Paul Biya 1982-2014 : le renouveau des trentenaires

Aujourd’hui j’ai trente ans. Enfin, disons un peu plus. En tous cas je suis trentenaire. Bientôt j’aurais l’âge où mon âge me complexe. Je suis de ceux qu’on appelle « les enfants de Paul Biya ».

Nous sommes nés quand le RDPC et la CRTV n’existaient pas encore, mais à vrai dire, qu’est-ce qui existait même vraiment dans ce pays ?

 

On a grandi en entendant le nom « Ahidjo, Ahidjo ». Il paraît qu’à l’époque du 1er président, on n’avait même pas le droit de prononcer son nom en public. Mais le pays était plus développé que la Chine, les Camerounais étaient plus intelligents que les Indiens, et nos footballeurs étaient tous plus forts que Lionel Messi… Foutaises !

 

Nous on a grandi quand le Franc Français valait encore 50 francs CFA. Avant la 1ère puis la 2ème dévaluation…

Nous on a grandi quand toutes les sociétés d’Etat n’étaient pas encore privatisées.

Nous on a grandi quand le Nigeria et le Cameroun se déchiraient pour s’accaparer Bakassi.

Nous on a grandi quand le meilleur footballeur du monde s’appelait Diego Armando Maradona.

Nous on a grandi quand nos parents avaient encore des bourses universitaires dans ce pays !

Nous on a grandi quand les Lions Indomptables savaient encore gagner des compétitions, d’abord entre 1982 et 1990, ensuite entre 1999 et 2003.

 

A notre époque, il n’y avait pas encore de Canal+. On n’avait pas le câble. On regardait les films en espagnol sur une chaîne de télé équato-guinéenne, en montant sur la toiture et en traficotant l’antenne extérieure…

On était de vrais lecteurs : on lisait Blek le Roc et San Antonio, et parfois même les romans photos dans le magazine Amina…

La télévision nationale commençait à 18h30, avec une espèce de ballon multicolore qui occupait l’écran, et qui produisait un bruit assourdissant. C’est par ce canal que nous avions appris la chute du mur de Berlin, la catastrophe de Nsam-Efoulan, le décès de Kotto Bass, l’avènement du multipartisme dans les pays africains…

 

Au début des années 1990, il y a eu les villes mortes et la « défaite » du SDF à la présidentielle de 1992. Nous étions encore des adolescents, nous ne comprenions pas (bien) ce qui se passait, mais on ne voulait pas que les « ça gâte, ça gâte » et les « on va voir qui est qui » nous mette ce pays à feu et à sang…

 

La Corruption, nous l’avons découverte lors de l’opération COUP DE CŒUR, lorsque le peuple s’était cotisé pour envoyer nos Lions à la World Cup 1994 aux États-Unis. Jusqu’aujourd’hui, on sait que le fameux pactole se retrouve entre Paris et New-York, mais personne ne peut vraiment nous dire de quel côté de l’Océan.

 

A l’époque, on faisait ce qu’on appelait le plein-temps. C’est-à-dire qu’on allait en classe le matin, on rentrait chez nous à midi, et puis on retournait aux cours vers 14h30. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.

 

Moi je suis un enfant de Paul Biya. Un beau jour j’ai obtenu mon baccalauréat à l’âge de 19 ans, et quand j’ai décidé d’arroser ça, je me suis réveillé quand j’avais 30 ans. Mon âge commence désormais par un 3, comme le Renouveau de Paul Biya, et jamais plus il ne recommencera par un 2. Encore moins par un 1…

 

Tous ceux qui ont mon âge ont obtenu leur premier téléphone portable à l’université. Ou bien après. Avant cela, il fallait tourner sur un rotor qui servait de téléphone fixe, et attendre qu’il revienne au point de départ pour le re-tourner sur un autre chiffre.

Tous ceux qui ont mon âge ont découvert l’ordinateur portable en même temps qu’ils découvraient les cybercafés et l’internet.

Tous ceux qui ont mon âge ont joué aux « amis invisibles » au collège. On attendait le facteur comme un messie, et quand on expédiait un courrier on escomptait la réponse au bout de trois ou quatre semaines ! C’était encore l’époque où La Poste n’avait pas été supplantée par les mails, les blogs, les SMS et les avatars.

 

A la télévision, nous aimions les choses simples. Clémentine, Tortues Ninja, Melrose Place, Beverly Hills. Il y avait les films de Jackie Chan et de Kunta Kinté, les matches de basket de Michael Jordan, les combats de boxe de Mike Tyson, les chansons de zombies de Michael Jackson (qui était encore Noir à l’époque)

On aimait beaucoup regarder Ciné-Files à 19h30, parce que, à l’époque, nous avions encore des salles de cinéma dans ce foutu Triangle…

 

Et donc chaque soir on voyait notre président faire du vélocyclisme au journal de 20h, quand il ne s’amusait pas à jouer les Tiger Woods sur un green. On avait droit à des scènes de famille présidentielle à l’américaine, une bise par-ci à la 1ère dame, une blague par-là au 1er ministre. Ceux qui sont nés avant le RDPC (1985) savent bien de quoi je parle […]

 

Aujourd’hui j’ai trente ans. Nous les enfants de Paul Biya, on a connu un président qui n’était pas encore manipulateur ni calculateur. Quand on l’a connu, il ne parlait pas encore des (grandes) Ambitions ni des Réalisations. Il parlait beaucoup de la jeunesse, il parlait beaucoup à la jeunesse. Il nous disait qu’il était le sportif numéro 1, l’agriculteur numéro 1, le soldat numéro 1, le Camerounais numéro 1. Et naturellement nous le croyions !

Il n’y avait pas encore cet oiseau anthropophage qui s’appelait Épervier, ni un autre qui s’appelait Albatros, et qui faisaient peur à tous les administrateurs de notre gouvernement.

 

La première chose que nous avons connue avec Paul Biya, c’est le Renouveau. Un Renouveau qui se renouvelle, un peu comme nous, qui refusons parfois de porter notre âge, et qui attendons toujours que le gouvernement fasse quelque chose pour nous, au lieu de voir ce que nous pouvons faire pour notre gouvernement.

 

Oui, nous les trentenaires du Cameroun, nous sommes le vrai Renouveau de Paul Biya. Nous sommes la clé de voûte de notre développement. Mais je nous trouve très bridés, très faussés, très complexés, très désabusés. Je nous trouve pas assez inventifs, voire même parfois pleurnichards.

Je trouve que nous aimons trop critiquer pour critiquer, et que parfois nous sommes même plus vieux (dans l’esprit) que les vieillards que nous critiquons dans notre administration.

 

Nous voici donc à l’aube du 6 Novembre 2014, après 32 ans du seul pouvoir que nous ayons connu. Qu’en avons-nous fait ? Qu’en allons-nous faire ? Est-ce que nous allons gâcher notre existence à renâcler les vieux conflits de nos prédécesseurs, ou à ressasser les vieilles rancœurs de notre décolonisation, au lieu de travailler de notre côté pour aider notre président à avancer ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux, plutôt, de faire la Différence pour montrer que nous, les trentenaires, nous pouvons améliorer ce pays de l’intérieur ?

 

Voilà le vrai Renouveau que je vous (re)commande…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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5 réflexions au sujet de « Paul Biya 1982-2014 : le renouveau des trentenaires »

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