

 

Comme Petit-Pays avait dit, c’est dans le sang. Et donc, chaque fois que je suis dans un bus camerounais, je regarde vers le sol et je me secoue la tête. Qu’est-ce que nous cherchons même au juste ? Il suffit que le chauffeur ralentisse un peu, pour que tous les passagers se lèvent de leur siège, en espérant qu’il y a eu un accident au-dehors. Et puis c’est des mains sur la tête, c’est des « j’avais bien dit que la voiture-là roulait à vive allure », c’est des bavardages à n’en plus finir, sans aucune compassion, mais avec une espèce d’assouvissement, de soif étanchée, de ce sentiment bizarre que Florian Zeller a appelé La fascination du pire…

 

Des Camerounais se réjouissant d'un accident de camion brassicole

Des Camerounais se réjouissant d’un accident de camion brassicole

 

Je ne veux pas être de ce monde-là, je suis une âme sensible. Je suis encore de ceux qui refusent de participer aux justices populaires. Tu sais, la justice où on déchiquette un être humain en pleine rue, et où tout le monde lui lance des pierres à la figure. Moi je refuse ça, je suis contre. Je ne suis pas un sanguinaire. Je suis de ceux qui ne fantasment pas sur les conteneurs qui ont écrasé les bendskineurs, ou sur les cargos qui ont jeté leurs passagers dans une rivière à PK8.

Je suis de ceux qui pensent que le camion qui avait éradiqué les usagers à Ndokoti, eh bien ce n’était pas du tout un truc à voir !

 

Mais nous sommes rares, malheureusement, dans ce pays qui a le goût du sang. Nous sommes rares à revendiquer une éthique plus juste, et à réclamer que nos enfants soient épargnés par de telles images. Nous sommes une minorité à demander que les journaux télévisés commencent par un vrai journal, et que les histoires macabres soient diffusées dans une tribune qui s’appellerait alors « Faits Divers ». Je parle des maisons qui s’effondrent, des élèves qui entrent en transe, des fillettes qui avortent, des villageois qui étêtent leur propre frère, des trains qui déraillent, des inondations, des éboulements… et des pères qui (ac)couchent avec leurs propres filles…

 

Tous les Camerounais sont des sanguinaires, je t’ai dit ! Tous les Camerounais peuvent regarder un accidenté grave en buvant tranquillement leur bière. Tous les Camerounais vont te dire en rigolant que leur voisine est décédée, en accouchant. Tous les Camerounais vont te dire que les morguiers de nos hôpitaux couchent avec tous leurs cadavres. Tous les Camerounais vont t’avouer que tel ministre, tel député, tel président de la république, avant d’être là où il est là, a d’abord versé le sang de trois de ses cousines.

 

Et le pire dans tout ça, c’est que toutes ces histoires lugubres vont faire bien rire les autres…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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4 novembre 1982 : et si Ahidjo n’avait pas démissionné…

Le mois dernier j’ai fait un papier sur les Camerounais de ma génération, c’est-à-dire ceux qui ont presque trente ans (Cf. Le Renouveau des trentenaires). C’était parce que je sentais poindre ce fameux 6 Novembre, qui marque à la fois les 32 ans de gouvernance de l’Homme-Lion, les 29 ans de folklores RDPCistes, mais surtout, surtout, le départ du tout premier président du Cameroun… Continuer la lecture

Non, le cinéma camerounais n’est pas mort !

On dit comme ça hein, les Camerounais-là bavardent beaucoup. Ils disent qu’il n’y a pas de salle de cinéma dans ce pays, mais ils sont toujours en train d’acheter les billets pour aller voir les films camerounais à Douala Bercy…

L’autre jour c’était Le Blanc d’Eyenga 2 qui devait y passer. Ce qui est sûr, c’est que c’est un film de Noir ! Le réalisateur est en même temps réalisateur, acteur, promoteur, cadreur, metteur en scène. Le réalisateur a promis qu’il va produire (il est aussi producteur) des films au prix d’une bière, mais on a payé plus de 10 bières sans pour autant avoir une seule image…

 

Et là moi je dis stop ! stop ! stop ! Les Camerounais n’ont pas besoin d’aller perdre leur temps (ni leur argent) dans les salles de cinéma (qui n’existent pas), parce que NOUS AVONS DEJÀ LE VRAI CINÉMA TOUS LES JOURS AUTOUR DE NOUS. Je m’explique.

 

LE DÉCOR

Si tu as déjà habité à Doualawood ou à Yaoundéwood, tu dois savoir que nos décors ici sont très changeants. Tu peux sortir le matin avec un parapluie, et puis tu l’oublies dans un bar parce que la tornade a laissé la place à un soleil ardent. Tout ça dans la même journée. Et c’est très pratique pour réaliser n’importe quel type de scène.

 

LES COSTUMES

Ce sont les habillements que tu veux voir ? On trouve tous types de costumes dans nos ruelles. Les filles qui s’habillent sexy, qui mettent des dos-nus, des matelots et des minijupes. Des pseudo-intellectuels, qui portent des lunettes pour se montrer plus intelligents. Et puis, question coiffure, la palme d’or revient à nos magistrats qui sont noirs comme le charbon, mais qui portent des perruques blanches comme la neige…

 

LES ACTEURS

Le vrai cinéma camerounais, il est partout autour de nous. Les acteurs sont les vendeuses de nourriture, les bendskineurs, les call-boxeuses. Tous ces gens-là sont doués comme pas possible, lorsqu’il s’agit de jouer leur rôle. Tu entres dans un taxi et une femme t’insulte pour rien comme ça ! Tu te promènes dans un marché et un commerçant essaye de t’entourlouper. Tu te rends dans une entreprise, ou un service public, et on te fait clairement savoir que tu n’es pas le bienvenu !

 

LE SCÉNARIO

Nos scénarios (les gens aiment dire scénarii pour se rendre plus intéressants) sont imprévisibles. Tu pouvais savoir, toi, qu’on peut se chamailler avec son propre professeur ? Tu pouvais imaginer qu’on puisse tromper sa femme avec sa propre sœur ? Et puis celle-ci avec une autre cousine ?

Quand tu vis au Cameroun, chaque seconde est inattendue. Tu peux subitement devenir ministre sans t’y attendre, tout comme tu peux te retrouver prolétaire ou non grata en moins de 48 heures. Regarde Samuel Eto’o, regarde Marafa Hamidou, regarde nos anciens ministres. Regarde un ancien opposant farouche qui est devenu porte-parole du gouvernement qu’il combattait…

 

LES BRUITAGES

Les fonds sonores de toutes nos scènes, ce sont les bavardages. Le matin, à midi, le soir, la nuit, c’est le kongossa. Que tu dormes ou que tu te réveilles, tu vas entendre les gens chuchoter autour de toi. Les acteurs camerounais sont toujours en train de malparler d’autres acteurs. Et puis quand ils se retrouvent, ils sont incohérents. Les dialogues dégénèrent rapidement en esclandres. « Tu me connais même ? » « Tu es né quand ? » « on t’a dit que c’est ta sale maman qui m’a accouché ? »…

 

NON, LE CINÉMA CAMEROUNAIS N’EST PAS MORT !

Moi je pense que nous n’avons pas besoin de salles de cinéma dans ce pays ! Et je pense que nous avons même le meilleur cinéma du monde, parce que ce que nous vivons ici est exceptionnel !

Le Cameroun est une salle de cinéma géante, où les spectateurs sont eux-mêmes des acteurs. Où le scénario n’est jamais connu à l’avance. Où tu peux voir les actions en 4D. Où il y a des catastrophes permanentes, des accidents de circulation, des homicides « un » volontaire…

Le Cameroun est un film qui tourne presque au ralenti, et qui n’a pas d’acteur principal. Tout le monde rêve paradoxalement d’être le méchant. On veut prendre la place des autres, on veut être les califes à la place des califes qui sont déjà là.

Et ça fait déjà plus de cinquante ans que ça perdure…

 

The End.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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